Les oratoires et les croix de Bréziers

La paroisse de Bréziers, d’ancienne origine, dépendait jusqu’à la Révolution de l’archidiocèse d’Embrun, dont l’archevêque possédait les droits seigneuriaux sur la communauté. L’église est dédiée à saint Marcellin, réputé premier évêque d’Embrun. Le bâtiment actuel, avec un clocher peigne caractéristique, daterait du XVIIe siècle.

Le village de Bréziers est habité par 200 habitants qui sont dispersés dans des hameaux et des écarts sur une vaste étendue de moyenne montagne dans le bassin de la Durance, à des altitudes évoluant de 800 à 900 m, dominées par des sommets de 1500 m environ.

Bréziers a compté sur son territoire jusqu’à huit oratoires, il en subsiste sept aujourd’hui, mais une intention de reconstruction de celui qui a disparu se fait jour, à suivre… À cela s’ajoutent deux belles croix de Mission. Des anciens aux souvenirs un peu estompés se rappellent qu’il y avait jadis d’autres oratoires disparus depuis longtemps, au point qu’ils ne sont plus capables de les situer !

LES ORATOIRES DU CHEF-LIEU

Le village est situé sur la pente sud d’un mamelon à 900 m d’altitude, portant l’église et le cimetière. On trouve un oratoire en haut d’un talus au bord de la rue qui mène à l’église et deux oratoires en des lieux-dits de part et d’autre du village, soit à l’est aux lieu-dit Le Champ de Pouret, et à l’ouest aussi à 900 m aux Rouchassons.

ORATOIRE NOTRE DAME

Cet oratoire, situé jadis à proximité de l’actuel, était dédié à saint Antoine. Mais selon un inventaire fait aux alentours des années 2000, il était dédié à Notre Dame, selon les habitants du lieu. Cet oratoire en assez mauvais état était construit un peu plus haut, jouxtant un transformateur. Il fut détruit au début des années 2000, suite à des travaux d’élargissement de la voirie, et reconstruit en pierre de taille, un peu plus haut sur un mur de soutènement des terres. La niche était vide, mais une habitante du village a placé une statue récente en pierre sculptée de la Vierge à l’Enfant.

L’oratoire bien en vue sur son nouveau site

L’ancien oratoire Notre-Dame

Le nouvel oratoire Notre-Dame

La statue de la Vierge à l’Enfant

Deux autres oratoires sont de part en d’autre du village, l’un à l’est et l’autre à l’ouest du chef-lieu.

ORATOIRE NOTRE DAME

À l’est du village, au lieu-dit du Champ du Pouret, en pleine nature, se tenait ce haut pilon coiffé d’un toit plat incliné duquel émergeait une belle croix en fonte ouvragée. Cet oratoire a été reconstruit en 2016 par son propriétaire. Les faces extérieures du pilon ont été habillées d’un parement de pierres, la toiture en béton est plate et dépourvue de croix, la niche pentagonale abrite une statue de la Vierge.

L’oratoire vers 2005

L’oratoire reconstruit en 2017

 

ORATOIRE SAINT JOSEPH

À l’ouest du village cette fois-ci, au lieu-dit Les Rouchassons, se dresse cet autre haut pilon en pierres maçonnées et enduites, ayant eu un bénitier disparu depuis, et coiffé d’un toit plat surmonté d’une grande croix en fer. La niche est vide. Il a été construit par M. Armand Arnaud à son retour de captivité en 1945, et a été restauré après 2014. Le bénitier n’a pas été prévu. La niche est vide.

L’oratoire vers 2005

L’oratoire en 2017

HAMEAU DES CHAMPSAURS

Ce hameau situé à 500 m au nord du village hébergeait deux oratoires jusqu’à quelques années passées. Si celui qui est situé au cœur du hameau a été déplacé et restauré par son propriétaire, l’autre situé au bord d’une route a complètement disparu par l’usure du temps. La propriétaire du terrain envisagerait de le faire reconstruire.

