Dimanche 17 mai 2020, Mgr Xavier Malle a profité du déconfinement dans la limite des 100 kms, pour aller célébrer à l’abbaye bénédictine ND de Miséricorde de Rosans, avec prudence sanitaire, uniquement la communauté et son chapelain.

Homélie 17 mai 2020 – Abbaye de ROSANS

« Rendre raison de l’espérance qui est en vous » demande St Pierre dans sa première lettre à ses interlocuteurs. Il indique ensuite une piste : avec douceur et respect, en souffrant de faire le bien.

Notre monde porte-t-il actuellement une espérance ? En fait, écouter la radio ou lire le journal ou voir la télévision peut vous plonger dans une grande désespérance, nous renvoyant alors à cette question : quelle est l’espérance qui nous habite dans ce monde perdu et sans espérance ?

La brusque pandémie du coronavirus que nous connaissons est un évènement majeur, dont nous ne pouvons encore saisir toutes les conséquences sur la vie du monde. Elle figurera dans les livres d’histoire des générations suivantes.

Il nous faut d’abord prendre conscience qu’elle est un drame pour beaucoup. Au niveau économique, la pauvreté augmente rapidement dans le monde et chez nous. Ainsi, actuellement, dans les grandes villes, les distributions alimentaires sont à un niveau très important.

C’est aussi un drame pour les couples ou les familles. Pensons aux violences conjugales, aux violences sur enfants, aux divorces. Pensons aussi aux morts en solitude, aux sépultures en petit comité sans pouvoir se manifester notre amour… 

Pensons aussi aux jeunes enfants dans les cours de récréations, enfermés chacun dans un carré peint au sol, à distance réglementaire de ses camarades. Quels dégâts psychologiques vont sortir de cette pandémie ? 

Chères soeurs, j’imagine que les échos de cette souffrance parviennent derrière les grilles de votre clôture et je ne doute pas que vous la portiez dans votre prière. 

Car bien rares sont ceux pour qui le confinement a été une chance, une opportunité, comme ce retraité me partageant qu’il n’avait jamais autant lu et prié, ou ce couple témoignant que cette période leur a paradoxalement permis une certaine intimité avec l’Eglise, à travers toutes les propositions de télé-transmissions et avec leurs enfants et petits-enfants par ces moyens modernes de communication.

Alors oui, malgré la souffrance, il nous faut aussi rendre grâce. Le slogan officiel du confinement : « Restez chez vous, prenez soin de vous ! » a le plus souvent été vécu en  « Prenez soin des autres ! » Et là nous rendons grâce pour ces coups de fils passés et reçus en famille, en paroisse, aux vieux amis, pour ces gestes d’attention aux voisins, pour ces petits mots d’encouragement à la fin des mails, ces gestes de partage envers les plus pauvres, le dévouement héroïque des soignants, etc… Et là nous demandons pardon à Dieu dans le sacrement de la pénitence, pour parfois nos fermetures, nos peurs …

Illuminée par ces gestes et paroles de charité, la souffrance est pourtant encore grande, et elle va durer, car c’est une épée de Damoclès que nous avons au dessus de notre tête. Sans doute l’avez vous expérimentée un peu, ayant appris le drame des Franciscains de Crests dans la Drôme voisine dont 5 frères sont morts en 10 jours, et quand l’une d’entre vous a eu des symptômes, finalement heureusement ce n’était pas la covid.

Une épée de Damoclès : d’après la légende grecque, Damoclès était un courtisan du roi Denys l’Ancien, qui flattait souvent le monarque à propos de ses richesses et du bonheur attaché à sa condition. Pour faire comprendre à Damoclès combien ce bonheur était précaire, le roi l’invita un jour à un banquet. Au milieu du festin, Damoclès leva la tête et s’aperçut qu’une épée était suspendue au-dessus de lui, et n’était retenue que par un crin de cheval. En 1981, deux médecins décrivent un syndrome de Damoclès qui se caractérise par de l’anxiété et des tendances dépressives, qui sont le résultat d’une peur constante de la récidive du cancer chez les enfants ayant survécus. Actuellement, nous vivons la peur d’une récidive, d’une seconde vague de la pandémie. Une épée de Damoclès. Mais alors, notre monde peut-il comprendre comme Damoclès combien ce  qu’il pense être le bonheur du pouvoir et de la richesse est précaire !

Est-ce que « le monde d’après », comme titrent les journaux, ressemblera au monde d’avant ? 

