You are currently viewing 20210912 Dites-moi, l’est-Elle ou ne l’est-Elle pas ma mère ? Homélie des Vêpres en clôture de l’année mariale.

Parole de Dieu des Vêpres mariales : «Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : “Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit saint ; elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés”.» (Matthieu 1, 20-21)

Prenez Marie chez vous ! Tel est le slogan de notre année mariale qui arrive au sommet cette après-midi. Nous l’avions choisi, car nous nous doutions un peu qu’en temps de pandémie il serait difficile de faire des rassemblements diocésains ou paroissiaux. Alors prenez Marie chez vous, dans vos maisons, dans vos vies, pour surmonter cette pandémie.

Mais d’où vient ce slogan ? C’est en fait une citation biblique d’une apparition d’un ange à saint Joseph. C’est à un moment très difficile pour Joseph que cette parole a été prononcée. Ne pouvant comprendre que Marie «avant qu’ils aient habité ensemble, fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint» (Mt 1,18), il avait décidé de la répudier, mais «en secret» (Mt 1,19). Alors, «l’ange du Seigneur lui apparut en songe» : « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ». Il accepta immédiatement «et il prit chez lui son épouse» (Mt 1,24).

La source du slogan est aussi au pied de la Croix : Jésus a invité Jean à prendre Marie chez lui : « Voici ta mère ! »

Quand j’ai proposé de consacrer le diocèse à la Vierge, après des recherches dans les archives, on a trouvé plusieurs types de consécrations, dont une consécration du diocèse de Gap à la vierge Marie le jour du couronnement de la statue de Marie dans la chapelle de Bon rencontre, par Mgr Depery le 23 mai 1855 et également une invitation à une consécration personnelle par Mgr Berthet le 24 août 1905. D’où cette idée d’allier les deux, consécration diocésaine et possibilité pour ceux qui le souhaitent, d’une consécration personnelle.

Qu’est ce que cela veut dire consacrer notre diocèse et se consacrer à Marie ? Qu’est-ce que cela veut dire prendre Marie chez soi ? C’est véritablement se confier à Marie, c’est mettre notre confiance dans l’intercession de la Vierge Marie, pour le Ciel et pour aujourd’hui. 

Voici l’histoire d’un moine, ancien soldat, qui avant de mourir écrivit à sa maman : « Quand vous recevrez cette lettre, petite mère, votre fils sera au Ciel près de la Vierge Marie. » Il confia la lettre à un ami moine qui s’étonna : « Êtes-vous si sûr d’aller au Ciel ? Vous n’avez pas toujours été un ange (car il avait eu une vie peu recommandable avant sa conversion) ! » Le mourant répondit : « Un ange ! Je ne suis pas un ange, mais il ne s’agit pas de moi, il s’agit d’Elle ! Je la connais, je suis sûr qu’Elle languit de me voir ! » « Vous dépassez les bornes, la sainte Vierge ne se languit tout de même pas de vous ! » « Non, je n’exagère pas, l’Immaculée me désire près d’elle. » Comme l’ami moine esquissait un sourire, le vieux soldat se redressa et lui posa en face cette question : « Dites-moi, oui ou non, l’est-Elle ou ne l’est-Elle pas ma mère ? »

Nous comprenons avec cette histoire vraie, racontée par dom Chautard, natif de Briançon, père abbé de la trappe de Sept-Fond (Bernard Martelet, Itinéraire spirituel de Dom Chautard, 1067, page 79),

avec quelle confiance nous pouvons aborder le passage de la mort.

Mais ne réduisons pas la portée de notre consécration au Ciel, car ‘prendre Marie chez nous,’ en nous consacrant à elle, c’est recevoir d’elle un surcroit de foi, d’espérance et de charité, dès cette terre. C’est participer à sa foi, et donc à son espérance et à sa charité, comme l’exprime fortement saint Louis Marie Grignion de Montfort dans le ‘Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge’ (Médiaspaul, p. 223). « La saint Vierge vous donnera part à sa foi, qui a été plus grande sur la terre que la foi de tous les patriarches, les prophètes, les apôtres et tous les saints… une foi ferme et inébranlable comme un rocher, qui fera que vous demeurerez ferme et constant au milieu des orages et des tourmentes ; une foi agissante et perçante, qui comme un mystérieux passe-partout, vous donnera entrée dans les mystères de Jésus Christ… »

