Joseph, en continuant de protéger l’Église, continue de protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi en aimant l’Église nous continuons d’aimer l’Enfant et sa mère. 19 mars 2021 au Laus – homélie Mgr Xavier Malle

Homélie du 19 mars 2021 – St JOSEPH époux de la Vierge Marie10h30 Basilique ND du Laus 

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ». Cette invitation de l’ange du Seigneur à Joseph résonne ce matin, à l’occasion de la Solennité de St Joseph époux de Marie, comme un croisement entre notre année mariale diocésaine, dont c’est le thème, prendre chez soi Marie, et l’année Saint Joseph que le Pape nous a offert en complément depuis le 8 décembre 2020 et jusqu’au 8 décembre 2021, en mémoire des 150 ans de la déclaration de St Joseph comme patron de l’Eglise Catholique par le Bx Pie IX le 8 décembre 1870. 

C’est d’autant plus bienvenu que si Marie est apparue à de très  nombreuses reprises à Benoîte Rencurel, on sait par les manuscrits du Laus, qu’elle a bénéficié de 7 apparitions de st Joseph, comme l’autel du transept à votre droite nous le signifie.

A l’occasion de cette année Saint Joseph, le pape François nous a écrit un texte magnifique, « Patris Corde », avec un coeur de père, que je vais citer dans cette homélie. De son côté, un décret de la pénitencerie apostolique qui propose l’indulgence plénière pour cette année st Joseph, dit que Joseph est « un trésor que l’Eglise continue à découvrir. » Lle 1er mai, même si ici au Laus c’est la fête de ND du Laus, le 1er mai nous fait méditer sur Joseph l’artisan de Nazareth, tandis que cette fête du 19 mars présente saint Joseph, comme époux de la Bse Vierge Marie.

Et en effet, la liturgie nous centre sur le rôle de Joseph comme époux et père, dans le plan divin du salut, le papa a d’ailleurs élargit l’année St Joseph en une année de la famille. Joseph époux et père, cela explique nos 3 textes :

Dans le second livre de Samuel,  le prophète Nathan annonce à David qu’il aura un fils.  Paul parle aux Romains de la foi d’Abraham, une foi qui le rend père, et l’évangile nous fait le récit du drame de Joseph au moment où sa promise, Marie, se trouve enceinte.

David s’est rendu compte qu’il vivait dans un palais alors que l’Arche d’Alliance est sous une tente, comme au temps de l’exode. Il veut lui construire un temple. Mais Dieu demande à Nathan d’annoncer que ce ne sera pas lui David qui construira une maison à Dieu, mais qu’en lui donnant un descendance, ce sera Dieu qui construira la maison de David, la famille de David. Voyez le renversement : ce ne sera pas David qui construira une maison à Dieu, mais ce sera Dieu qui construira la maison de David ! Le plan de Dieu est toujours plus beau que ce qu’on espère, et surtout sa prévenance est première.

« C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. » Cette promesse d’un fils fut petit à petit comprise comme une promesse d’un règne éternel. Isaïe fera d’ailleurs plusieurs prédictions concernant ce fils de David qui doit être le Messie de Dieu. Et c’est ce qui arrivera par le mariage de Joseph et de Marie, car Joseph est de la descendance de David, et il inscrit ainsi Jésus, dont il est le père terrestre, le père adoptif, dans cette descendance. 

Que Jésus naisse dans la famille de Joseph, c’est à dire dans la descendance de David est très important pour le peuple élu. Il est clairement le messie tant attendu.

L’évangéliste nous fait entrer dans le drame intérieur vécu par Joseph. La jeune fille qu’il aime est enceinte, avant qu’ils aient habité ensemble, et il sait qu’il n’est pas le père de l’enfant. Or il aime profondément Marie. Que faire ? Il décide de la répudier en secret, pour ne pas mettre la vie de Marie en danger.

L’ange de Dieu intervient alors : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ».