ORATOIRE NOTRE DAME DE LOURDES

Situé au cœur du hameau, l’oratoire Notre Dame de Lourdes avait été construit par les aïeux de M. Albert Sive au milieu de la cour de sa ferme. Mais avec l’arrivée des tracteurs il gênait leur évolution. M. Sive le démonta et le remonta adossé au mur de sa grange. Le bénitier sous la niche n’a pas été remis, il est gardé en sécurité.
Cet oratoire a été restauré récemment.

État en 1969

État restauré en 2005

En gros plan

L’ORATOIRE SAINT MICHEL

Cet oratoire avait été construit par M. Michel Auguste, au bord de son champ situé sur le chemin qui mène aux Champ Pourret. Il était dédié à saint Michel. La photo à gauche montre une structure encore en bon état vers les années 1968/1969. Il était donné en ruine en 1987. M. Michel espérait bien reconstruire l’oratoire, mais il est décédé. Aujourd’hui il ne reste aucune trace de cet édifice, mais un projet de reconstruction existe selon le souhait de sa nièce et héritière.

Saint Michel vers 1968

Agrandissement de 1968

Saint-Michel en 1987

HAMEAU DE CHAMPDARENE
ORATOIRE SAINT ANTOINE ET SAINT MICHEL

Situé près de la RD 10, à la bifurcation menant au hameau, il appartenait à la famille Lions qui l’a légué à la commune. C’est un grand pilon de pierres maçonnées, couvert d’une dalle plate de ciment et surmonté d’une haute croix en fer forgé. La niche en arc surbaissé est fermée par une porte en bois qui comporte une ouverture rectangulaire dans laquelle on aperçoit des statuettes. Autrefois, au lundi de Pentecôte, on montait en procession depuis le chef-lieu – le village de Bréziers – jusqu’à cet oratoire.

L’oratoire vers 1960

L’oratoire en 2005

 

LIEU-DIT LES ACHARDS
ORATOIRE NOTRE DAME

L’oratoire est situé sur le chemin qui dessert ce lieu-dit et d’où part un sentier qui mène à la chapelle Saint-Sixte au nord de la commune. Cet oratoire, qui appartient à M. Lucien Farnaud, était en ruine. Il a été reconstruit par son propriétaire. Cette restauration a consisté à consolider le reste de l’ancien pilon et à construire sur celui-ci une petite niche voûtée de dimensions plus réduites, fermée par une grille et coiffée d’un toit de tuiles plates d’où s’élève une croix de fer. L’oratoire était dédiée à Notre Dame, mais M. ou Mme Faraud voulait le dédier à saint Sixte. Faute d’accord la niche resta vide !

État vers 1970

L’oratoire restauré,

vue de 1978

 

LES CROIX DE MISSION

Deux belles croix de Mission sont implantées au bord des routes aux sorties nord et sud du village. Elles témoignent des missions prêchées dans la paroisse en 1846, puis en 1877.

CROIX DE 1846

Tout d’abord une belle croix a été érigée au sud du village au carrefour des RD951, RD10 et RD210, en souvenir de la mission prêchée en 1846 pour ramener la population à la foi catholique et à la pratique religieuse, suite à la Révolution et aux politiques peu favorables au culte chrétien, comme sous la monarchie de Juillet (1830-1848).

Cette croix est constituée d’un socle en pierre de taille, sur lequel se dresse une colonne cylindrique en marbre, coiffée d’un chapiteau d’où s’élève une très belle croix de fonte ouvragée. Les inscriptions ne sont plus lisibles, hors MISSION 1846.

La croix de mission en 2005

La belle croix en fonte ouvragée en 2017, avec la Vierge représentée au milieu de la croix

CROIX DE 1877

Cette Croix est située au nord du village au carrefour de la RD951 avec la RD10.

