Dimanche 23 février à la cathédrale de Gap, Mgr Xavier Malle a célébré la messe pour les donateurs et légataires du Diocèse de Gap (+Embrun) et du Sanctuaire Notre-Dame du Laus.

Mot d’introduction de Mgr Xavier Malle

Chers frères et soeurs, cette messe est célébrée à l’intention des donateurs du diocèse de Gap, vivants et défunts.

Le sens du Don est important pour nous chrétiens. Il fait même intégralement partie de la liturgie, du culte rendu à Dieu ; nous donnons non seulement notre voix et notre pensée, c’est à dire notre prière, mais aussi des dons concrets, maigres retour d’amour à tant d’amour reçu de la part de Dieu. Les croyants de l’Ancien Testament avaient cela très fortement à coeur, eux qui apportaient des animaux en offrande à Dieu. 

Nous, à la quête, mais aussi dans les dons que nous faisons par exemple lors de la campagne du Denier de l’Eglise, nous offrons à Dieu une part de nos revenus, de nos moyens de subsistance, l’équivalent des animaux d’antan… et cela nous coûtent. L’amour coûte toujours, nous le verrons en écoutant la parole de Dieu de ce dimanche.

De notre don, nous en recevons de la joie. Car «Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir», comme dit l’auteur du livre des Actes des Apôtres 20, 35.

Alors, frères et soeurs généreux donateurs de l’Eglise des Hautes-Alpes, nous allons prier avec vous, pour vous, et pour ceux qui sont partis vers le Père. Que ce geste du denier soit non seulement un devoir comme baptisé, mais un acte de culte rendu à Dieu. Offrir de notre vie, pour que la Bonne Nouvelle se répande dans nos montagnes aimées. 

Homélie de la messe du 23 février 2020 en la Cathédrale de Gap

«Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?» Cette question de St Paul aux habitants de la ville de Corinthe, est la clef de la parole que Dieu nous adresse ce dimanche. Elle seule explique l’idéal évangélique si élevé que nous venons d’entendre, de l’amour des ennemis, déjà introduits dans la première alliance.

Dans le Lévitique, Dieu dit : «Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.» et dans l’évangile, Jésus explicite : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Parenthèse, l’actualité dans la société et en Eglise nous montre l’urgence de rechercher la sainteté, qui n’est autre que l’unité de notre vie, affectivité, intelligence et spiritualité, c’est à dire l’unité corps-âme-esprit.)

L’Ancien Testament est une merveilleuse préparation par Dieu de son peuple à l’Alliance en Jésus. Déjà il invite à ne pas haïr son frère, mais à ne pas non plus tolérer la faute qui est en lui. On pourrait dire aimer le pécheur mais haïr le péché. Il invite aussi à ne pas se venger. Et le précepte que Jésus rappelle, « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent.», c’était déjà un grand progrès, les représailles doivent être proportionnées à la faute. Enfin, l’Ancien Testament invite à l’amour du prochain : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même.» Certes, cet amour est encore limité  aux enfants d’Israël, «Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple.» et quand on entends ensuite l’Evangile, on voit le saut gigantesque. On passe de l’amour du prochain, des croyants, à l’amour des ennemis. 

Et en développement maximum de la loi du Talion, «Œil pour œil, et dent pour dent», Jésus propose : «Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.»

Que dire sur cette parole de Jésus qui nous semble irréalisable ?

– D’abord qui suis-je pour me sentir supérieur aux pécheurs. Frères et soeurs, nous sommes tous capables du pire. J’ai été frappé une année en allant célébrer la messe dans la prison de Tours, ce que j’ai aussi eu le privilège de faire à Gap. Qu’est-ce qui a fait que ces prisonniers avaient basculé ?

– Ensuite, la violence, même verbale, ne se résout pas dans la violence. Jésus, qui a pu par exemple employer une violence symbolique en renversant les tables des marchands du temple, se laisse mener à l’abattoir comme un agneau le vendredi saint. Il prendra la violence sur lui, toute la violence du monde.

– Enfin, cet amour des ennemis va si loin, qu’il me fait choisir le bien de mes ennemis, avant même mes propres droits. Alors on comprends bien qu’il y a d’abord un combat humain contre soi-même, qui est aussi un combat spirituel. On n’y arrive que les yeux fixés sur la Croix. La croix glorieuse, la croix qui est la vraie joie; la victoire de l’amour sur la haine.

– J’ajoute que Jésus ne nous demande pas d’avoir des ennemis, c’est à dire des gens qui ne nous aiment pas et nous ont fait du mal. C’est un fait, il constate qu’on en a, et il nous supplie de les aimer.

A quelle hauteur de vie Jésus nous appelle, à quelle aventure intérieure il nous convie. 

«Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?»

Voilà bien la clef. Seigneur, je n’arrive pas à aimer, viens aimer en moi. Renouvelle en moi le don de ton Esprit d’amour.

Imaginez que l’humanité entière dise chiche à Jésus ! Alors il n’y aurait plus de guerre, plus de haine, plus de corruption.

Au fond, on voit bien que la paix mondiale n’est atteignable que si la terre entière connaissait cet amour de Jésus. Et on comprends l’insistance du pape François sur l’évangélisation. C’est ainsi la ligne de fond de son exhortation sur l’Amazonie, Chère Amazonie. Texte magnifique, poétique, et plein d’enseignements pour chacun de nous. (Notez l’invitation à une table ronde au Cendre Diocésain sur cette Exhortation sur l’Amazonie, le 20 mars.)

Cette aventure intérieure de l’amour, ce combat spirituel en moi,  c’est justement le but du Carême que nous allons commencer mercredi prochain, mercredi des cendres.

Ensemble, nous dirons que nous sommes pauvres en amour vrai. Le pape François comme chaque année prépare un message pour le Carême. C’est dommage, même si comme évêque on reçoit les textes avec un peu d’avance, je n’ai pas le droit de vous le donner, car il est sous ce qu’on appelle «embargo» jusque demain lundi midi.

Je me permet seulement de vous dire que le pape y cite le §123 de son exhortation aux jeunes Christus Vivit :  « Regarde les bras ouverts du Christ crucifié, laisse-toi sauver encore et encore. Et quand tu t’approches pour confesser tes péchés, crois fermement en sa miséricorde qui te libère de la faute. Contemple son sang répandu avec tant d’amour et laisse-toi purifier par lui. Tu pourras ainsi renaître de nouveau.»

Frères et soeurs, un carême pour «Regarder les bras ouverts du Christ crucifié, se laisser sauver encore et encore.»

Rappelons-nous ce que veut dire le nom de Jésus, que l’ange Gabriel lui a donné lors de l’Annonciation à Marie : en hébreu Jésus veut dire  “Dieu sauve”, exprimant à la fois son identité et sa mission. Amen.