Mgr Jean-Michel di Falco invité à présider la Sainte Dévote à Monaco
  • 23 février 2016

Les 26 et 27 janvier 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri avait été invité par l’archevêque de Monaco, Mgr Bernard Barsi, afin de présider les célébrations de Sainte Dévote, patronne de la Principauté, de la Famille Princière et de l’Archidiocèse.

Les festivités ont commencé le mardi 26 janvier au soir, devant le Yacht-Club de Monaco, pour l’accueil des reliques et la procession jusqu’à l’église Sainte-Dévote, construite à l’endroit où la Tradition indique que le corps supplicié de la jeune fille martyrisée au IVe siècle avait été enterré.
Là, le Salut du Très Saint-Sacrement a été suivi du traditionnel embrasement de la barque sur le parvis et d’un somptueux feu d’artifice tiré sur le port.

Le lendemain 27 janvier, jour férié pour la Principauté, la messe pontificale présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a été célébrée comme chaque année en la cathédrale en présence de la Famille Princière. Elle a été suivie d’une procession dans les rues du Rocher et de la bénédiction du Palais, de la mer et de la ville.

Ci-dessous le mot d’accueil et l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri pour la messe du mercredi 27 janvier, solennité de sainte Dévote, et le toast du Prince Albert au déjeuner qui a suivi au Palais Princier.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri préside l’eucharistie en la cathédrale de Monaco, le mercredi 27 janvier 2016, en la solennité de Sainte Dévote, en présence du couple princier.

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Accueil au début de la célébration

Il y a quatre ans, j’avais invité mon confrère et ami, Mgr Bernard Barsi, à présider la solennité de l’Épiphanie à Embrun, en la cathédrale Notre-Dame du Réal (Notre-Dame des Rois). Tu t’étais plongé, cher Bernard, dans l’histoire de l’ancien archidiocèse métropolitain d’Embrun. Tu avais dit au début de la célébration, je te cite : « À l’époque [avant la Révolution], Monaco dépendait de Nice, et Nice dépendait d’Embrun. » Cela n’avait pas manqué de faire sourire les Embrunais.

Mais tu ne m’as pas invité, Bernard, comme si nous étions au temps d’avant la Révolution française, comme si j’étais ton archevêque métropolitain. Aujourd’hui, c’est Monaco qui est siège archiépiscopal, et Embrun n’est même plus un diocèse. « Sic transit gloria mundi. » « Ainsi passe la gloire du monde ». Tu m’as invité parce que des liens dans une même foi nous unissent, des liens de travail aussi, dans le cadre de la province ecclésiastique de Marseille et de la Conférence épiscopale de France – même si tu es juridiquement indépendant par rapport à elles deux –, des liens enfin qui sont des liens profonds d’amitié et depuis de très nombreuses années.

Merci donc à toi, Bernard, pour ton invitation. Et merci à la famille princière, à vous, Monseigneur, à vous, Madame, pour votre chaleureux accueil. C’est un honneur et une joie pour moi d’être parmi vous en ce jour.

Nous célébrons depuis hier sainte Dévote née en Corse, chère à la Principauté et à la famille princière. Comment puis-je oublier mes origines, en célébrant votre sainte patronne avec vous, au milieu de vous. Encore maintenant, il arrive qu’on me pose la question : « di Falco, di Falco, votre nom est corse n’est-ce pas ? » Eh bien, non ! C’est un nom italien. Mon père était d’origine italienne, mais ma mère était d’origine corse.

Nous sommes un peu en famille aujourd’hui, avec Dieu comme unique Père, et nous tous comme frères et sœurs dans la foi. En famille, on s’aime, mais on se dispute aussi. On ne fait pas toujours ce qu’il faudrait pour le bien des uns et des autres. Présentons au Seigneur nos manques d’amour, nos insuffisances, nos faiblesses. Que, par l’intercession de la Vierge Marie et sainte Dévote, il nous pardonne.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

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Homélie 

Lorsque j’entends le psalmiste parler des flots qui nous emportent, des torrents qui nous submergent, lorsque je pense à la barque de sainte Dévote perdue au milieu de la mer, lorsque je la vois guidée par la colombe, je ne peux pas m’empêcher de penser à une autre mer, à un autre bateau, à une autre colombe.

