Mot d’introduction de Mgr Xavier Malle dimanche 18 octobre 2020

C’est un jour de joie, l’installation de votre nouveau curé et de ses deux frères dans votre paroisse. Joie car cela arrive le dimanche des missions. Joie car deux enfants vont faire leur première communion.

Mais joie grave, ternie, par le covid et par l’assassinat d’un professeur. Nous voulons dire notre proximité avec les enseignants, les élèves et les parents d’élève.

La lettre du Pape François, Fratelli Tutti, arrive à point nommé. Je cite le §282 : “La vérité c’est que la violence ne trouve pas de fondement dans les convictions religieuses fondamentales, mais dans leur déformation.” Il disait auparavant : “En temps que croyants nous nous trouvons face au défi de retourner à nos sources pour nous concentrer sur l’essentiel : l’adoration de Dieu et l’amour du prochain.” C’est ce que nous faisons lors de chaque messe.

20201018 Installation Fr Denis Marie Curé de VEYNES

Homélie de Mgr Xavier Malle

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette parole de NSJC est tellement connue qu’on nous la ressert en permanence, pour nous accuser nous chrétiens de nous mêler de ce qui ne nous regarderait pas. Ainsi comme évêque, que je parle du drame des migrants ou du drame de l’avortement, on se sert du  « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » pour tenter de me faire taire.

Il est donc important de comprendre ce que dit Jésus dans son contexte : des pharisiens et des partisans d’Hérode cherchent à prendre Jésus en défaut par la question sensible de l’impôt dû à César. Double raison de ne pas payer cet impôt : à un occupant qui plus est un païen. En manipulateurs, les pharisiens commencent pas flatter : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. » Comme dit un humoriste, “Le flatteur est comme l’eau de Cologne, fait pour être senti et non avalé.” Jésus sent venir le piège et ne l’avale pas ! Pourtant le piège était parfait ; il perdait à tous les coups : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » S’il réponds oui, il est considéré comme un traître collaborateur, et s’il répond non, ils pourront l’accuser de subversion devant l’occupant romain. Mais on ne piège pas facilement la seconde personne de la Trinité, tellement uni à l’Esprit Saint. Il demande alors génialement : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt… Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Il n’y avait qu’une réponse possible : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César. » D’une part il montre que le pharisien accepte bien l’argent romain et donc la domination romaine, et d’autre part il leur dit de rendre à César ce qui lui appartient, c’est à dire de se débarrasser de l’argent sale, de l’argent païen. Mais il ajoute : « et à Dieu ce qui est à Dieu », autrement dit, OK pour utiliser cet argent, mais l’important est la fidélité à Dieu.

La première lecture rapporte un épisode de l’histoire du peuple hébreux : c’est un empereur païen, Cyrus de perse, qui a libéré le peuple exilé chez les Babyloniens et leur a permis de revenir dans la Terre promise et de reconstruire le temple de Jérusalem. Le pouvoir païen peut être l’instrument de Dieu, sans même le savoir. Dieu guide Cyrus en réalité ; Dieu est le vrai maître de l’histoire. Il est bon de nous le rappeler alors que des tyrans se pensent les maîtres du monde. 

Retenons de ces deux passages, l’évangile et la prophétie d’Isaïe, que l’existence du pouvoir politique est bien selon la volonté de Dieu. Mais que ce dernier ne doit pas excéder son pouvoir qui est de chercher et promouvoir le bien commun. Car la réalité historique est que rares sont les fois où Dieu empiète sur les pouvoirs de César, mais fréquents les fois où César empiète sur ceux de Dieu. L’histoire de l’Eglise de par le monde est de se dégager de l’emprise de la tutelle du pouvoir. Cette tentation est toujours prégnante dans notre pays où la laïcité est en réalité érigée en religions toute puissante. Ainsi, pour lutter contre le séparatisme, un autre mot pour dire l’islamisme, le pouvoir veut diminuer la liberté éducative des parents en interdisant l’école à la maison. Or nous pensons que les premiers éducateurs sont les parents. C’est à eux de choisir le mode d’éducation de leurs enfants.

Vous allez penser que je suis loin du motif de ma venue ce matin parmi vous chers frères franciscains qui venez d’un pays lointain. Cela vous permet de comprendre la laïcité à la française et sa difficulté pour un chrétien. Comme curé dans cette paroisse, cher père Denis-Marie, vous aurez à coeur de lier des liens bienveillants et amicaux avec les autorités, mais aussi à garder l’équilibre entre la liberté de l’église et le respect de l’autorité légitime.

