Homélie dimanche 7 Juin 2020 – Saint Bonnet

Sainte Trinité

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » On dit souvent que le mystère de la Sainte Trinité est le plus difficile de tous les mystères de notre foi. D’abord précisons le mot mystère. Ce n’est pas comme dans le langage courant quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, mais quelque chose qu’on n’a jamais fini de comprendre. Car c’est un mystère d’amour, et ce début de notre évangile nous le révèle : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Qui peut épuiser par quelques paroles un mystère d’amour ? 

Nous contemplerons ce mystère vu de Dieu, puis vu de nous les hommes, puis vu en la période de la pandémie que nous traversons. 

I. C’est d’abord le mystère chrétien vu sous son angle le plus divin, l’amour, que nous ne pouvons donc pas épuiser.C’est le mystère selon lequel il y a en Dieu trois personnes réellement distinctes dans l’unité d’une seule nature. « Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, dit le concile de Latran IV en 1215 (DS 800), qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit : Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple. »

Le Nouveau Testament ne spécule nullement sur la Trinité, car c’est un langage postérieur, qui a finit par trouver des mots pour ce mystère de la Révélation du Père par le Fils, dans l’Esprit. Saint Paul l’avait intuitionné dans la conclusion de sa seconde épitre aux Corinthiens, notre seconde lecture : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. »

Ils sont trois distincts, mais un parce que Dieu est amour. Distincts par ce que la théologie a appelé ensuite leur processions : le Fils procède du Père, et l’Esprit Saint procède du Père et du Fils, comme nous le proclamons dans le Credo. Autrement dit : le Père donne tout au Fils ; le Fils reçoit tout du Père avec reconnaissance ; et l’Esprit Saint est comme le fruit de cet amour réciproque du Père et du Fils.

Le récit de l’Exode, notre première lecture, révèle un Dieu plein d’amour qui donne tout. Ce récit arrive après un grave péché du peuple : comme Moïse tardait à revenir de la montagne du Sinaï, le peuple se montre infidèle et demande à Aaron de lui fabriquer un veau d’or, un dieu qui soit visible et qui puisse être honoré par des cérémonies idolâtres. En descendant du Sinaï, Moïse brise les tables de l’Alliance, puisque le peuple a rompu cette Alliance. Mais Dieu décide d’accorder son pardon, et ordonne à Moïse de remonter sur le Sinaï pour recevoir à nouveau ces tables de la Loi. Moïse demande alors à Dieu de se manifester, de montrer son visage. « Dieu passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. »

L’auteur du livre de l’Exode nous révèle le grand désir du peuple d’Israël avec la demande finale de Moïse : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. » Et Dieu le fera par la nuée qui précédera le peuple au désert. Et Jésus, fils de Dieu, marchera sur cette terre sainte de Palestine.

II. Un mystère vu de Dieu, mais dont nous ne sommes pas exclus bien sûr. Vu de notre côté, pour nous, c’est le mystère du Fils qui s’est fait l’un de nous, l’Incarnation et c’est aussi le mystère de notre adoption par le Père, en son Fils par le don de l’Esprit de Sainteté. « Le Dieu d’amour et de paix sera avec vous », dit st Paul. Ce moment inouïe de notre adoption est celui de notre baptême. J’ai une pensée pour les catéchumènes adultes de notre diocèse qui ont dû attendre tant de temps, et vont être maintenant baptisés dans les semaine à venir. A SAINT BONNET : 

C’est pour nous un mystère d’amour éternel : « afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ».

III. Enfin, cette fête de la Ste Trinité, en tournant nos yeux vers le Ciel et l’éternité, nous donne une grande espérance. C’est une perspective très positive, car Dieu n’est pas un individu isolé, confiné, mais une union de trois personnes dans l’amour. Et chacune de ces trois personnes est emplie d’amour pour toutes les créatures et en particulier pour nous les hommes.

Ce mystère d’amour de la Ste Trinité nous fait du bien alors que nous sortons, espérons-le, d’une grave crise sanitaire, et que nous sommes dans une grave crise économique et donc sociale. Dieu est une circulation d’amour. Nous sommes à l’image de Dieu, faits pour l’amour. Pour que cet amour circule.

Pendant cette pandémie, nous avons pu expérimenter, selon chacune de nos situation, soit la solitude, soit le bienfait d’une vie de famille, soit sa difficulté. En tout cas, la distanciation physique n’a pas toujours été une distanciation sociale, car nous avons beaucoup téléphoné, et beaucoup d’amour a circulé. L’amour a été plus viral que le virus. Mais il nous a manqué le contact physique, car nous sommes des êtres physiques.

Hier soir, à Tallard, j’instituais Lecteur et acolythe, ce qu’on appelait anciennement les ordres mineurs, Mr Fred Jory, qui se prépare au diaconat permanent. Et je disais que le manque pendant le confinement nous a paradoxalement fait comprendre que la messe est un tout : la table de la parole et la table de l’Eucharistie. Que par les retransmissions, et nous remercions le Sanctuaire du Laus et DICI TV, grâce à qui nous avions assez bien la table de la parole, mais que c’était plus difficile de nous rendre présent à l’Autel où le prêtre offre le pain et le vin qui vont devenir le corps et le sang du Christ. Il nous manquait quelque chose. Comme l’a écrit d’une manière simple un prêtre : « l’autel n’était pas réellement dans mon salon, pas davantage que le prêtre ou, plus encore, que le corps eucharistique de Jésus ! (…) La messe n’était pas célébrée dans notre maison, mais sa diffusion peut permettre de nous rendre spirituellement présents à ce qui est réellement célébré dans l’église à ce moment-là. » Il soulignait combien cela soulignait « la dimension corporelle de notre identité chrétienne (…). La vie chrétienne suppose une rencontre charnelle avec le Seigneur dans son Corps qu’est l’Église.»

Nous sommes dans la joie de nous retrouver ce matin pour célébrer la Ste Trinité, un mystère d’amour. Amen !