20201004 Ouverture Année Mariale à Rosans

Homélie dimanche 4 octobre 2020

TO27 Abbaye ND de Miséricorde de Rosans – ouverture de l’Année Mariale Diocésaine

« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » Isaïe dans son chant sur la vigne du Seigneur, met sur les lèvres du vigneron – en l’occurrence Dieu – cette question.

« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » La réponse est bien entendu non, Dieu ne pouvait rien faire de plus que ce qu’il a fait. Car Dieu fait toujours le maximum, Dieu fait toujours de son mieux comme diraient les louveteaux, même si ce vocabulaire nous le sentons est inadapté. Dieu fait ce qui permet à chacun de progresser en se convertissant.

En l’essayant de l’appliquer à moi-même, dans un premier jet, je pourrais dire : Seigneur tu aurais pu aussi faire ceci et ceci !  Mais en réalité Dieu a fait ce qu’il devait faire, pour respecter ma liberté et celle d’autrui.

(Car parenthèse d’actualité, nos autorités choisissent plutôt de réduire nos libertés pour obtenir une fin bonne. Mais cela fonctionne rarement. Ainsi pour lutter contre l’islamisme, rebaptisé séparatisme islamique, les autorités annoncent l’interdiction de l’école à la maison sauf raison de santé. C’est cocasse alors qu’il y a quelques mois les mêmes autorités ont contraints des millions de parents à faire l’école à la maison pendant le confinement et c’est surtout un recul de la liberté scolaire et de la responsabilité première des parents dans l’éducation de leurs enfants. Fin de la parenthèse d’actualité.)

« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? »

Et moi de mon côté, moi la vigne du Seigneur, « Pouvais-je faire plus que je n’ai fait ? » Cela m’a fait penser au dialogue imaginé par le célèbre dramaturge Jean Anouilh, pour le cinéaste Maurice Cloche dans le film « Monsieur Vincent », dialogue de saint Vincent de Paul avec la Reine Anne d’Autriche, basé sur une parole véridique de St Vincent de Paul : 

La reine : – Vous faites trop, monsieur de Paul

Vincent :  – J’ai fait si peu.

La reine : – Vous savez que vous avez fait beaucoup, et ils sont rares ceux qui pourront au jour du jugement dernier présenter un compte de leurs jours aussi rempli que le vôtre.

Vincent : – J’ai dormi, j’ai affreusement dormi, Madame, j’ai été lâche souvent.

La reine : – Eh ! Monsieur de Paul, nous qui n’avons pensé qu’à notre plaisir, à notre appétit de jouissance, et qui, sans vous, les aurions toujours gardés fermés, ces yeux, répondez-moi, vous qui n’avez pensé qu’à donner, qui avez renoncé au bonheur, à la puissance, toujours, vous qui avez bâti autre chose que de vains palais et qu’une vaine gloire, sentez-vous, au seuil de la mort, ce grand trou vide derrière vous, vous aussi ?

Vincent : – Oui, Madame, je n’ai rien fait.

La reine : – Que faut-il faire alors dans une vie, pour faire quelque chose ? 

Vincent : Davantage.

Au delà de l’ardeur de ce grand saint, qu’il est vain de vouloir reproduire, ce mot « davantage » souligne bien la différence entre l’action de Dieu, qui fait tout, et nous qui trop souvent pourrions faire davantage, dans le domaine de l’amour.

Parce qu’en réalité cette image du vigneron et de sa vigne est une parabole de l’amour que Dieu porte à sa création et en Isaïe, à son peuple bien aimé qu’il a élu et choyé pour en faire un peuple au service des autres peuples.

(Le pape François, seconde parenthèse d’actualité, a signé hier à Assise, une encyclique, rendue publique ce midi, intitulé de ces paroles de st François d’Assise : Fratelli Tutti. Je l’ai reçue dans la nuit de vendredi à samedi, mais n’ait pas eu le temps de la lire. Un mot cependant. Le charisme de notre Saint Père est de mettre le doigt sur les failles de la société. Ainsi l’environnement intégral, ainsi la famille, ainsi la fraternité, thème de cette encyclique. Je nous invite à la lire, à la travailler, sans nous laisser influencer par ceux qui vont tout de suite la critiquer. C’est une lettre de notre pape, je suis pour ma part certain que l’Esprit Saint l’a inspiré. Fin de cette seconde parenthèse d’actualité.)

Notre Seigneur reprend la même image de la vigne et du vigneron, dans cette parabole rapportée par Matthieu, en la transformant. En Isaïe, c’est la vigne qui donne du mauvais fruit, autrement dit le peuple bien aimé qui ne répond pas à l’amour de Dieu. En Mathieu, ce sont d’autres vignerons à qui le propriétaire confie sa vigne qui se comportent comme des criminels, autrement dit, les chefs du peuple.

Dans les deux cas, c’est la tristesse de Dieu qui s’exprime et donc son amour. Tristesse par le peu d’amour et tristesse par les crimes commis qui vont entraîner des conséquences, ce qui amène Dieu a proférer des menaces pour obtenir la conversion, mais en vain.

Creusons l’évangile. Jésus est conscient de l’opposition des autorités qui souhaitent le tuer. Par cette parabole, il essaie de les prévenir pour qu’ils se convertissent. Il fait appel à l’histoire du peuple hébreux : le maître a envoyé des serviteurs, ce sont les prophètes. Dans le livre de Jérémie (7,25-26), le Seigneur se plaint : « Depuis le jour où vos pères sont sortis du pays d’Égypte jusqu’à ce jour, j’ai envoyé vers vous, inlassablement, tous mes serviteurs les prophètes. Mais ils ne m’ont pas écouté, ils n’ont pas prêté l’oreille, ils ont raidi leur nuque, ils ont été pires que leurs pères. » Sans doute qu’à chacun de nous aussi le Seigneur a envoyé bien des messagers. Tantôt nous les avons écoutés, tantôt nous les avons fait taire.

Jésus ensuite annonce sa passion : « Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ » Jésus nous livre ici la profondeur du cœur de Dieu, la profondeur de l’amour de Dieu pour chacun de nous. L’Incarnation et la Rédemption sont pour nous le sommet indépassable de l’amour de Dieu.

Et comme dans Isaïe, Jésus essaie d’éviter le pire et de provoquer la conversion des autorités. Également en vain.

Mais c’est l’espérance qui prend le dessus sur la tristesse : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures – Jésus cite le psaume 118 – : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » Annonce voilée de sa Résurrection.

Ce chant du vigneron d’Isaïe, et cette parabole des vignerons homicides racontée par notre Seigneur Jésus, nous plonge devant l’abîme de l’amour de Dieu, et notre propre responsabilité de l’accueillir.

St Paul aux Philippiens, notre seconde lecture, indique une juste attitude : « Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. »

Marie a sans doute été un bon modèle pour St Paul. « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce ». Et nous pensons à l’Annonciation, à la Visitation, à son Magnificat. « La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » Et nous pensons à la fois à la Stabat Mater et à la Mère de l’Espérance qui attend la Résurrection, et enfin à la joie de Marie à la Résurrection de son Fils. Cette année mariale qui a été ouverte le 6 septembre dernier dans le diocèse et qui est ouverte ici à l’Abbaye ND de Miséricorde de Rosans est pour nous aussi l’occasion de demander à Marie de nous aider à avoir les mêmes sentiments qu’Elle, à chanter son Magnificat, à être une Stabat Mater et à être nous-même père ou mère de l’Espérance autour de nous, dans la joie de la Résurrection. AMEN