Elle témoigne de la mission prêchée en 1877. Peut-être les effets de celle de 1846 pour ramener la population à la foi catholique et à la pratique religieuse s’étaient-ils estompés, suite à la politique hostile au culte chrétien sous la seconde République, et surtout après la Commune de Paris en 1871 pendant laquelle l’archevêque de Paris, Mgr d’Arbois, et des prêtres furent massacrés. Il était donc nécessaire de regagner les cœurs et de amener la population à la foi et à la pratique religieuse. D’où toutes ces missions prêchées surtout en fin XIXe et au XXe siècle, jusqu’à la seconde guerre mondiale et même au-delà, suivant les régions.

Cette croix fut donnée par un particulier comme l’indique le texte gravé sur le socle : DON DE SAVOURNIN HRE.

Elle est constituée d’un socle de section carrée coiffé d’un chapiteau sur lequel est accolé un chapiteau inversé en pierre sculptée, prolongé d’un fût de section carrée et chanfreiné terminé par un chapiteau d’où se dresse une croix de fonte imitant des branches d’arbres avec écots, un style répandu à cette époque.

La croix en 2005

La croix en 2017

 

LA CHAPELLE SAINT-SIXTE

Cette chapelle perdue dans la montagne, est historiquement accessible du village par un sentier. C’est un haut lieu des Brézierois et une pièce importante du patrimoine religieux de la paroisse, au point qu’étant en mauvais état, et sans doute faute du financement nécessaire pour la restauration, tous les habitants décidèrent de restaurer par eux-mêmes cette chapelle bien endommagée par l’usure du temps. Ces travaux, qui impliquèrent toutes les familles de Bréziers, se déroulèrent en 1987.

On s’y rend par un chemin forestier qui part du hameau des Champsaurs et sinue jusqu’au lieu-dit Les Achards, en étant passé devant l’oratoire cité plus haut. Depuis des bâtiments des Achards, il faut ensuite suivre à pieds un sentier dans la forêt de montagne, traverser à gué deux torrents, pour arriver enfin dans un site magnifique au milieu duquel s’élève, près d’une croix en bois, cette modeste mais très vénérable chapelle.

Cette chapelle est dédiée à saint Sixte, très populaire dans le diocèse d’Embrun. Sixte II était le 24e évêque de Rome, élu pape en 257 et martyrisé en 258 avec six de ses diacres. Sans doute pour ancrer le culte de saint Sixte dans la longue histoire religieuse de Bréziers, un tableau classé le représente accueillant saint Marcellin, évêque d’Embrun au quatrième siècle, soit un peu plus d’un siècle après la mort du pape martyr ! Comme quoi les vérités d’édifications dépassaient les vérités chronologiques !

La légende, ou plutôt la rumeur historique, dit que la vénérable Benoîte Rencurel, témoin au XVIIIe siècle de nombreuses apparitions et fondatrice de Notre Dame du Laus, aurait rendu visite à la chapelle par deux fois.

La chapelle Saint-Sixte est connue comme le lieu de pèlerinage vénéré des Brézierois, et jusqu’à il y a peu ils s’y rendaient en procession chaque année, par une longue marche en partant de l’église avec croix et bannières. Tous les ans une procession part du hameau des Achards avec les fidèles de la paroisse.

Des anciens disent qu’il y aurait eu jadis un oratoire près de la chapelle, il n’en subsiste aucune trace aujourd’hui !

Les différentes photos qui illustrent cet article sont de feu Jean Dieudé, et de M. le Maire Roland Arnaud, Marie-José Smadja, Joël Aubert de Dignois.fr pour la chapelle et les personnes du village qui ont été interrogées et que nous remercions tous.

Cet article, émane de l’association Connaissance et Sauvegarde des Oratoires et nous vous invitons à visiter le site associatif : http://www.les-oratoires.asso.fr et le site de l’inventaire national : http://www.oratoires.com ou vous pourrez trouver les oratoires et autres petits patrimoines de votre commune

Vous pouvez enrichir notre inventaire en ligne en nous adressant vos photos d’oratoires rencontrés lors de vos randonnées ou promenades, documentées quant à leur localisation. Vous pouvez contacter l’association directement par courriel à l’adresse :  ou par téléphone au 06 16 76 19 09

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