Homélies de Noël 2019  de Mgr Xavier Malle

Homélies audios et textes, de la nuit et du jour de Noël 2019. Joyeux Noël !

Homélie du 24 décembre 2019 – Nuit de Noël

à 23h30 en la Cathédrale de Gap

«Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.» Comme aux bergers de Bethléem, cette nuit de Noël nous dit quelque chose d’essentiel que le Pape François décrit ainsi dans sa lettre récente sur la crèche : « Dieu n’est pas resté invisible au ciel, mais il est venu sur terre, s’est fait homme, et enfant ».

Contemplons d’abord notre Dieu qui s’est fait enfant:

«Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus, poursuit le Pape. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous.»

St Jean XXIII témoigne de sa prière une nuit de Noël, dans son Journal de l’âme  : «Viens Seigneur Jésus, je t’attends. Marie et Joseph, repoussés par les habitants et sentant le moment arrivé, partent à la campagne à la recherche d’un abri. Moi, je ne suis qu’un pauvre berger, je n’ai qu’une pauvre étable, une petite mangeoire et un peu de paille. Je vous offre tout. Ayez la bonté d’accepter cette pauvre cabane. Hâte-toi, Jésus, voici mon âme pour toi. Mon âme est pauvre et vide de vertus, la paille de mes nombreuses imperfections te piquera… mais que veux-tu Seigneur ? 

Pourtant frères et soeurs, entendez-vous les bruits de la ville ? « Ce sont les jouisseurs de ce monde qui fêtent dans les excès la pauvreté du Sauveur», remarquait Jean XXIII. La crèche nous rappelle l’importance de nous arrêter, car ce n’est que lorsque nous savons nous rassembler que nous pouvons reprendre conscience de ce qui est important dans nos vies. Ce soir, dans le silence de cette cathédrale, loin du rythmes parfois trépidants de nos vies, l’enfant-Dieu nous invite à la contemplation, au silence, et à l’accueillir, à le prendre dans nos bras. 

«Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements, écrit le Pape François : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.»

Contemplons notre Dieu qui s’est fait nouveau-né, qui s’est fait enfant, qui s’est fait homme. En prenant notre humanité, il nous dit la grandeur de la vocation de tous les êtres humains, que Dieu a créés à son image et à sa ressemblance. Quelle est cette image et cette ressemblance de Dieu en nous ? «Elle peut être trouvée dans l’intellect et le libre arbitre, dans la capacité de prendre conscience de sa propre existence, de l’existence des autres et de celle de Dieu. Cette ressemblance est notamment liée à la liberté de choisir, d’aimer les autres ou de retenir cet amour.» (https://www.cath.ch/newsf/letoile-de-bethleem-interroge-science-et-foi/)

«Homme éveille-toi ! interpelle st Augustin dans un sermon de Noël, pour toi, Dieu s’est fait homme. Réveille toi, ô toi qui dors, relève toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. Pour toi Dieu s’est fait homme.» Pour sauver tout homme, et pour sauver l’homme, Dieu s’est fait homme. Tout homme et tout l’homme, c’est une expression du Pape Paul VI.

Pour tout homme. Comment en cette nuit où nous voulons accueillir le Prince de la Paix, ne pas prier pour tous les hommes qui souffrent de la guerre ou de la dictature communiste ou islamiste ?  Pour tous les hommes qui se perdent en torturant d’autres hommes ? Pour les exilés, obligés de quitter leur pays pour des raisons politiques ou économiques ? Pour les dirigeants corrompus ou et les dictateurs de tant de pays ? Pour tant de nos frères Chrétiens persécutés partout dans le monde et pour la conversion de leur persécuteurs ? Pour nos soldats en OPEX, loin de leur famille pour notre sécurité, et pour leurs familles ? Pour les forces de l’ordre ici en France ? Nous avons tant de monde à déposer dans la crèche.

>>> Viens Seigneur, Prince de la Paix, viens nous sauver !

