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Dimanche 29 mai 2022 – 7ème dimanche de Pâques

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Vous l’avez entendu dans la lecture de l’Apocalypse, le Seigneur Dieu affirme : « Je suis l’alpha et l’oméga ». L’alpha c’est la première lettre de l’alphabet grec, et l’oméga c’est la dernière lettre de ce même alphabet. « Je suis l’alpha et l’oméga », c’est-à-dire : je suis le commencement et la fin. Par cette parole, le Livre de l’Apocalypse nous fait comprendre que Jésus maîtrise l’ensemble du temps de l’histoire des hommes, depuis l’origine jusqu’à la fin du monde. On dirait je suis le A et le Z. Avez-vous remarqué que le régime autoritaire russe a choisi de signer ses véhicules d’invasion en Ukraine d’un Z. Comme si le message subliminal était « je suis le maître du monde ». Mais c’est le Seigneur Dieu qui est le maître de l’histoire, pas l’homme, pas moi. 

La parole de Dieu de ce dimanche nous donne deux conditions pour que le Seigneur Dieu soit le maître de l’histoire.

1ère condition, que tous l’accueille.

Je ne peux que désirer qu’il vienne, qu’il soit reconnu comme maître de l’histoire par tous et avec saint Jean, auteur de l’apocalypse, prier avec insistance : « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! Celui qui entend, qu’il dise : Viens ! Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! » Nous sommes le dimanche entre l’Ascension et la Pentecôte, et la parole de Dieu nous invite à dire viens ! Viens Esprit Saint !

Vous voulez savoir ce que fait l’Esprit Saint quand il envahit une âme ? Regarder le diacre Etienne dans la première lecture. Son ardeur à proclamer le kerygme dont je parlais jeudi de l’Ascension lui valut d’être dénoncé aux autorités comme hérétique : « Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Debout, c’est à dire ressuscité, tous ont compris et plein de fureurs ils le lapidèrent. Certes, tout le monde n’est pas appelé à être martyr comme Saint Etienne ! Mais tous, demandons à l’Esprit de venir, viens Esprit Saint, renouvelle ma foi, ma charité, mon espérance, renouvelle mon ardeur à proclamer que Jésus est ressuscité !

C’est la volonté même de Jésus  de faire de nous des missionnaires : « les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. » Ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi ; est-ce que nous mesurons la grande attente de Jésus à notre égard, son attente qu’il accompagne de sa prière pour nous, et donc notre responsabilité de Chrétien. St Paul l’avait bien compris qui disait : « malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile » (1Co9,16) 

Seconde condition, l’unité de tous.

C’est la grande prière pour l’unité dans le chapitre 17 de saint Jean : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » La source de notre unité est l’unité trinitaire. « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » La fécondité de notre unité et la conversion du monde. « Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. » La condition de notre unité est d’accueillir l’unité de la trinité en nous.

Et nous savons que cette unité n’est pas la disparition de l’un en l’autre, mais l’inhabitation de l’un en l’autre, la demeure mutuelle. N’est-ce pas la même chose pour notre église ? « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » 

Permettez moi de reprendre quelques lignes de l’article que le journal La Croix m’a demandé à l’occasion de la remise des synthèses diocésaines à la Conférence des Evêques de France, que vous pouvez lire sur le site du diocèse. Je pars d’un constat : « Pandémie, liturgie, élections, sont-ils des motifs récents de différends dans notre Église ? Les premiers chrétiens, décrits comme une communauté fraternelle, avaient aussi des différences d’approche. Si la perception des différends est amplifiée par les joutes sur les réseaux, l’étape synodale vécue dans nos diocèses me semble une expérience bienvenue de communion ecclésiale. (…) Dire dans le Credo « je crois en l’Église UNE », c’est dire que l’Église est une de par sa source (l’unité dans la Trinité), de par son fondateur (le Christ), de par son âme (l’Esprit Saint). Jean-Paul II exprime dans sa lettre « Au début du nouveau millénaire » en 2001, au § 43, des modalités pour nos relations interpersonnelles : « Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. » C’est alors qu’est possible une « unité harmonie », selon la belle expression de Dom Dysmas, prieur de Chartreuse : « Pour la maison de Dieu, souhaite-t-on un mur de parpaings tous identiques, ou un mur en pierres toutes différentes dont l’ajustement demandera beaucoup plus de savoir-faire, mais dont la beauté est incomparablement supérieure ? Le premier mur n’est qu’une unité uniformité, le deuxième une unité-harmonie. » (Dom Dysmas de Lassus, Risques et dérives de la vie religieuse, 2020, page 120-121) Cette expression plairait sans doute à notre pape François qui, dans son ouvrage « Un temps pour changer », invite à voir dans un conflit non une ‘contradiction’ mais une ‘contraposition’, entre deux pôles en tension ; tension créatrice si nous cherchons une nouvelle synthèse, reçue comme un don dans le dialogue, la prière et le discernement ; possible quand les gens se font confiance, cherchent humblement ensemble le bien, prêts à apprendre les uns des autres. (…) Saint Jean 13,35 : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » 

« Je prie pour ceux qui grâce à votre parole et à votre unité croiront en moi. »

Amen.