You are currently viewing 20210808 Puissiez vous chers frères dominicains ne « parler qu’à Dieu ou que de Dieu » ! Homélie à l’Abbaye de Boscodon pour les 800 ans de la mort de saint Dominique

Homélie dimanche 8 août 2021 à 11h00 à l’abbaye de Boscodon

Dominique est né en Espagne en Castille, à 80 kilomètres de Burgos. Devenu prêtre et chanoine régulier, c’est à dire prêtre de paroisse vivant en communauté, d’autres compagnons d’apostolat se groupèrent autour de lui. Il les réunit en une nouvelle famille religieuse, à Toulouse, en 1215, ce fut la fondation de l’Ordre des Prêcheurs, pour approcher dans l’Église la manière de vivre des apôtres, comme l’avaient également voulu saint François d’Assise. Franciscains et Dominicains furent les deux ordres mendiants, non seulement entièrement donnés à la contemplation comme les bénédictins, mais aussi pleinement engagés dans la mission apostolique. Dominique recommandait à ses frères de servir leur prochain par la prière, l’étude et le ministère de la parole. Nous célébrons donc un grand saint fondateur. Mais il n’a pas été déclaré saint pour avoir fondé l’ordre dominicain, même si celui-ci dénombre des milliers de frères et de moniales, des dizaines de milliers de dominicaines apostoliques et une centaine de milliers de membres du tiers-ordre, et même si cet ordre tout au long de son histoire a fourni de grands saints à l’Église.

Alors qu’est-ce qui a fait la sainteté de Dominique ? Cherchons un indice dans la devise qu’il a donné à son ordre : « Ne parler qu’avec Dieu ou que de Dieu ». Notre pape François, depuis sa lettre ‘La joie de l’Evangile’, ne cesse de nous encourager à la mission, à être des ‘disciples missionnaires’ ; reprenant ce double mouvement : disciple : « Ne parler qu’avec Dieu » et missionnaire : « ne parler que de Dieu ». Saint Dominique a vécu ce qu’il a enseigné, ce double aspect, la prière et la prédication, et son ordre perpétue cette double présence : présence à Dieu et présence aux hommes à évangéliser. 

« Ne parler qu’avec Dieu »

Le psalmiste l’exprime ainsi : « Vers Dieu, je crie mon appel ! Je crie vers Dieu : qu’il m’entende ! Au jour de la détresse, je cherche le Seigneur ; la nuit, je tends les mains sans relâche. »

Parler avec Dieu, pour crier vers lui, pour le chercher, sans oublier ajoute le psalmiste de le louer : « Je me souviens des exploits du Seigneur, je rappelle ta merveille de jadis ; je me redis tous tes hauts faits, sur tes exploits je médite. »

« Ne parler que de Dieu »

C’est ce qui est le plus connu de l’ordre des frères prêcheurs. Je décrirai cette mission avec deux verbes : annoncer et observer la foi chrétienne.

Le premier verbe est annoncer.

Je le prends chez le prophéte Isaïe : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! »

Car c’est une bonne nouvelle à annoncer et notre monde en a soif ! «  Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! » 

Et cette annonce doit toucher tous les peuples : « Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu. » On comprends alors le surnom donné à Dominique, ‘l’homme aux semelles de vent’ !

C’est bien la mission reçue par les apôtres dans la finale de l’évangile de St Matthieu : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » 

Le second verbe est observer, qu e je tire de cette ultime parole de Jésus.

« Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ». En français, le verbe observer a deux sens :

1- ‘Considérer avec attention’.

Je peux témoigner combien la théologie, c’est passionnant ! Combien les 7 années d’études pour être prêtre passent trop vite, pour observer le monde de Dieu, observer le mode de vie de Jésus et de ses apôtres.

2- Le deuxième sens est celui de ‘se conformer de façon régulière à une prescription’. 

Cela correspond à ce que Paul écrit à son disciple Timothée : « proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. »

Dans votre mission de dominicains, vous avez la mission d’étudier et de défendre la foi contre toutes les hérésies toujours possibles. Mais il nous faut lever un malentendu : Dominique n’a pas été déclaré saint pour avoir fondé l’Inquisition, tout simplement car ce n’est historiquement pas possible ! C’est deux ans après sa mort que le pape Grégoire IX confie l’Inquisition dès sa création à l’ordre prêcheur. Il choisit les Dominicains en raison de leur compétence en théologie et de leur proximité avec le peuple. Donc à la mort de Dominique, en 1221, l’Inquisition n’existait pas encore. Il ne combattit jamais l’hérésie que par le prêche, et c’est heureux que nous soyons revenus à cela.

« Ne parler qu’avec Dieu ou que de Dieu », dans cette abbaye de Boscodon, à la suite de l’ordre de Chalais, voilà une belle mission pour des Dominicains ici, que j’appelle de tous mes voeux !

Mais précisons pour éviter un autre malentendu, que parler que de Dieu, ce n’est pas parler que d’affaires de sacristies. Comme évêque, quand je parle des réfugiés qui passent par nos montagnes, ou des enfants à naître, je ne sors pas de ma mission épiscopale d’enseignement de la parole de Dieu. Revenons toujours au début de la constitution du Concile Vatican II sur l’Eglise ‘Gaudium et Spes’ : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » Le concile poursuit : « Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. »

Puissiez vous chers frères dominicains ne parler qu’à Dieu ou que de Dieu ! Puissiez vous annoncer et observer ce message de salut. Amen !