Pour tout l’homme. Que d’atteinte à l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ! Que de situation de travail ou de chômage défigurent l’homme ! Que de tortures physiques et morales ! Que de manipulations génétiques folles, jusqu’à bientôt autoriser en France des embryons chimères hommes-animaux ! Que de recherches sur des petits d’homme, les embryons ! Que de petits bébés non accueillis ou de vieillards ou malades dont on veut se débarrasser, dans ce que le Pape appelle une culture du déchet ? Que de lois bioéthiques, comme celle en discussion actuellement au Parlement, qui ne sont que des paravent pour autoriser un capitalisme débridé et la marchandisation du corps humain ! Frères et soeurs, il nous faut prier, mais il nous faut aussi nous former. Alors nous accueillons à Gap, au Centre Diocésain, une Université de la Vie, sous la forme de 4 lundis soir en janvier avec des conférences et des témoignages par télétransmission. Le thème de cette année porte sur le sens de la vie. C’est important de mettre cela sur vos agendas, et de déjà vous inscrire par internet, tous les renseignements sont sur le site du diocèse.

>>> Viens Seigneur, Prince de la Vie, viens nous sauver !

«Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.  Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » 

Ô Dieu qui t’es fait nouveau-né, viens ! Je veux t’accueillir dans ma vie. Ô Dieu qui t’es fait homme, viens pour sauver tous les hommes, viens pour sauver tout l’homme, viens pour nous sauver. Que nous chantions avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux,

et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Amen !

Homélie du 25 décembre 2019 – Jour de Noël

à 10h30 en la Cathédrale de Gap

Après le récit de la crèche et de l’adoration des bergers à Bethléem entendu lors de la messe de cette nuit, ce matin, l’Eglise nous propose d’entrer plus avant dans le mystère avec trois magnifiques textes bibliques.

D’abord le prophète Isaïe nous invite : « Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! », car «ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! ». D’ailleurs quel règne étrange et paradoxal que celui de l’enfant Dieu ! Cette sainte nuit de Noël est pour nous chrétiens une grande consolation. Certes, le monde est à feu et à sang, mais « Dieu n’est pas resté invisible au ciel, mais il est venu sur terre, s’est fait homme, et enfant ». C’est une citation du Pape François dans sa récente lettre sur la crèche. 

Cette nouvelle inouïe, Isaïe avait prophétisé qu’elle se répandrait sur la terre entière : « Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.» Dieu est entré dans l’histoire à un temps donné, dans un lieu donné, mais cette nouvelle s’est répandue sur la terre entière, et aujourd’hui, dans toutes les cultures du monde on chante le nouveau né de la Crèche. 

L’auteur de la lettre aux hébreux, notre seconde lecture, n’en revient pas non plus de cette nouveauté : non seulement Dieu n’est pas resté invisible, mais en plus il nous parle d’une manière toute nouvelle : «À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils.» Il continue de nous parler par son Fils.

Saint Jean, dans le prologue de son évangile, notre évangile de ce jour, s’élève jusqu’aux perspectives divines. En quelque sorte, il regarde la crèche depuis Dieu. D’ailleurs, le symbole de l’évangéliste Jean sera l’aigle, car il monte très haut pour regarder ce qui se passe. Je vous résume son évangile : le fils est l’éternelle parole du Père. Jean le développe dans un poème magnifique. Prenons seulement la première phrase : «Au commencement était le Verbe», et détaillons ces trois mots !

– Au Commencement : on pourrait mieux traduire par «au principe», c’est à dire à la source, au fondement, comme vérité première, car justement Dieu n’est pas dans le temps, et donc il n’y a pas de commencement. Le Fils est de toute éternité avec le Père. Au principe était le Verbe.

– Etait : c’est la révélation de toute la Bible. Dans l’Ancien Testament, Dieu se révèle à Moïse comme «celui qui est», «je suis celui qui suis». St Jean utilise le temps de l’imparfait, «était», pour exprimer que cela se prolonge, pour exprimer l’éternité de cet état d’être. Le Verbe est de tout éternité et pour toute éternité.

