You are currently viewing Le Laus comme un Thabor – homélie Session ADORATIO pour la Transfiguration 6 aout 2022

« Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. »

Le 14 juillet dernier, j’étais invité pour un ‘amontagnage’ au dessus du village de Réallon, la montée en alpage de troupeaux de vache. Je ne sais si Pierre, Jacques et Jean avait le même entrain pour monter que les vaches qui montaient vraiment très vites, comme attirée par une certaine mémoire d’une herbe très verte dans cet alpage. Nous le lisons dans bien des pages de l’Evangile, Jésus aime aller en montagne : « la montagne de la tentation, la montagne de la Transfiguration, la montagne de l’angoisse de l’agonie, la montagne de la crucifixion et pour finir la montagne de l’Ascension. Il y a bien sûr le symbolisme général de la montagne : la montagne comme lieu d’élévation, non seulement d’ascension extérieure, mais aussi d’élévation intérieure. La montagne comme libération du fardeau de la vie quotidienne, comme respiration de l’air pur de la création, la montagne du haut de laquelle on embrasse l’étendue de la création et de sa beauté, la montagne qui me donne une élévation intérieure et qui me fait pressentir le Créateur. » (Benoît XVI – Jésus de Nazareth, page 337 – chapitre sur la Transfiguration) Le jeune Gustave Chautard, futur don Chautard, abbé cistercien, né à Briançon dans ce diocèse, eu à 10 ans une expérience spirituelle forte en montant à la Croix de Toulouse au dessus de sa ville natagle : « Je puis dire, que ce jour là, j’ai en quelque sorte vu Dieu. J’ai pris conscience qu’il n’était pas une idée, une image, mais une présence, une immensité, un amour. » (Bernard Martelet, Itinéraire spirituel de Dom Chautard, 1967, 15-17)

Voir Dieu !

La première lecture nous  rapporte la vision de Dieu qu’a eu le prophète Daniel : « son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. » En plus de cette vision de Dieu lui-même, le prophète voit « venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ». Il reçoit « domination, gloire et royauté »; et l’on sait que dans l’évangile, Jésus dit qu’il est le Fils de l’homme. C’est donc en quelque sorte une vision du Père et du Fils. On est ainsi introduit dans la vie intérieure de Dieu. La vie intérieure du Père est telle qu’elle engendre une Personne divine. De la Vie intérieure du Père et du Fils procède le Saint Esprit.

Vous comprenez pourquoi l’Eglise nous propose cette première lecture, car c’est aussi la grâce qui est faite à Pierre, Jacques et Jean, de goûter à la vie intérieure de Dieu, à la vie trinitaire. Le Fils de l’homme est là, transfiguré, « son visage devint autre ». Il s’entretient avec Moïse et Elie. C’est une véritable anticipation du Ciel. Puis le Père symbolisé par la nuée, comme pendant l’Exode, s’exprime : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Pierre venait de dire à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes. une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » L’évangélise ajoute : « Il ne savait pas ce qu’il disait. » Oui, car une des lectures possible de cette invitation aux trois tentes est bien sûr une lecture trinitaire. 

Frères et soeurs, en particulier ceux qui ont eu la grâce de participer à la session ADORATIO, pendant quelques jours vous êtes monté au Thabor.

Ce lieu voulut par Marie et obtenu de son Fils, est un Thabor, le nom qui a été donné à la petite plate-forme surélevée où l’on peut déposer l’ostensoir. Le Laus est bien cette petite plate-forme surélevée, un Thabor, où l’adoration est proposée chaque jour. Et vous y avez gouté la vie du Ciel, la vie trinitaire, entourée de Marie des anges et des saints, dont la vénérable Benoîte.

Si je ne me trompe, c’est le jour de votre envoi en mission. J’ai dans le coeur de vous inviter chacun à devenir un Thabor, une petite plate-forme surélevée où l’on peut déposer l’ostensoir. Je veux dire, que vous puissiez toujours plus goûter à l’adoration, à la vie Trinitaire, redire avec Pierre : « il est bon que nous soyons ici ! »

Regardez Dieu. En lui est la vie, encore bien plus dans sa vie intérieure que dans ses oeuvres extérieures, c’est la génération éternelle du Fils et l’incessante procession du Saint Esprit. 

Regardez la vie mortelle de Jésus : 30 ans de vie cachée, de recueillement, puis 40 jours de retraite au désert, et de nombreuses fois il se retire sur les montagnes ou au désert.

Regardez les apôtres. Vous savez pourquoi ils ont choisi 7 hommes, les premiers diacres, pour leur laisser les occupations extérieures, et nous dit le livre des Actes 6, 4 : « En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. »

Frères et soeurs, soyons des hommes et des femmes de prière. De là procédera notre vie de disciples missionnaire. D’abord disciple, et comme un débordement de notre vie intérieur, missionnaire. Comme une mère ne peut allaiter son enfant que dans la mesure où elle s’alimente elle-même. Saint Bernard donne ce conseil : « Si vous êtes sages, soyez des réservoirs et non des canaux. » Le canal laisse écouler l’eau qu’il reçoit sans en garder une goutte. Le réservoir au contraire se remplit d’abord, puis sans se vider verse un trop plein toujours renouvelé dans les champs qu’ils fertilisent. Soyez un réservoir d’amour et remplissez-le à l’adoration.(Don Chautard, l’Ame de tout apostolat page 72).

Amen !

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