En lui ajoutant « tu lui donneras le nom de Jésus », il l’invite à accepter la paternité, car c’est le père qui donnait le nom aux nouveaux-nés. Comme dit le Pape, « Il eut le courage d’assumer la paternité légale de Jésus. » « Grâce à l’obéissance, il surmonte son drame et il sauve Marie. »

Joseph est passé au creuset de l’épreuve, et le choix de la seconde lecture, nous permet un rapprochement avec Abraham. « Espérant contre toute espérance, il a cru ; ainsi est-il devenu le père d’un grand nombre de nations ». Abraham n’avait pas de fils et son épouse était âgée. Mais Dieu lui a promis  une descendance aussi nombreuse que les étoiles du Ciel. Abraham a cru Dieu et grâce à cette foi il est devenu père. Alors il vécu la grande épreuve de la ligature d’Isaac que Dieu lui a demandé en sacrifice. Il a cru en Dieu, et Dieu a épargné son fils Isaac, l’ange retenant le bras sacrificateur.

Abraham et Joseph sont tous deux passé par la grande épreuve. De celles qui purifient, de celles qui affinent, de celles qui sanctifient. Cette parole « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » a libéré Joseph de son épreuve, et lui a donné la force intérieure de vivre dans la chasteté auprès de Marie.

Oui, il y a des moments, dans une grande épreuve, où Dieu intervient. Où l’on distingue le doigt de Dieu, même si on ne comprends pas tout. « Bien des fois, dit le Pape, des évènements dont nous ne comprenons pas la signification surviennent dans notre vie. Notre première réaction est très souvent celle de la déception et de la révolte. Joseph laisse de côté ses raisonnements pour faire place à ce qui arrive et, aussi mystérieux que cela puisse paraître à ses yeux, il l’accueille, en assume la responsabilité et se réconcilie avec sa propre histoire. Si nous ne nous réconcilions pas avec notre histoire, nous ne réussirons pas à faire le pas suivant parce que nous resterons toujours otages de nos attentes et des déceptions qui en découlent. » Le pape ajoute : « Joseph n’est pas un homme passivement résigné. Il est fortement et courageusement engagé. L’accueil est un moyen par lequel le don de force qui nous vient du Saint Esprit se manifeste dans notre vie. Seul le Seigneur peut nous donner la force d’accueillir la vie telle qu’elle est, de faire aussi place à cette partie contradictoire, inattendue, décevante de l’existence. »

« La grandeur de saint Joseph dit encore le Pape consiste dans le fait qu’il a été l’époux de Marie et le père adoptif de Jésus. Comme tel, il « se mit au service de tout le dessin salvifique », comme l’affirme saint Jean Chrysostome.

Saint Paul VI observe que sa paternité s’est exprimée concrètement dans le fait « d’avoir fait de sa vie un service, un sacrifice au mystère de l’incarnation et à la mission rédemptrice qui y est jointe ; d’avoir usé de l’autorité légale qui lui revenait sur la sainte Famille pour lui faire un don total de soi, de sa vie, de son travail ; d’avoir converti sa vocation humaine à l’amour domestique dans la surhumaine oblation de soi, de son cœur et de toute capacité d’amour mise au service du Messie germé dans sa maison ». 

Mais le pape François dit aussi : « Le bonheur de Joseph n’est pas dans la logique du sacrifice de soi, mais du don de soi. On ne perçoit jamais en cet homme de la frustration, mais seulement de la confiance. Son silence persistant ne contient pas de plaintes mais toujours des gestes concrets de confiance. » 

Je ne peux vous lire toute la lettre du Pape, mais encore une phrase puisque nous fêtons cette année les 150 ans du titre de Joseph patron de l’Eglise : « Joseph, en continuant de protéger l’Église, continue de protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi en aimant l’Église nous continuons d’aimer l’Enfant et sa mère. » Amen.