Une mer, un bateau, une colombe dans la Bible… Oui, je veux parler de l’arche de Noé.

Le récit du déluge n’est pas dans les lectures que nous avons entendues, mais vous le connaissez tous. L’arche de Noé, avec tous ses animaux, est un jeu qu’on donne encore aux enfants. Il existe même en Playmobil. J’espère ne pas vous manquer de respect, Monseigneur et à vous Madame, en vous disant que ce peut être un bon jeu éducatif pour des jumeaux ?  Comme les animaux de l’arche vont toujours deux par deux, cela en fait un pour chacun. Ainsi pas de dispute.

Mais trêve de plaisanterie. Plus sérieusement, et plus dramatiquement :

Le récit du déluge dans le livre de la Genèse raconte l’histoire d’un malheur qui fond sur l’humanité tout entière. Mythe ou réalité, peu importe. Cette histoire a quelque chose à nous apprendre car elle est de tout temps. Qui n’est pas confronté un jour ou l’autre à un drame de grande ampleur ? Qui n’est pas confronté un jour ou l’autre au mal ? Le mal sous la forme d’un fléau où nulle responsabilité humaine n’est engagée : maladie, épidémie, séisme, inondation, sécheresse. Et le mal où la responsabilité humaine est au contraire pleinement engagée : déluge de feu, de fer, de haine.

Un tel déluge de haine s’est abattu sur sainte Dévote, froidement exécutée alors qu’elle ne demandait qu’à vivre paisiblement sa foi chrétienne. Un tel déluge de haine s’abat lorsque des innocents sont tués sous les balles des kalachnikovs dans des pays qui ne demandent qu’à vivre en paix. Tout être humain entrant dans ce monde est un jour ou l’autre confronté à ce mystère du mal. Et il s’interroge alors. Comment ? Pourquoi ?… Le récit du déluge participe à cette réflexion sur la pérennité du mal sur la terre.

L’histoire de sainte Dévote et celle du déluge ont quelque chose à nous apprendre aussi à l’heure où nous craignons pour l’avenir de notre planète. Car le déluge nous parle d’une destruction quasi complète, d’un sauvetage, d’un nouveau départ. Et l’histoire de sainte Dévote, elle, nous parle d’une barque qui arrive ici, à bon port, malgré la tempête. Combien d’années la Terre, notre planète, notre « maison commune »[1], restera-t-elle viable, restera-t-elle habitable ? On sait votre engagement, Monseigneur, pour le climat, pour l’éveil des consciences à ce sujet. Le temps est compté, mais il n’est pas encore trop tard.

Quand je pense au déluge, je pense aussi à tous les dégâts que provoque une inondation. Je pense à tous les noyés de la Méditerranée. J’imagine les millions de corps apparaissant aux yeux horrifiés de Noé et de sa famille lorsque les flots se sont retirés. Qu’en ont-ils faits ? Le récit biblique n’en dit rien. Mais vous, Monégasques, lorsqu’il y a plus de dix-sept siècles, la barque portant le corps de Dévote quitta l’île de beauté pour venir s’échouer ici, vos aïeux ont accordé une sépulture au corps supplicié de la jeune fille. Vos aïeux vivaient la miséricorde que le pape François nous demande de redécouvrir durant cette Année sainte. Ces gestes de miséricorde, vous les avez maintenus dans votre longue tradition, grâce à vos confréries, et par le biais des actions caritatives et humanitaires parrainées par la famille princière. Le pape François a rappelé ces gestes concrets de miséricorde à ceux qui les auraient oubliés. J’en cite une partie : « Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts » [2] – comme vos aïeux l’ont fait pour sainte Dévote.

Ces actions bien concrètes sont des creusets de civilisation, car elles restaurent les êtres humains dans leur dignité, créent des liens sociaux, apportent de la chaleur humaine. La Méditerranée a été le théâtre de conflits au cours de l’Histoire, mais elle est aussi le berceau et le creuset de notre civilisation. Puisse Monaco rester un havre de paix, de justice et de charité, à l’ombre de son « rocher », et sous la protection de sainte Dévote.

