You are currently viewing Homélie de Mgr Xavier Malle Dimanche de la Miséricorde à st Sulpice à Paris

Dimanche de la Miséricorde 24 avril 202213h00 en l’église saint Sulpice – PARIS

Après avoir participé au Rassemblement national Terre d’Espérance avec une délégation du diocèse de Gap, Mgr Xavier Malle a fait un « crochet » par Paris, pour présider la messe de la Divine Miséricorde en l’église Saint Sulpice à Paris, à l’invitation de l’association Pour la Miséricorde, avec l’accord de l’évêque administrateur de Paris.

Introduction de la Messe

Ce 24 avril est pour nous la fête de la Miséricorde Divine. Les Chrétiens orthodoxes fêtent Pâques aujourd’hui. Soyons en union de prière avec eux, si divisés par l’agression russe en Ukraine ; prions pour le peuple ukrainien et pour le peuple russe.

D’autant qu’en ce jour,« les écluses de Ma miséricorde sont ouvertes. (…) Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l ‘écarlate. » Petit Journal n° 699

Homélie

« Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. » C’est l’histoire toute simple de la rencontre de Jésus avec ses apôtres.

Merci de m’avoir invité à présider cette Messe de la miséricorde. J’imagine la joie d’une paroissienne polonaise près du sanctuaire de L’Ile-Bouchard : grâce à elle j’ai pu faire un pèlerinage dans tous les grands sanctuaires polonais, sur les traces de saint Jean-Paul II donc bien sûr au nouveau sanctuaire de la miséricorde à Cracovie et dans le couvent où a vécu sainte Faustine. J’ai ensuite mis une année à lire le Petit Journal au cours de mes temps d’adoration. Et comme vous, Mme Violetta Wawer, vous en témoignez dans votre livre sur la fête de la miséricorde divine, « je découvre dans le Petit Journal la profondeur de la relation, toute simple mais si intime, de sainte Faustine avec le Christ, et le message de la Miséricorde divine que Jésus lui confie. »

Après avoir rappelé ce qu’est la miséricorde divine, je nous inviterai à recevoir et à témoigner de cette miséricorde, puis je m’interrogerai, en lien avec la guerre en Ukraine, y a t’il une dimension collective à la miséricorde ?

I. Qu’est-ce que la miséricorde ?

Sainte Faustine a reçu que c’est un attribut de Dieu, le troisième, après sa sainteté et sa justice : « j’ai compris, dit-elle, que c’est là le plus grand, celui qui unit la créature au Créateur. Le suprême Amour et l’infini de la Miséricorde se manifestent dans l’Incarnation du Verbe et dans la Rédemption. » (PJ 180) 

Saint Jean-Paul II dans son encyclique Dives in misericordia (§2) dit même que le Christ « incarne et personnifie la Miséricorde. Il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour qui la voit et la trouve en lui, Dieu devient visible comme le Père riche en miséricorde ».

C’est bien l’expérience de Saint Thomas : « avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » « Mon Seigneur et mon Dieu ! » 

Ste Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial, fait aussi l’expérience du Coeur de Jésus : « Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour. »

Et plus proche de nous, le futur saint Charles de Foucauld portait sur sa bure blanche d’ermite, un cœur rouge surmonté de la Croix, fruit de sa méditation du coeur ouvert de Jésus. Je le cite : « Que vous nous aimez, ô Cœur de Jésus ! (…) Vous avez voulu porter éternellement cette blessure comme signe de votre amour, comme signe que votre Cœur est toujours ouvert à tous les vivants, est toujours prêt à les recevoir, à leur pardonner, à les aimer. Par cette ouverture béante, vous appelez éternellement tous les hommes à croire à votre amour, à avoir confiance en lui, à venir à vous, si souillés qu’ils soient. »

II. Tous nous pouvons recevoir la miséricorde et tous nous devons en témoigner à notre prochain

Frères et soeurs, comme Thomas, comme Marguerite-Marie, comme Faustine et comme frère Charles, nous aussi nous pouvons faire l’expérience de la miséricorde divine qui coule de son coeur ouvert. Cela demande notre assentiment. Il est dit dans les manuscrits du Laus, qui racontent les apparitions de la Vierge Marie à la vénérable Benoîte Rencurel, dans les Hautes-Alpes, mon diocèse de Gap :  « Benoîte, voyant plusieurs anges, leur demande de prier Dieu qu’il fasse miséricorde à une personne qu’elle aime beaucoup. Les anges lui répondent que Dieu lui fera miséricorde, pourvu qu’elle ait la foi, l’espérance et la charité ». CA G. p. 199 XVI [245] – année 1700