C’est un point important que saint Jean-Paul II, en lisant ce traité de la vrai dévotion à la Vierge Marie pendant qu’il travaillait pendant la guerre en usine tout en suivant le séminaire clandestin, a compris. « Il a été libéré de cette crainte que le fait de donner trop de place à Marie dans sa piété puisse le détourner de la centralité du mystère du Christ. Il a compris que plus Marie est présente dans nos vies, plus au contraire nous sommes proches du Christ. (Jacques Philippe, la paternité spirituelle du prêtre, 2021, p.107) Le Concile Vatican II a ensuite rappelé qu’ « à travers l’honneur rendu à sa Mère, le Fils […] (est) connu, aimé, glorifié ».(Const. dogm. sur l’Église Lumen gentium, n.66.)

Donc la consécration n’a pas sa fin en elle-même, mais est toute ordonnée à conduire au Christ. Cela est clair dans la prière du JVSM où le centre est le nom de Jésus : « et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni ».

Grignon de Montfort écrit aussi  que : « si une âme se donne à elle sans réserve, Marie se donne à cette âme sans réserve. » (p. 190) Si nous nous consacrons entièrement à Marie, elle nous fera part de tout ce qu’elle a reçu de Dieu, sa foi, son espérance, sa charité, mais aussi son humilité et de sa chasteté. C’est un chemin de sainteté, souvent caché aux puissants et aux savants, et réservé aux tous petits. La consécration crée un lien particulier entre Marie et l’âme qui lui est consacrée : « Quiconque s’est consacré à Marie, lui appartient de façon spéciale. Il est devenu comme un sanctuaire de la Très Sainte Vierge. » disait le pape Pie XII (aux pèlerins de Sainte Anne d’Auray, 26 juillet 1954) Et Jean-Paul II en tirait une belle conclusion : « Tandis que nous la supplions, Marie, Sanctuaire de l’Esprit Saint, se tient pour nous devant le Père, qui l’a comblée de grâce, et devant le Fils, qu’elle a mis au monde, priant avec nous et pour nous. » (RVM §16)

Et si au pied de la Croix, auprès de Marie était St Jean, alors au Ciel auprès de Marie se tiennent les saints. Une autre histoire vraie : la personne qui a été miraculée et dont le miracle a permis la béatification du bienheureux Jean-Baptiste Fouque, le saint Vincent de Paul marseillais priait ainsi : « Vénérable Jean-Baptiste Fouque, vous qui êtes proche de Marie, intercédez pour ma guérison. » Alors chez amis diocésains et pèlerins, prions ainsi Benoîte Rencurel, témoin des apparitions du Laus : « Vénérable Benoîte, vous qui êtes proche de Marie, intercédez pour ma guérison, ou toute autre demande. » Je vous le demande chers diocésains, recourrez souvent à la prière de Benoîte qui est auprès de Marie. Ma demande est un peu intéressée, car il manque juste un miracle pour que le pape puisse béatifier notre bergère du Laus !

Dans quelques instants, au nom de tout le saint peuple de Dieu des Hautes-Alpes, je vais consacrer à Marie notre diocèse. Par cela, en quelque sorte, je supplie Marie pour que son intercession obtienne la fidélité des montagnards à leurs devoirs chrétiens, pour que le diocèse remplisse sa mission d’évangélisation dans ces montagnes, pour le processus actuel de définition des orientations diocésaines, pour le don de l’unité dans notre Eglise diocésaine et pour une floraison de vocations sacerdotales et consacrées.

Puis ceux d’entre vous qui le souhaitent pourrons dans la Chapelle Bon Rencontre prononcer une consécration personnelle. Personnellement je vais renouveler ma consécration personnelle et lui consacrer ma mission d’évêque parmi vous. « Mère de tendresse, nous vous remercions pour votre intercession fidèle et nous vous prions de demander pour nous au Père, par votre Fils et dans l’Esprit, que descende sur nous tous d’abondantes grâces et bénédictions. » Amen.

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