Le capitalisme débridé va essayer de reprendre ses vieilles habitudes. La culture de mort n’a pas cessé de progresser pendant la pandémie. Les divisions dans nos sociétés vont reprendre de plus belle, tout comme les bonnes vieilles divisions qui nous occupent dans nos églises. En lisant certaines réflexions sur cette pandémie, je me demande d’ailleurs si chacun en réalité ne cherche et ne trouve dans la situation actuelle que des justifications de ses opinions personnelles, au lieu de chercher quelle est la volonté de Dieu. Que veut-Il nous dire ?

Peut-on au moins espérer que chacun d’entre nous se pose des questions ?  La course à l’argent, à l’avancement professionnel, aux biens de consommation (tiens, les magasins rouvrent avant les églises…), aux honneurs, à la toute-puissance, à l’homme augmenté (tiens, les GAFA Google, Apple, Facebook et Amazon qui nous promettaient la vie sans fin du transhumanisme, ont été bien silencieux pendant la période), finalement qu’est-ce qui est important ? Finalement quelle est la petite décision, le petit sacrifice que je peux faire, pour apporter ma pierre à un monde d’après plus juste et plus fraternel ? Mais pour cela, il faut sortir de la désespérance de cette épée de Damoclès ; entrer, rentrer dans la confiance en Dieu. L’évangile de ce 6ème dimanche de Pâques nous y invite.

Réécoutons Jésus dire à ses disciples en Jean 14 : « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. » (BIS) N’est pas ce que nous vivons en ce 17 mai : le monde ne voit pas Jésus vivant, mais nous nous le voyons et nous en vivons.

Et autre source d’espérance, les versets précédents : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. » C’est d’une puissance ! Là encore, Jésus prédit que le monde ne voit pas l’Esprit à l’oeuvre. Mais que nous chrétiens le connaissons et pouvons l’accueillir en nous. Invoquons l’Esprit, sur nous, mais aussi pour une nouvelle Pentecôte d’amour sur le monde. Supplions Dieu d’envoyer son Esprit en cette proche fête de la Pentecôte, qu’il accorde aux hommes de nombreuses conversions, comme le jour de la Pentecôte.

Et puis ce petit bout de phrase de rien du tout : « Je ne vous laisserai pas orphelins. » Et c’est vrai, frères et soeurs, il a renoué le lien, notre lien avec le Père, avec son Père. Et ce lien est vivifié pour peu que nous accueillons l’Esprit Saint.

St Pierre demandait de rendre raison de notre espérance, avec douceur et respect ; Jésus l’a fait si bien avec ses apôtres. 

  • « Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. »
  • « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »
  • « Je ne vous laisserai pas orphelins. »

Voilà le kérygme à répandre avec douceur et respect. 

Finalement que restera-t-il du drame planétaire que nous connaissons ? La modestie, l’humilité, les doutes, les questionnements. Et si c’était le principal cadeau que Dieu nous a fait pendant cette pandémie, à nous-mêmes, mais aussi à nos société ? Et si c’était la faille par laquelle le kérygme doux et respectueux pouvait passer ? Tu n’es pas seul, Dieu est là. 

Il me semble que la douceur maternelle de Marie va nous aider à entrer dans cette confiance, dans cette espérance. C’est le sens de l’année mariale diocésaine que nous allons vivre à partir du 6 septembre prochain. 

Le pape François, dans une catéchèse du 10 mai 2017, invitait à regarder Marie, Mère de l’espérance. « Dans les évangiles, Marie est cette femme qui médite chaque parole et chaque événement dans son cœur, qui écoute et qui accueille l’existence telle qu’elle se livre, avec ses jours heureux et avec ses drames. Et, à l’heure de la nuit la plus extrême, quand son Fils est cloué sur le bois de la croix, les évangiles nous disent qu’elle « restait » là, au pied de la croix, par fidélité au projet de Dieu dont elle s’est proclamée la servante et avec son amour de mère qui souffre. Elle est là encore pour accompagner les premiers pas de l’Eglise, dans la lumière de la Résurrection, au milieu des disciples tellement fragiles. C’est pour tout cela que nous l’aimons comme Mère, parce qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente confiante, même quand tout semble privé de sens. Que Marie, la Mère que Jésus nous a donnée à tous, puisse toujours soutenir nos pas, dans les moments difficiles. »

Benoîte Rencurel l’a expérimenté en accueillant Marie mère de l’espérance. On lit dans les manuscrits : « Quand Benoîte voit la très digne Mère de Dieu, elle se réjouit. Mais surtout, cette grande Reine l’égaye et l’encourage ». CA A. p. 451 [497]

Il nous est bon de rappeler cette confiance en Marie, en ce jour où le Saint Pape Jean-Paul II aurait eu 100 ans. Sa vie fut une succession de crise, mais il a toujours gardé confiance en Dieu, comme Ste Faustine le lui a enseigné : « Jésus, j’ai confiance en vous. »

Amen !