Cela fait déjà quelques temps que Jésus parcourt le pays avec ses apôtres. Ils arrivent à Césarée de Philippe, l’actuelle ville de Banyas, au sud du Mont Hermon, un lieu merveilleux d’où jailli une source du Jourdain. Jésus s’est déjà révélé par ses miracles et par sa miséricorde envers les pauvres et les malades, mais il souhaite maintenant que ses apôtres synthétisent ce qu’ils ont compris de sa mission.

Il commence comme un institut de sondage : « aux dires des gens, qui suis-je ? » les apôtres lui répondent ce que pense la foule qui le croise sans vraiment le connaître : c’est un personnage important, comme le prophète Jean-Baptiste qui serait ressuscité, ou le prophète Elie, ou encore le prophète Jérémie. Alors Jésus interpelle ses apôtres : pour vous, qui suis-je ? Saint Pierre, souvent le plus rapide, répond : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

1/ « Tu es le Christ », c’est à dire tu es le Messie, et pas seulement un prophète qui l’annonce. Tu es justement celui que les prophètes ont annoncé. 

2/ Et « le Fils du Dieu vivant ». Les apôtres ont entendu parler Jésus à propos de son Père des Cieux. Et du Dieu vivant, pas d’un Dieu mort, d’une idée, d’une idéologie, de valeurs chrétiennes, non, d’un Dieu vivant, avec qui il a une relation filiale.

Ce dimanche, Jésus aussi nous demande : pour toi, qui suis-je ? Un prophète ? une idée ? des valeurs chrétiennes ? ou le Messie, le fils du Dieu Vivant, qui veut t’entraîner dans sa filiation ?

A cette confession de foi de Pierre, Jésus répond d’abord pour signaler la source, comme celle du Jourdain ; ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, c’est à dire ta fragilité, mais mon Père qui est aux cieux, c’est à dire une révélation de l’Esprit. Oui frères et sœurs, connaître Dieu et son Fils Jésus, nécessite une révélation d’en haut. Par la raison naturelle, on peut l’approcher. Un athée pourra par sa seule raison déclarer que Dieu existe. Mais connaître en profondeur ce Dieu d’amour, cela nécessite une expérience, une révélation, un contact d’amour.

Et là je fais une incise pour le Festival Marial. Pour certains d’entre nous, c’est Marie qui va les introduire dans le mystère de Dieu.

« Prenez Marie chez vous », est l’invitation que je fais à tous les habitants des Hautes-Alpes, pour l’année mariale diocésaine que je vais ouvrir ici-même le dimanche 6 septembre. Car Marie ne vient jamais seule ! Elle vient toujours avec son Fils, qui nous révèle le visage du Père.

Se revêtir du scapulaire du Mont Carmel, c’est prendre Marie chez soi, c’est donc accueillir Jésus.

Puis Jésus poursuit par une parole restée célèbre : « je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Cette parole est fondamentale frères et sœurs. Elle nous dit deux choses :

1/ notre église est un roc. Une pierre solide. Tout peut se casser la figure dans le monde, par un tout petit virus que personne ne voit à l’œil nu, l’Église Catholique, le pape, est un roc sur lequel vous pouvez vous appuyer.

2/ Et puis seconde chose fondamentale : le petit adjectif possessif : mon église. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Pas l’église générique, pas une église parmi d’autres : monéglise.

C’est important frères et sœurs. Car alors nous ne pouvons pas faire n’importe quoi de son église, car ce n’est pas la nôtre, c’est l’Église de Jésus le Fils du Dieu vivant, c’est la sienne. Faire n’importe quoi, pour certains, ce sera de déclarer qu’un concile œcuménique se trompe ou que le siège du Pape est vacant. Faire n’importe quoi, pour d’autres à l’opposé, ce sera tenter de remettre en cause l’infaillibilité pontificale, ou orchestrer une campagne nationale de communication pour demander l’ordination de femmes prêtres. 

A ce propos, j’ouvre une parenthèse. Ceux qui veulent comprendre sérieusement la question de l’impossibilité du sacerdoce féminin, et comprendre que ce n’est pas une question d’inégalité, mais de respect d’une part des spécificités de l’être humain sexué et d’autre part du plan d’amour de Dieu pour l’humanité qui veut faire de nous ses fils et ses filles bien aimés, je vous invite à lire un petit livre du père Louis Bouyer, qui date de 1976 : « Mystère et ministère de la femme ». Vous pouvez en retrouver l’essentiel dans un article de France Catholique sur son site internet (https://www.france-catholique.fr/Un-sacerdoce-feminin.html). Sans pouvoir développer ce matin les choses, il montre clairement qu’au temps du Christ, la société valorisait le sacerdoce féminin, mais qu’au contraire, Jésus s’en est tenu à la pratique juive et biblique antique qui elle-même était déjà en contradiction avec l’esprit du temps. Louis Bouyer dit que « ce n’est pas fortuit (pas un hasard) que Jésus se soit fait homme et non femme, et que par la suite, il ait associé à sa mission des apôtres du même sexe, mission continuée jusqu’à nous par des évêques et des prêtres pareillement masculins. » (page 80)

Dans sa préface le penseur chrétien contemporain Jean Duchesne explicite la complémentarité anthropologique entre les hommes et les femmes : “Avoir part à la paternité divine, soit de façon naturelle (…), soit par élection et par grâce dans la consécration sacerdotale qui fait d’un humain le représentant du Fils, icône du Père, en l’associant à sa mission pour des actes spécifiques et sacramentels et en transformant tout son être et toute sa vie, notamment dans la chasteté, c’est possible s’il s’agit d’un (homme) mâle. Ce ne l’est pas pour une femme parce que, foncièrement épouse et mère au point qu’il n’est pas nécessaire que ce soit physiquement, elle ne saurait réclamer le rôle d’époux et de père sans se renier. »

Fin de la parenthèse, qui finalement aura été un commentaire de la parole de Pierre : « Tu les le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Jésus complétera sa réponse à Pierre par la promesse de l’immortalité pour son église : « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » Confiance frères et sœurs, l’Église, son Église a toujours été combattue, y compris de l’intérieur, mais ce combat est son combat, confiance.

Puis il ajoute encore une promesse, dont je n’avais pas mesuré la portée jusqu’à ce que je réfléchisse à cette homélie ! : « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. » On parle du pouvoir des clefs, et je l’associais simplement au pouvoir de pardonner. C’est vrai mais c’est encore plus profond, et c’est la première lecture qui en donne justement la clef ! Le prophète Isaïe prophétise à Shebna, gouverneur du palais du roi de Jérusalem qu’il va perdre son poste. A la cour du roi, l’homme le plus important était le gouverneur du palais, qui avait le pouvoir des clefs. C’est lui qui gérait les entrées du palais et donc la possibilité d’être mis en présence du roi. Isaïe lui dit que son remplaçant sera « un père pour les habitants de Jérusalem » et qu’il mettra « sur son épaule la clef de la maison de David ». Pour les auditeurs de Jésus, comme les apôtres, cette promesse du pouvoir des clefs, est leur confier sa propre mission qui est celle de mettre en présence de Dieu le père. L’apôtre est celui qui met en présence du Roi.

Et Marie participe d’une manière spécifique à cette mission.

Elle nous conduit à son Fils. Jésus nous met en présence du Père.

Avec Paul, nous pouvons nous étonner de la sagesse de Dieu ! « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! … À lui la gloire pour l’éternité ! Amen. »