Vous risquez d’y être confronté dans le cadre de votre mission d’évangélisateur. Car vous êtes membres d’une congrégation missionnaire. La mission est dans vos gênes. Et c’est heureux que vous soyez installé aujourd’hui, alors que nous prions dans toute l’Eglise pour les missions. Et c’est heureux, car vous êtes sur une terre de mission. L’objectif n’est pas seulement de nourrir les chrétiens qui sont dans l’église, mais aussi de sortir selon le verbe préféré du pape, annoncer la joie de connaître Jésus.

Comme dit St Paul aux Thessaloniciens, « notre annonce de l’Évangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude ». Votre objectif sera bien de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est à dire le peuple qui vous est confié ce jour.

Le thème du dimanche des missions est : « me voici, envois moi. » Toute mission dans l’église procède d’un envoi. On ne se donne pas à soi-même sa mission. C’est le sens de l’installation par l’évêque du curé. Le pape dans son message pour cette journée des missions écrit : nous trouvons (cette parole) dans le récit de la vocation du prophète Isaïe : « Me voici : envoie-moi ! » (Is 6, 8). C’est la réponse toujours renouvelée à la question du Seigneur : « Qui enverrai-je ? ». Cet appel provient du cœur de Dieu, de sa miséricorde qui interpelle tant l’Eglise que l’humanité, dans la crise mondiale actuelle. »

Chers frères franciscains, j’ai la joie aujourd’hui d’installer comme curé votre gardien le père Denis-Marie. Gardien, ainsi appelle-t-on dans la tradition franciscaine le supérieur de la communauté. Mais j’ai aussi la joie de vous envoyer en mission, tous les trois, avec les trois soeurs de la Salette, avec Sophie Miahle pour le Dévoluy, et avec tous vos paroissiens. Le pape poursuit : « Dans le sacrifice de la croix, où s’accomplit la mission de Jésus, Dieu révèle que son amour est pour chacun et pour tous. Et il nous demande notre disponibilité personnelle à être envoyés. »

Mais plus loin il souligne que « la mission est une réponse, libre et consciente, à l’appel de Dieu. Mais cet appel, nous ne pouvons le percevoir que lorsque nous vivons une relation personnelle d’amour avec Jésus vivant dans son Eglise. » Vous êtes une communauté d’adorateurs, qui arrivez dans une paroisse où depuis le temps du père Sébastien Dubois, dont je veux saluer la mémoire, une chapelle d’adoration permanente existe. Chers frères et soeurs paroissiens, cette chapelle peut être le coeur de votre paroisses. 

Je continue à lire le texte du pape pour aujourd’hui : « Demandons-nous : sommes-nous prêts à accueillir la présence de l’Esprit Saint dans notre vie, à écouter l’appel à la mission ? Sommes-nous disposés à être envoyés partout, pour témoigner de notre foi en Dieu Père miséricordieux, pour proclamer l’Evangile du salut de Jésus Christ, pour partager la vie divine de l’Esprit Saint en édifiant l’Eglise ? Comme Marie, la mère de Jésus, sommes-nous prêts à être sans réserve au service de la volonté de Dieu ? »

Accueillir la présence de l’Esprit Saint, je sais que votre communauté franciscaine qui fait partie du grand courant dans l’Eglise appelé le Renouveau dans l’Esprit, le mouvement charismatique, aura à coeur de le faire.

Enfin, votre communauté franciscaine, en fils de St François, sait que le contenu de l’évangélisation, c’est la fraternité, comme vient de nous le rappeler notre pape François, dans sa dernière encyclique Fratelli tutti.

Frères et soeurs, pendant l’offertoire se tiendra la quête ; c’est un acte de fraternité. Elle sera versée au profit des Œuvres Pontificales Missionnaires, à 50% de son montant. Le reste à la paroisse, et vous savez combien c’est important car le confinement a coûté très cher aux paroisses. Les OPM, les Oeuvres Pontificales Missionnaires sont l’organisme qui permet au Pape d’aider les diocèse des pays de mission. C’est pourquoi le pape parle de cette quête à la fin de son message : « Célébrer la Journée Missionnaire Mondiale signifie aussi réaffirmer comment la prière, la réflexion et l’aide matérielle de vos offrandes sont une opportunité permettant de participer activement à la mission de Jésus dans son Eglise. »

Je voudrais terminer cette homélie en remerciant l’équipe sacerdotale à qui vous succédez. Le père Pierre Fournier est rentré à Gap pour se reposer de sa première cure de chimiothérapie. Nous continuons à rendre grâce à Dieu pour ce qu’il vous a apporté comme curé. Il a été bien secondé par les pères Marius Chevallier et Jean-Baptiste Rougny. Merci à eux. Merci au père Jean-Baptiste et au père André Girier, qui sont nommés prêtre auxiliaires, pour aider l’équipe des franciscains.

Chers paroissiens, vous avez une belle équipe de frères et de pères ! Remercions le Seigneur en silence. Amen.

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