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Fête Dieu 19 juin 2022 – Homélie de Mgr Xavier Malle à la messe à la Laure de Montmorin

« Frères, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain ». Derrière ces paroles de Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, ont sent ce qui est important pour lui ! 

D’abord son admiration pour l’Eucharistie ; je prends ce terme d’admiration dans la lettre de saint Jean-Paul II, Ecclesia De Eucharistia.  Après avoir rappelé que le Concile Vatican II avait proclamé que le Sacrifice eucharistique est « source et sommet de toute la vie chrétienne » et que « la très sainte Eucharistie contient en effet l’ensemble des biens spirituels de l’Église, à savoir le Christ lui-même, notre Pâque, le pain vivant, qui par sa chair, vivifiée par l’Esprit Saint et vivifiante, procure la vie aux hommes », il ajoute plus loin au §4 : « Penser à cela fait naître en nous des sentiments de grande et reconnaissante admiration. Dans l’événement pascal et dans l’Eucharistie qui l’actualise au cours des siècles, il y a un « contenu » vraiment énorme, dans lequel est présente toute l’histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption. Cette admiration doit toujours pénétrer l’Église qui se recueille dans la Célébration eucharistique. Mais elle doit accompagner surtout le ministre de l’Eucharistie. » Il ajoute : « Par la présente encyclique, je voudrais raviver cette ‘admiration’ eucharistique. » Cette fête Dieu est depuis le Moyen Age une pédagogie pour entretenir cette admiration pour l’Eucharistie.

Après l’admiration, il me semble qu’on peut aussi y lire sa gratitude pour ce don qui lui a été transmis. Il l’a reçu des apôtres, puisqu’il n’a pas été disciple direct de Jésus. C’est l’occasion pour nous de dire dans le secret de notre coeur notre gratitude au Seigneur pour tous ceux qui nous ont transmis l’amour de l’Eucharistie. Tel prêtre, telle grand-mère, tel ami, tel mouvement de jeunes.

Et enfin après l’admiration et la gratitude, on peut y lire son engagement à transmettre à son tour ce trésor qu’il a reçu. Car dit encore Jean-Paul II au §9 : « L’Eucharistie, présence salvifique de Jésus dans la communauté des fidèles et nourriture spirituelle pour elle, est ce que l’Église peut avoir de plus précieux dans sa marche au long de l’histoire. »

Et c’est véritablement extraordinaire que ce mystère nous soit parvenu intact. Intact malgré les hérésies nombreuses, qui ont d’ailleurs permis d’approfondir le mystère. Intact aussi malgré les risques soit de crispations sur le passé soit d’affadissement du mystère. Il me semble que c’est bien le soucis du pape François dans son motu proprio ‘Traditionis Custodes’, rappelant aux évêques qu’ils sont les gardiens de la Tradition. Et dans la lettre qu’il leur a adressé, il écrit : « Je suis également attristé par les abus de part et d’autre dans la célébration de la liturgie. Comme Benoît XVI, je stigmatise moi aussi que « dans de nombreux endroits on ne célèbre pas de façon fidèle aux prescriptions du nouveau Missel, mais qu’il soit même compris comme une autorisation ou jusqu’à une obligation à la créativité, qui conduit souvent à des déformations à la limite de ce qui est supportable » . Mais je ne suis pas moins attristé par une utilisation instrumentale du Missale Romanum de 1962, toujours plus caractérisée par un refus croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il aurait trahi la Tradition et la ‘vraie Eglise’. » 

Déjà Jean-Paul II disait au § 10 : « Il y a en effet des lieux où l’on note un abandon presque complet du culte de l’adoration eucharistique. À cela s’ajoutent, dans tel ou tel contexte ecclésial, des abus qui contribuent à obscurcir la foi droite et la doctrine catholique concernant cet admirable Sacrement. »

Il me semble qu’ici, à la Laure ND de Pentecôte, vous essayez de vivre cette admiration, cette gratitude et cet engagement vis à vis de l’Eucharistie.

On lit dans vos statuts au §1 : « Le but des membres de la Laure Notre-Dame de la Pentecôte est de vouer leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de la solitude, dans la prière assidue et la pénitence, centré sur l’Eucharistie et en pleine communion avec l’Eglise catholique.

Cela est repris dans votre coutumier, au §1 : « La Laure Notre-Dame de la Pentecôte rassemble des consacrés, appelés à vivre dans l’Eglise une vie solitaire mais désireux de célébrer et de vivre du mystère de l’Eucharistie ; de bénéficier d’un milieu favorable à leur vocation ; de garder dans leur vie de solitude un exercice concret de charité fraternelle. »

Puis au §3: « L’Eucharistie est la raison d’être de la Laure. Tous se rassemblent pour sa célébration quotidienne où, invités à la Table de Dieu, ils se nourrissent du même Pain et, édifiant le corps du Christ, ils apprennent à se recevoir comme frères et soeurs et à construire, jour après jour, leur unité dans la charité. »

Et bien sûr l’adoration dans vos ermitages puisque vous y bénéficiez de la Présence réelle.

Alors nous sommes reconnaissants à la congrégation Saint Jean qui vous assure de la présence d’un chapelain.

Je termine avec ces paroles de Saint Jean-Paul II sur la Vierge Marie, femme eucharistique : puissiez vous être toujours plus des femmes eucharistiques. C’est au §56 : « Comment imaginer les sentiments de Marie, tandis qu’elle écoutait, de la bouche de Pierre, de Jean, de Jacques et des autres Apôtres, les paroles de la dernière Cène: « Ceci est mon corps, donné pour vous » (Lc 22, 19)? Ce corps offert en sacrifice, et représenté sous les signes sacramentels, était le même que celui qu’elle avait conçu en son sein! Recevoir l’Eucharistie devait être pour Marie comme si elle accueillait de nouveau en son sein ce cœur qui avait battu à l’unisson du sien et comme si elle revivait ce dont elle avait personnellement fait l’expérience au pied de la Croix. »