Le diocèse de Gap et d’Embrun, un regard sur le passé et l’avenir

Ancien blog 22 juin 2011 0
L’actuel diocèse de Gap et d’Embrun correspond au
département des Hautes-Alpes. Il regroupe des territoires qui, jusqu’en 1801, ont appartenu à des diocèses différents, ceux d’Embrun et de Gap ainsi que de Grenoble,
notamment.



1.    Le diocèse d’Embrun jusqu’en 1801

L’évangélisation du nord de l’actuel diocèse aurait été menée par saint Marcellin et ses
compagnons, Vincent et Domnin. Ils furent envoyés comme missionnaires depuis le Piémont par saint Eusèbe de Verceil. Saint Marcellin, patron secondaire de notre diocèse, fut sacré premier évêque
d’Embrun vers 363. Conformément aux règles édictées lors du concile de Nicée, Embrun devient métropole de Digne, Grasse, Vence, Senez, Glandèves et Nice, c’est-à-dire des diocèses montagneux à
l’est de la Durance.


Au Moyen Age, sous
l’influence des monastères, la vie religieuse se développe : en 860, saint Eldrade fonde un prieuré dépendant de la Novalaise à Monêtier-les-Bains. Notre-Dame de Boscodon est fondée au XIIe
siècle. Cette filiale de l’ordre de Chalais en Chartreuse deviendra autonome en 1303 et sera fermée en 1769.


La cathédrale d’Embrun est construite de 1170 à 1225. Joyau de l’art roman aux pierres bicolores,
ses lions montrent l’influence lombarde. Au XIIIe siècle, des prieurés franciscains et dominicains ouvrent à Briançon. A Monêtier-les-Bains, des cisterciens relèvent le prieuré ruiné. A partir de
1349, date où le Dauphiné passe à la couronne de France, les rois manifestent une dévotion particulière à Notre-Dame d’Embrun sous le vocable de Notre-Dame du Réal. L’archevêque Jacques Gélu, son
contemporain, défend Jeanne d’Arc et sa mission. Aux XVe et XVIe siècles, les vallées, particulièrement  Briançon, Vallouise, Queyras et Freissinières sont marquées par les mouvements
réformateurs qu’ils soient vaudois ou protestants. L’apaisement né de l’édit de Nantes (1598) est interrompu en 1685, provoquant une émigration des Huguenots vers le Piémont et
l’Allemagne.

Après une première tentative en 1583, les Jésuites ouvrent un
collège à Embrun en 1606. Le rayonnement de ce collège, devenu diocésain en 1764, est considérable.


Le XVIIe siècle est surtout marqué par les apparitions de la Vierge Marie à Benoîte Rencurel, à
Notre-Dame du Laus. Contestées, en raison des influences jansénistes dans le diocèse d’Embrun, les apparitions ont lieu de 1664 à 1718, date du décès de la Vénérable Benoîte. C’est l’origine du
sanctuaire et du pèlerinage de Notre-Dame du Laus, refuge des pécheurs, dont le développement est aujourd’hui important.


En 1727, l’archevêque Pierre de Tencin convoque à Embrun un concile provincial contre l’erreur
janséniste. L’évêque de Senez est déposé. Pierre-Louis de Leyssin, dernier archevêque d’Embrun, meurt à Nuremberg en 1802 après avoir refusé la constitution civile du clergé imposée par la
Révolution française.


2.    Le diocèse de Gap jusqu’en 1801

La pénétration de l’Evangile dans le sud du diocèse actuel depuis la Provence fut facilitée par la
position de Gap sur la voie romaine de Cottius. Si l’existence de saint Démetre comme premier évêque est incertaine, un évêque propre à la ville de Gap, Constantin, apparaît dans le martyrologe
hiérominien, qui date sa sépulture en 456. Saint Arey (évêque mort vers 610) marque la vie du diocèse : il organise les paroisses et établit une école cathédrale. Le pape saint Grégoire, son ami,
lui recommande, lorsqu’ils passeront à Gap, les moines qu’il envoie de Rome à Canterbury…


Les invasions et les guerres du haut Moyen Age marquent le territoire. Au XIe siècle, deux évêques en illustrent les contradictions :
Ripert, évêque corrompu, concubinaire et violent est déposé par le pape Alexandre II. Il est alors remplacé par Arnoux, moine originaire de Vendôme, qui rétablit la justice et la dignité, tant
chez les clercs que chez les laïcs. Saint Arnoux est, aujourd’hui, le patron principal du diocèse. Au XIIe siècle, le diocèse comprend quatre archiprêtrés : celui du Gapençais, celui du Champsaur
et du Dévoluy, celui du Rosanais qui s’étend jusqu’au Ventoux et celui de l’outre-Durance (jusqu’à la Bléone). Au XIIIe siècle, du vivant de saint François d’Assise, un couvent de son ordre
s’établit à Gap en 1220, les Dominicains s’installent en 1320.