– Le Verbe : l’ancien testament utilise plutôt les mots: la parole ou la sagesse, comme : «la parole fut adressée à Isaïe». Déjà, cette parole adressée à chaque patriarche puis à chaque prophète, c’était le Christ. Le Christ n’est pas des paroles, il est LA parole, LE Verbe. Alors st Jean utilise un nouveau mot «le Verbe», sans doute emprunté aux philosophes grecs, le «logos» grec, car il lui permet d’exprimer que le Verbe n’est pas seulement la Parole dite, mais l’acte même de dire et de se dire. Les philosophes grecs savaient déjà distinguer Verbe mental et parole proférée. Le Verbe, c’est finalement la connaissance intérieure que le Père a de lui-même. Je vous rassure, si vous n’avez pas tout saisi, c’est normal. St Agustin disait à propos de cette phrase «Le verbe était Dieu» : «si tu ne peux arriver à le comprendre, attends de grandir, c’est une nourriture trop grande pour toi.» Oui, Dieu sera toujours trop grand pour moi. Ce mystère d’un Dieu qui entre dans le temps, qui se fait chaire, tout cela dépasse mes capacités actuelles, mais sans cesse je peux le travailler, entrer dans ce mystère, le contempler de Noël en Noël. Je n’aurai jamais fini de contempler la crèche. 

Mais comme je n’ai pas toute la journée pour reprendre l’ensemble du prologue, prenons l’autre grand thème du prologue, celui de la lumière, c’est à dire celui de l’accueil. Ce Dieu qui se fait chair, qui assume une existence humaine, comment est-il accueilli ? Si Dieu a fait le chemin pour venir à nous, quel chemin ferons nous aussi ? Les autres évangélistes décrivent cet accueil dans le récit de l’histoire de Jésus : pas de place dans la salle commune, ou au contraire l’adoration des bergers et des mages, puis la fuite en Egypte. Jean résume cet accueil par le thème de la lumière : 

– «En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.» Scientifiquement, le noir ne serait pas une couleur : il représente en fait l’absence de lumière reçue par l’œil. Si la lumière vient, elle éclaire tout. Une seule allumette craquée dans une pièce fermée et la lumière est. Donc frères et soeurs, les ténèbres du monde n’arrêtent pas la lumière. Soyons en parfaitement convaincu. C’est notre espérance. La lumière de Noël ne peut s’éteindre.

– St Jean pousuit : «Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.» Le Verbe a donc éclairé tout, mais tous n’ont pas accepté cette lumière, tous n’ont pas reconnu le Messie.

C’est le drame résumé par st Jean : «Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.» St François d’Assise aurait dit : «l’amour n’est pas aimé ; il faut aimer l’amour». Chacun de nous est questionné. «Est-ce que j’aime l’amour ? Comment j’accueille dans ma vie cet enfant de Bethléem qui est l’amour incarné ? Quelle est ma relation avec lui ? Car poursuit st Jean, «à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.» Dans son discours à la Curie, le pape François, le 21 décembre dernier, en tire la conclusion que « Noël est une occasion d’accueillir de nouveau son commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). En fait, ici, Jésus ne nous demande pas de l’aimer comme réponse à son amour pour nous ; il nous demande plutôt de nous aimer l’un l’autre avec son propre amour. Autrement dit, il nous demande d’être semblables à lui, parce qu’il s’est fait semblable à nous. Que la fête de Noël, poursuit le Pape, reprenant des mots du saint Cardinal Newman –,  que la fête de Noël « nous trouve toujours plus semblables à Celui qui, en ce temps, est devenu enfant par amour pour nous ; que chaque nouveau Noël nous trouve plus simples, plus humbles, plus saints, plus charitables, plus résignés, plus heureux, plus remplis de Dieu ».

Saint Jean en tirait une conséquence magnifique : «Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce.» Oui, nous avons reçu grâce après grâce ; notre vie est illuminée par l’enfant de Bethléem. Qu’il nous ouvre à l’amour vrai, à l’espérance infinie et à une foi inébranlable. « Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple.» Amen !

Fermer le menu