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Homélie dimanche 24 octobre 2021 – TO30 – à CHORGES

« Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Ce mendiant aveugle de Jéricho est pour nous un modèle de prière persévérante et de foi. Et aussi un modèle de confiance en l’autre, car comme aveugle, il ne peut pas faire grand chose tout seul ; il a besoin des autres. Bartimée a entendu parler de Jésus, le fils de David, le Messie. Même si la foule cherche à le faire taire, il crie de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Dans le livre du prophète Jérémie aussi on entends une supplication : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! » Et Dieu va entendre le cri de son peuple et le ramener de l’exil, « Car je suis un père pour Israël ». Le Père est plein de compassion pour son peuple exilé, et Jésus est signe de la compassion du Père pour l’aveugle.  « Jésus s’arrête et dit : ‘Appelez-le’. » La suite est extraordinaire : en un mouvement, un dialogue et une décision :

– Un mouvement : l’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Pour un aveugle, signe d’une belle foi !

– Un dialogue : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Jésus donne la base de la guérison : la foi.

– Une décision, que l’on ne trouve nul par ailleurs après une guérison faite par Jésus, et qui rend cet aveugle de Jéricho si attachant : « Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. » Il suivait Jésus sur le chemin, c’est à dire qu’il est devenu un disciple. Le disciple est celui qui suit Jésus sur le chemin.

Peut-être que certains se disent l’évêque nous fait une belle homélie, mais aucun lien avec la raison de sa présence, l’installation de notre nouveau curé, le père Stive, qui prends la suite du père Charles. Soyez rassuré, j’y viens !

« Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! » Le Seigneur vous a envoyé un prêtre venu de loin, de l’archidiocèse de Brazzaville, alors que votre précédent curé avait demandé à partir comme aumônier militaire. C’est un bon prêtre que je vous donne aujourd’hui ; il l‘a amplement montré l’an passé, comme vicaire de l’administrateur de Gap, paroisse meurtrie par la mort de son curé.

Il devient votre pasteur, alors que notre Eglise de France toute entière est meurtrie par la révélation de l’ampleur du drame de la pédophilie par des chrétiens, prêtres, diacres, religieuses et aussi laïcs en mission ecclésiale.

Derrière les chiffres, il y a des visages et des vies brisées ; je reste bouleversé par les rencontres avec les personnes victimes. Nous souffrons avec les victimes innombrables, nous souffrons avec leurs familles, avec les prêtres fidèles, avec tout le saint peuple de Dieu. « Qui fait la vérité, vient à la lumière. » Cette expression de Jésus en l’évangile de Jean (3, 21) m’a porté depuis la remise du rapport de la CIASE. Nous sommes dans un long tunnel de montagne, au Parpaillon par exemple, sans savoir si nous sommes au début ou au milieu, mais au bout il y a une lumière, le Christ. Votre venue parmi nous cher père Stive est une petite lueur pour notre diocèse. Oui, vous avez quitté votre chère terre africaine pour labourer la terre des Hautes-Alpes.

« Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! » Je vous demande de prier pour nous évêques, qui allons nous retrouver à Lourdes pour tirer des premiers enseignements de ce rapport. Ne soyez pas trop impatient car tout ne va pas se faire en un instant ; il nous faut prendre le temps du discernement. Ainsi, il ne dépend pas de nous de remettre en cause le sacrement de la Réconciliation institué par le Seigneur Jésus lui-même en donnant le pouvoir de remettre les péchés à ses apôtres, et c’est heureux, car c’est un vrai sacrement de libération, de guérison ; vous êtes nombreux à en vivre. Mais soyez convaincus que nous sommes déterminés à faire de notre Eglise une maison sûre, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons commandé ce rapport indépendant, ce qu’aucune autre institution n’a fait. Priez pour moi votre évêque et restons dans la confiance. Dieu n’abandonne pas son peuple, Jésus n’abandonne pas son Eglise.

« Voici que je les fais revenir du pays du nord, que je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient. Ils avancent dans les pleurs et les supplications, je les mène, je les conduis vers les cours d’eau. » Vous avez bien entendu, ‘tous ensemble’. L’unité de l’Eglise est ce que Dieu veut, car l’Eglise est le corps de son Fils. Cette unité elle est à rechercher, aussi bien au niveau diocésain, national, international. Mais aussi au niveau paroissial. Et c’est une mission que je vous donne cher père Stive. Soyez l’homme qui fasse l’unité, la communion entre tous. Certes, c’est une mission que j’ai donné à tous les curés que j’ai installé cette année, mais je connais le contexte propre de votre nouvelle paroisse. Tous les baptisés sont membres de l’Eglise, et c’est la beauté de notre Eglise de comporter des membres si différents. Pour la maison de Dieu, souhaite-t-on un mur de parpaings tous identiques, ou un mur en pierres toutes différentes dont l’ajustement demandera beaucoup plus de savoir-faire, mais dont la beauté est incomparablement supérieure ? Le premier mur n’est qu’une unité-uniformité, le deuxième une unité-harmonie. Vous l’avez compris, cher père Stive, avec le père Jean-Dominique qui ne pouvait être parmi nous ce matin, prêchant une retraite, avec les laïcs en mission sur la paroisse, vous aurez à chercher l’unité-harmonie de toute votre communauté paroissiale, et c’est cette unité harmonie qui évangélisera. « Voyez comme ils s’aiment. » Chers frères et soeurs, non seulement je vous demande d’accueillir un nouveau curé, mais je vous demande que cela soit une occasion d’une plus grande fraternité entre vous.

La joie de la Communauté africaine avec le père Stive à l’issue de la Messe

« Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. » Ce chemin, le pape va nous donner la possibilité de la parcourir ensemble dans un synode sur la synodalité 2021-2023, qui s’est ouvert dimanche dernier dans les paroisses du monde entier. Le pape nous en a parlé quand nous l’avons rencontré dernièrement à Rome à l’occasion des visites ‘ad limina’. Synode sur la synodalité, cela fait un peu réunion sur la réunionite ! En réalité il s’agit de réfléchir ensemble sur le fonctionnement de l’Eglise comme peuple de Dieu qui marche vers la vie éternelle. Il s’agit de se mettre en prière et de supplier l’Esprit Saint de nous inspirer pour répondre à la question que Jésus nous pose à nous aussi : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » 

La base sera des petits groupes synodaux que je vous invite à constituer. Dans une première période, d’octobre à février 2022, ces groupe synodaux vont partager sur les questions que le Pape nous pose. Puis dans une seconde période, de février à Pâques, les groupes synodaux vont amender le projet de vision pastorale et des orientations diocésaines, intitulées ‘Mission altitude’, que nous travaillons depuis fin 2019. Nous célébrerons ces orientations diocésaines lors d’une grande fête diocésaine jeudi de l’Ascension 2022.

Comme chante le psalmiste, « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie. Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous ! » Amen !