Au XVIe siècle, les troubles et violences de la Réforme furent considérables. Dans le Champsaur, François de Bonne duc de Lesdiguières
devient le chef des Protestants du Dauphiné après la mort de Furmeyer, qui avait fait brûler Gap en 1562. Lesdiguières se convertit au Catholicisme en 1622 et meurt en 1626. Guillaume Farel,
natif de Gap, introduit Jean Calvin à Genève. Mgr de Clermont (1527-1568) passe au Protestantisme.


En 1686, le diocèse est à nouveau subdivisé en 18 archiprêtrés, les paroisses se sont multipliées :
de 192 en 1516 elles passent à 230 à la veille de la Révolution française. La formation des prêtres du diocèse se développe sous Mgr Marion (1662-1675) et ses successeurs. Les évêques se heurtent
au jansénisme, notamment Mgr Berger de Malissoles, « le saint des Alpes » qui réfute cette erreur dans un mandement en 1717.


Le dernier évêque de l’Ancien Régime, Mgr de la Broue de Vareilles meurt en exil en 1801.
L’assemblée constituante crée un seul diocèse pour le département des Hautes-Alpes ; son siège est à Embrun. Ignace de Cazeneuve et André Garnier se succèdent jusqu’en 1801 comme évêques
constitutionnels.


3.    Le diocèse de Gap aux XIXe et XXe siècles

Le concordat de 1801 place le territoire des Hautes-Alpes sous la responsabilité de l’évêque de
Digne. Mgr Dessoles, en 1805 demande à résider à Embrun. Son successeur est Mgr de Miollis, connu comme personnage des Misérables de Victor Hugo. Le concordat de 1817 établit le diocèse de Gap
dans les limites du département. Dix évêques se succèdent au XIXe siècle, époque de création et d’installation de congrégations enseignantes : la Providence de Gap, Saint-Joseph, le Saint-Cœur de
Marie. Mgr Depéry (1844-1861) valorise le patrimoine religieux et spirituel et rédige des travaux sur Benoîte Rencurel et Amélie de Vitrolles (1797-1829). Un élan missionnaire conduit de nombreux
prêtres en Amérique et en Asie, notamment avec les Missions étrangères de Paris : parmi eux, ressort la figure de Jean-Hippolyte Gondre, le frère Polycarpe. Ce Champsaurin né en 1801 est le
second fondateur des frères du Sacré-Cœur. Il décède au Puy-en-Velay. Il est déclaré Vénérable en 1984 et sa cause est toujours en cours. L’épiscopat de Mgr Berthet est marqué par la construction
de la cathédrale de Gap, inaugurée en 1895.

 
Au XXe siècle, les deux évêques originaires des Hautes-Alpes, Mgr Berthet et Mgr Bonnabel,
totalisent à eux seuls 43 années d’épiscopat. Mgr Saliège (1925-1928) devient cardinal à Toulouse et Mgr Coffy (1967-1974) cardinal à Marseille. Les constructions se succèdent : petit séminaire
de Charance (1924), maîtrise de Notre-Dame du Laus (1932), grand séminaire (1932). La première moitié du siècle est marquée par l’intense appel aux vocations sacerdotales tandis qu’est initiée
l’ouverture œcuménique avec le père de Peretti, du grand séminaire, les pasteurs Gaillard et Morel et des laïcs catholiques ou de l’Eglise réformée. A partir de 1950, un pèlerinage des Arméniens
apostoliques, autour de la figure de Grégoire de Tallard, est lancé par le père Joseph Richard dit Duchamblo.


« Il y a grand pitié en pays de France » : ces mots du chanoine Matheron lors d’une conférence en
mai 1942 à la Cathédrale de Gap résument le désarroi d’une partie du clergé haut-alpin durant la Seconde Guerre mondiale. Nombreux sont ceux qui, à des titres variés, résistent : protection des
persécutés, formation de la jeunesse, cache de combattants…


L’action catholique de la jeunesse, les patronages paroissiaux et le scoutisme se développent tandis que le rayonnement de Notre-Dame du
Laus s’élargit avec des rassemblements de jeunes et le congrès annuel de la paroisse universitaire dont une branche est fondée au sanctuaire en 1916. Le père de Labriolle puis le père Combal
relancent la recherche historique sur Benoîte.