Cette charité, la miséricorde divine en oeuvre à travers nous, nous en avons des exemples récents. Rappelez-vous au début de la pandémie, les extraordinaires actes d’entraide. Et maintenant, devant l’afflux des réfugiés ukrainiens, beaucoup offrent une hospitalité. Certes, ils sont européens, une culture proche, une même religion, mais l’hospitalité offerte spontanément par tant et tant de familles, exprime « une fraternité, ce craquement de l’âme, jusqu’à ouvrir un au-delà. Les cœurs se sont réveillés pour donner la vie, là où elle est menacée de mort. » (Message pascale du père Bernard Devert fondateur d’Habitat et Humanisme) Ce sont des actes de miséricorde qui sont autant d’actes de résurrection. C’est aussi mon émerveillement dans nos montagnes des Hautes-Alpes, en particulier à Briançon : les montagnards pratiquent l’accueil inconditionnel des réfugiés qui passent par nos cols. Vous n’imaginez pas la mobilisation extraordinaire des montagnards pour que personne ne meurt en haute montagne. 

Accueillir la Miséricorde, concrètement par la charité, puis en témoigner. C’est une demande de Jésus à Faustine. « Demande à Mon fidèle serviteur – on imagine que c’est le confesseur de sainte Faustine, le bienheureux Michel Sopocko-, de proclamer en ce jour, Ma grande miséricorde au monde entier. » PJ 300

« Ma fille, parle au monde entier de Mon inconcevable miséricorde. » PJ 699

Témoigner et être artisans de cette miséricorde, c’est la mission des apôtres après avoir reçu l’Esprit Saint. Jésus souffla sur eux : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

III. Si l’on voit bien la dimension personnelle de la miséricorde, y a t’il une dimension collective à la Miséricorde ?

Par deux fois dans le Petit Journal on trouve une même parole attribuée à Notre Seigneur : « L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers Ma miséricorde » PJ 300, et  « le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de Ma Miséricorde » PJ 699.

Je le comprends de deux manières.

D’abord Dieu peut agir pour un pays. C’est le sens de la consécration de l’Ukraine et de la Russie au Coeur Immaculé de Marie que le Pape François a fait et nous a demandé à nous les évêques de faire en même temps. 

Dans son message quotidien au cinquantième jour de guerre, l’archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne témoignait de son espérance : « Les cigognes sont revenues dans nos villages et villes d’Ukraine, volant au-dessus des incendies, au-dessus des maisons détruites, au-dessus des tombes fraîchement recouvertes. (C’est) l’espérance qui vient de la foi dans le Christ ressuscité, de la Pâque du Seigneur. »

Dieu agit aussi par le principe du papillon ! 

Je vais vous avouer que j’étais gêné par les promesses que Jésus attache à la vénération de l’image du Christ Miséricordieux, comme si c’était de la magie : « je promet que l’âme qui honorera ce tableau ne sera pas perdue » PJ47-48, jusqu’à ce que je découvre l’inscription qui était en dessous, et l’effet Papillon !

L’inscription : « Je donne aux hommes un vase, avec lequel ils doivent venir puiser la grâce à la source de la Miséricorde. Ce vase, c’est cette image avec l’inscription : ‘Jésus, j’ai confiance en Toi’. » PJ 327

L’image va avec l’inscription, l’acte de foi. Ce n’est pas parce que je mettrais dans mon église paroissiale l’image du Christ Miséricordieux que tous les habitants de ma paroisse vont se convertir. C’est parce que j’aurai posé l’acte de foi de faire confiance en Jésus, qu’alors par cette image, Dieu pourra toucher les coeurs. « Les grâces de ma miséricorde se puisent à l’aide d’un unique moyen, c’est la confiance. » PJ 1578. Dieu ne travaille pas une foule, Dieu ne sait compter que jusqu’à UN ! Dieu travaille chaque coeur individuellement. Mais chaque coeur a un effet sur la foule ! C’est l’effet papillon. La formulation exacte qui en est à l’origine fut exprimée par le météorologue Edward Lorenz lors d’une conférence en 1972, dont le titre était : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Scientifiquement, une variation forte peut être due à une modification très faible en valeur relative d’une variable mathématique. Une variation de mon coeur, même faible, quand il accueille la Miséricorde de Dieu, quand je pose un acte de Foi, ‘Jésus j’ai confiance en Toi’, peut avoir des conséquences qui me dépassent infiniment. C’est ce qu’on appelle dans le Credo, la communion des saints. Elle signifie que tous les chrétiens sont frères et membres d’un même corps, qui est l’Église ; que, par conséquent tous les biens spirituels sont communs entre les fidèles, que les grâces que chacun reçoit et les bonnes œuvres qu’il fait, profitent à tout le corps et à chaque membre de l’Eglise. CEC 947

Autrement dit, le genre humain trouvera la paix quand chacun de nous boira à la source de la Miséricorde, le coeur ouvert de Jésus. 

Belle invitation à accueillir pour nous même la Miséricorde divine pour abonder ce trésor de grâces de la communion des saints. « Jésus, j’ai confiance en toi. »

Amen.