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Homélie du samedi 28 août 2021 à 10h30 en la Cathédrale de Gap – Ordination sacerdotale Thibaud Varis  Mémoire de Saint Augustin d’Hippone 

Mes amis ! L’un d’entre vous, chers frères prêtres, commence souvent ainsi pour s’adresser à ses paroissiens : « Mes amis ». Et ceux-ci m’ont témoigné combien cela les avait profondément touchés, car cela sonne juste. Combien plus dans la bouche de Jésus, cela sonne juste : « Je ne vous appelle plus serviteurs ; je vous appelle mes amis. » « La vocation est une histoire d’amitié avec Jésus », dit le Pape François dans son exhortation après le synode sur les Jeunes. « Ce que Jésus désire de chaque jeune, c’est avant tout son amitié… Et pour discerner sa propre vocation, il faut reconnaître qu’elle est l’appel d’un ami : Jésus. »

Oui, cet appel à une vocation sacerdotale ou consacrée naît d’une relation amicale avec Jésus dans la prière. (Aussi, parenthèse, je suis convaincu que les vocations naissent dans des communautés priantes. C’est la raison pour laquelle je vous invite chaque année à pèleriner pour les vocations sur le chemin de saint Jacques. Pour la troisième étape, lundi prochain nous partons de l’abbaye de Boscodon pour arriver le 1er septembre à Gap, en passant par le Laus et sa chapelle de prière pour les vocations. Venez marcher et prier avec nous une journée ! FIN de la parenthèse.)

« Je ne vous appelle plus serviteurs », car ici en grec c’est l’esclave, ‘doulos’, celui qui sert contre son gré. Certes, « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit encore Jésus à ses apôtres, c’est moi qui vous ai choisis », mais pas contre votre gré ! Et je vous ai choisi pour marcher à ma suite, pour servir. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude », c’est la parole que vous avez choisi pour votre faire-part d’ordination sacerdotale.

Dans la vocation de Jérémie nous repérons le schéma classique d’une vocation :

– l’appel, « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète. » 

– l’interrogation de l’élu : « je ne sais pas parler, je suis un enfant ! »

– puis la confirmation de l’appel : « Ne dis pas : “Je suis un enfant !” Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. »

Chers jeunes, peut-être vivrez-vous ce schéma ! Appel, interrogation, confirmation de l’appel. Cette interrogation est légitime. Le Seigneur ne le reproche pas à Jérémie, mais lui répond : « Voici, je mets dans ta bouche mes paroles ! » Et Paul dira en écho : « ce que nous proclamons, ce n’est pas nous-mêmes ; c’est ceci : Jésus Christ est le Seigneur » Et Jésus répond à ses apôtres : « tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera ».

Cher Thibaud, vous pouvez avoir confiance en celui qui vous a appelé, à qui vous avez répondu librement. Une confiance inébranlable, à la mesure selon laquelle vous vous confiez entièrement à Dieu, le reconnaissant comme la seule source de votre ministère. « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour » dit encore Jésus. Garder son commandement d’amour, toujours, et envers tous. Ce qui est valable pour tout chrétien l’est encore plus pour un prêtre, qui agit quand il donne les sacrements, ‘in persona Christi’, en la personne même de Jésus.  « Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur. » entendrez-vous tout à l’heure. Votre fécondité pastorale, et petit à petit votre paternité sacerdotale, seront à mesure de votre charité pastorale qui prends sa source dans votre amitié avec Jésus.

Commentant le début de notre évangile, St Augustin, dont c’est la fête aujourd’hui dit : « ‘Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.’ Voilà d’où viennent nos œuvres bonnes. Car d’où pourraient-elles venir, sinon de la foi agissant par la charité ? Et d’où viendrait que nous aimons, sinon de ce que nous sommes aimés en premier ? C’est ce que notre évangéliste nous dit de la façon la plus claire dans son épître : Aimons Dieu parce que lui-même nous a aimés le premier. » Fin de citation. Que l’amitié avec Jésus se transforme en amitié avec tous. Fratelli tutti ! Puisse cher Thibaud, votre formation de pompier volontaire augmenter en vous cet amour pour tous ceux auquel le Christ vous envoi. Éteindre le feu, le feu terrible pour les hommes et la nature, oui, mais ne jamais laisser s’éteindre en vous le feu de l’amour, dont Jésus dit « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49)

Saint Paul vous invite à la sainteté sacerdotale : « Ayant reçu ce ministère par la miséricorde de Dieu, nous ne perdons pas courage : nous avons rejeté toute dissimulation honteuse, nous n’agissons pas avec ruse, et nous ne falsifions pas la parole de Dieu. »

Mais cher Thibaud, ne vous croyez jamais arrivé à la sainteté sacerdotale. N’en venez surtout jamais à imaginer que vous serez gardé de toute tentation parce que le Seigneur vous a appelé. Saint Paul est clairvoyant : « ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. » Prendre conscience que nous ne sommes que des vases d’argile poreux, fêlés, et donc tentés comme tout un chacun, est une lucidité qui nous garde dans l’humilité et dans la détermination de notre conversion personnelle. Être prêtre est un cadeau, que nous ouvrons le plus délicatement possible, mais pas un cadeau pour nous, un cadeau pour les autres. C’est dans la mesure où nous serons des êtres pour les autres, des êtres donnés, que nous aurons la joie profonde, la joie même de Jésus : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Jésus parle de joie, pourtant, vos frères prêtres pourront vous témoigner que le ministère sacerdotal est essentiellement fait de « la monotonie du sacrifice », dirait Thérèse de Lisieux, de conformation à la Croix du Seigneur. Mais ils vous témoigneront aussi de grands moments de grâce, de grands moments de joie profonde, quand nous sentons notre cœur se remplir d’un amour profond, plus grand que nous, d’une véritable tendresse pastorale. Cher Thibaud, vous l’expérimenterez dans la rencontre, dans l’écoute, dans la prédication, dans la confession, et je vous le souhaite parfois jusqu’aux larmes de joie et de compassion.

Oui, toute « vie sur cette terre atteint sa plénitude quand elle se transforme en offrande » dit encore le pape François, en service des autres. C’est bien ce que vous vivez chers frères et sœurs qui êtes parents et époux. Nous partageons cette vocation à donner notre vie et à donner la vie, car nous partageons notre vocation de chrétiens à être d’autres Christ et à refléter le visage paternel de Dieu.

Cher Thibaud, pour terminer et revenir au début de cette homélie je vous invite à cultiver toujours plus l’amitié avec Jésus, dans la prière. Dans un instant vous allez promettre d’être « toujours assidu à la charge de la prière ». Charge, au sens de poids, car c’est souvent aride, mais aussi au sens de mission, comme la mission de nos frères chanoines ici présents. Nous savons qu’« un des fruits de l’oraison, c’est une plus grande qualité de présence aux autres. En étant attentifs à Dieu dans l’adoration, nous apprenons aussi à être attentifs aux autres…. On y apprend à donner la priorité aux personnes, à ne pas se laisser prendre par l’activisme. » (Jacques Philippe, La paternité spirituelle du prêtre, 2021, 59)

Oui, de votre prière découlera la charité pastorale, le « service missionnaire des autres ». De là jaillira votre joie sacerdotale. Bon ministère, pour la Gloire de Dieu, le Salut du monde, et la joie de vos paroissiens. Amen.