Le noviciat des pères Blancs utilise les bâtiments du grand séminaire, ce dernier étant regroupé avec celui d’Aix-en-Provence en 1957. Mgr
Jacquot participe au concile et s’emploie à en faire vivre les fruits spirituels, liturgiques et apostoliques. La collaboration entre prêtres et laïcs se concrétise : animation des enfants par la
catéchèse, mouvements de jeunes et d’adultes dont le Renouveau charismatique à partir de 1975, pastorale des réalités du tourisme et des loisirs, journal Semaine Hautes-Alpes sur lequel
s’appuiera la radio RCF Hautes-Alpes en 1997, créations des paroisses Saint-Roch et Notre-Dame d’Espérance à Gap et du centre œcuménique à Vars. En 1972, sous l’impulsion de sœur Jeanne Marie,
commence la restauration de l’abbaye de Boscodon. Un premier diacre permanent est ordonné, à Briançon, en 1982.


Evêque depuis 1988, Mgr Lagrange relance les conseils après 1999 et définit trois archiprêtrés. Le
Jubilé de l’an 2000 est marqué par des cérémonies dans les cathédrales de Gap et d’Embrun, à la basilique Notre-Dame du Laus, à la collégiale de Briançon et à l’église de Lagrand. Fidèles et
enfants sont associés à cette année jubilaire.


4.    En avançant dans le IIIe millénaire

« Je désire que, dans notre diocèse de Gap, le grand Jubilé de l’an 2000 soit le départ d’une
nouvelle évangélisation ». Pour le carême du Jubilé, Mgr Lagrange promulgue une lettre pastorale intitulée Pour une nouvelle évangélisation. Aux causes de Benoîte Rencurel et de Jean-Hippolyte
Gondre (frère Polycarpe), il faut ajouter celle du père Jean-Martin Eyraud (1880-1968), originaire du Glaizil et devenu curé en Louisiane. Avec bien d’autres, ce sont trois visages de sainteté
qui rayonnent, chez nous et au-delà, de manière complémentaire : l’Evangile de la miséricorde de Dieu avec Benoîte, l’Evangile de l’éducation des jeunes avec Frère Polycarpe, l’Evangile dans les
communautés paroissiales avec le père Eyraud.


En décembre 2002, la région apostolique Provence-Méditerranée devient la province de Marseille, correspondant à la région administrative à
laquelle s’ajoute le diocèse d’Ajaccio. L’archevêque de Marseille est métropolitain. Cette nouvelle organisation vise à une meilleure collaboration de proximité entre diocèses voisins pour les
évêques et les services diocésains.


Sur
le plan des vocations, deux prêtres sont ordonnés en 2002 et plusieurs diacres permanents depuis 2001. Dans le domaine de l’œcuménisme, des relations s’établissent avec des Orthodoxes de Bulgarie
en 2001-2003. Depuis 2007, la veillée pascale à Gap est commune à tous les Chrétiens.


En 2003, la maison diocésaine s’installe dans l’ancien couvent du Saint-Cœur de Marie : économat, formation permanente et catéchèse,
archives s’y trouvent réunis. Une salle de réunion a été conçue, contiguë à la maison Saint-Marcellin des prêtres âgés. Cette même année, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri devient évêque du
diocèse de Gap.


5.    Orientations pastorales diocésaines : « Avec le Christ, un souffle nouveau sur nos chemins
»


En octobre 2005, un
rassemblement diocésain couronne l’année de l’Eucharistie et ouvre un pèlerinage synodal. Dix-huit mois de réflexions mobilisent les Catholiques de tout le diocèse. A la Pentecôte 2007, près de
5000 personnes se réunissent sur le thème « Avec le Christ, un souffle nouveau sur nos chemin ». Cinq grandes orientations pastorales sont promulguées par Mgr di Falco :

➢    Accueillir l’autre comme le Christ
➢    Présents, actifs, solidaires au cœur du monde
➢    Approfondir et se ressourcer
➢    Vivre la réconciliation avec Dieu et les frères
➢    Baptisés, co-responsables de l’Eglise.

Lors de la messe chrismale du 18 mars 2008, Mgr di Falco
Léandri annonce officiellement que le titre d’Embrun est désormais attaché à celui de Gap. Le 4 mai 2008, il promulgue le décret de reconnaissance du caractère surnaturel des événements de
Notre-Dame du Laus devant 6000 personnes.

            Luc-André Biarnais, archiviste
diocésain

            Père Pierre Fournier, délégué épiscopal au monde de la
culture

 

 

RENSEIGNEMENTS D’ORDRE GENERAL
Le diocèse de Gap correspond au département des Hautes-Alpes :
Sa superficie est de 564 311 hectares.
Sa population
autochtone est de 125 000 habitants (au recencement
complémentaire de 2002).
Il est divisé en 3 archiprêtrés et 8 doyennés.
Il
comporte 206 paroisses, dont 79 ont moins de 200 habitants. 

 

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