Homélie Mgr X Malle à Avançon le 16 février 2020
Eglise saint Gervais-Saint Protais d'Avençon
  • 16 février 2020

C’est une joie d’entendre ce dimanche une bonne partie du célèbre sermon sur la montagne de jésus, en Mathieu 19

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.»

Il faut se rappeler ce que représente la loi pour des juifs observants comme l’étaient Jésus et ses parents. La loi, les 10 paroles, c’est Dieu qui se fait proche de son peuple, Dieu qui lui parle. La théophanie, la manifestation de Dieu sur la montagne du Sinaïe, avec le don des tables de la Loi, des 10 commandements, représente le sommet de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Dieu daigne s’adresser à l’homme. Et Dieu donne en quelque sorte le mode d’emploi de l’humanité à l’homme perverti par le péché. Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu honoreras un seul Dieu, tu honoreras ton père et ta mère, etc…

Ces 10 commandements en tant que tels sont des paroles libératrices. Il est plus libérant de dire tu ne feras pas, que tu feras. Ce sont les glissières de sécurité le long de nos routes de montagnes. 

Alors comprenez que Jésus, fils de Dieu, n’allait pas abolir la Loi donnée par son Père ! Au contraire, son Incarnation est l’accomplissement, pour reprendre le verbe accomplir, ou l’aboutissement de l’Alliance du Sinaï. Jésus est la nouvelle Alliance, et il nous donne une loi nouvelle, qui n’abolit pas, pas même un iota, c’est à dire la lettre la plus petite de l’alphabet hébreux, mais accomplit. 

Et ce sont ces célèbres formules : il a été dit (sous entendu par la Loi remise à Moïse), et bien moi je vous dit. Quel renforcement de la loi, et donc quel agrandissement de notre liberté.

Prenons deux exemples : 

«Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre,… Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère, etc. On passe du meurtre à la colère.

Mais frères et soeurs, on peut tuer par notre colère. Il n’y a que les saints et surtout Jésus qui peuvent avoir de saintes colères. Nos colères ne sont jamais saintes.

OU encore : «Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.» Bon, là, tous les hommes de l’assemblée baissent les yeux. Alors précisons : le premier mouvement de voir une belle femme, nous n’y pouvons rien, nous sommes créés pour cela,… en fait pour louer Dieu de la beauté de sa création ! La question est qu’est-ce que je fais de ce premier regard qui n’est en rien un péché. Si j’en fait de la convoitise, comme dit Jésus, là c’est un péché, ce n’est plus un regard pur. Donc, quand vous croisez une belle femme, tournez vos yeux intérieurs vers Dieu pour le louer et passez votre chemin !

Avez-vous aussi remarqué comment Jésus en profite pour donner des conseils. Par rapport au meurtre et à la colère, il conseille la réconciliation avant d’apporter les offrandes à la messe. Raison pour laquelle, mais cela n’a pas abouti, un pape, je ne sais plus lequel, avait demandé d’étudier la place du baiser de paix à la messe : non plus juste avant la communion, mais avant l’offertoire. C’est vrai que cela ferait parfois moins de bazar, mais ce n’est pas adopté par Rome, alors nous obéirons !

Autre conseil après l’adultère et le regard de convoitise, arracher son oeil droit. Par pitié frères et soeurs, voyez à quelle extrémité conduirait une lecture littérale des paroles de Jésus ! Gardons nos yeux et posons nous la question : aujourd’hui, comment éviter que mes yeux ne voient des images sales sur l’ordinateur. Par exemple, comme dans une famille de mes paroissiens il y a quelques années, l’ordinateur était posé sur une tablette le long d’un mur dans la cuisine, avec un siège de bar devant. Cela protégeait mieux les enfants qu’un système informatique de contrôle parental.

Frères et soeurs, la sagesse que nous propose Jésus, que nous appellerons la sagesse chrétienne, est élevée, toujours plus haute que la sagesse humaine. Comme dit st Paul dans la seconde lecture : «c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire.» Si Jésus nous a libéré par sa mort et sa Résurrection, comment pouvons nous composer avec le mal. c’est le scandale du mal pour un baptisé, pour nous.  Dès fois qu’on n’ait pas compris, Jésus enfonce le clou : «Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » Or parfois, pour reprendre une expression politique contemporaine, nous sommes dans le «en même temps». 

Etre chrétien, c’est exigeant. Ce n’est pas vivre comme tout le monde, c’est marcher vers la sainteté. Mais nous sentons bien que nous avons du mal à être à cette hauteur, pourtant nous avons la liberté de choisir le bien. 

Ben Sirac le sage disait ainsi : «Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.»

Jésus, dans la profession de foi que nous allons prononcer d’ici quelques instants, nous voulons te dire oui. Oui, nous croyons en toi, en ton amour, pour nous, pour ta création, pour l’Amazonie, pour moi, pour mon voisin. Aide nous à vivre au niveau de notre baptême. Amen.

Fermer le menu