L’histoire du déluge nous parle enfin d’une société soudain réduite à sa plus simple expression, celle de la cellule familiale. Dans la Bible, seuls Noé, sa femme, leurs trois fils et leurs belles-filles, ont pu trouver refuge dans l’arche. La famille comme microsociété demeure, alors que les empires périssent. Et ce n’est pas un hasard si les régimes totalitaires cherchent à séparer les enfants de leurs parents. La famille est le premier lieu où se créent des liens sociaux, où l’on fait l’apprentissage de la différence. L’histoire de sainte Dévote et de la Principauté nous parle, elle, d’un Rocher qui a été au long des siècles un refuge pour ses habitants, d’une société qui a su créer des liens entre ses habitants.

Dans un monde en crise, tout utopiste entrevoit « la possibilité d’une île », pour reprendre le titre d’un livre de Michel Houellebecq. On peut considérer la construction d’une microsociété parfaite comme irréaliste. Toujours est-il que certains s’y aventurent, avec pour modèle la famille, et en se référant même à l’arche de Noé.

C’est ainsi que Lanza de Vasto a donné en 1948 le nom de Communauté de l’Arche à sa communauté fondée sur le modèle des ashrams indiens : « une communauté qui, disait-il, de propos délibéré, s’applique à vivre de telle façon que si tout le monde en faisait autant il n’y aurait ni guerre, ni misère, ni servitude, ni révolte. »[3]

C’est ainsi également que le canadien Jean Vanier a donné en 1964 le nom de L’Arche au lieu de vie qu’il venait de créer dans l’Oise pour accueillir des personnes exclues en raison de leur handicap mental. Ces microsociétés ne sont viables que si elles vivent sous un régime particulier, qui n’est pas celui des coups d’État permanents, ni celui de l’immobilisme permanent, mais qui est celui de la conversion permanente.

Cela vaut aussi pour nous. À l’heure où nous sommes témoins de violences exacerbées autour de nous, nous prenons conscience que ce n’est pas la guerre qui fait exception dans notre monde, mais bien au contraire la paix. Tout l’art de se gouverner soi-même consiste à endiguer la violence qu’on porte en soi – par le sport par exemple – ; tout l’art de gouverner les autres consiste dans notre capacité à transformer leur énergie destructrice en énergie positive.

Mais de toute façon, quelle que soit l’énergie dont nous sommes habités, quel que soit le poste que nous occupons, nous allons inéluctablement vers une perte d’autonomie et vers un rétrécissement du champ des possibles. Sainte Dévote en a fait l’expérience de manière brutale. Alors que la vie s’ouvrait devant elle, d’un coup, elle n’a plus eu que deux possibilités : soit la mort avec le Christ, soit la vie en reniant le Christ. Elle a choisi la mort avec le Christ. Aujourd’hui encore combien d’hommes et de femmes sous la menace du terrorisme font le choix de la mort avec le Christ.

Pour beaucoup d’entre nous, ce rétrécissement du champ des possibles ne vient qu’avec l’âge. Jeune, tout nous semble possible. Au jeune qui croit en Dieu, sa prière ne consiste le plus souvent qu’à demander à Dieu un coup-de-pouce dans ses projets. Et puis avec l’âge, on apprend que ce qu’on peut faire n’est rien à côté de ce qu’on doit subir et supporter. À la suite de Jésus, à son école, on apprend à accepter, à offrir. Jésus, qui avait pourtant tout pouvoir sur ses bourreaux, a choisi de leur obéir. Avec lui, nous apprenons à aller là où, au premier abord, nous ne serions jamais aller. Plus ou moins contraints, nous acquiesçons. Et lorsque nous acceptons enfin l’inéluctable – comme sainte Dévote –, lorsque nous disons enfin oui à Dieu même dans ce qui nous diminue, alors Dieu vient en nous avec sa paix, alors nous devenons vainqueurs du monde (cf. Jn 5,5), alors le filet se rompt (cf. Psaume 123,7), et nous échappons au désespoir, à la révolte.

Peut-être que tout ce que nous avons entrepris, construit avec tant de cœur, d’ardeur, de sueur, sera détruit après nous. Peut-être… Mais cela ne nous appartient plus. Seule compte notre vie dans le Seigneur, et nous avons confiance en lui (cf. Sg 3,9). C’est cette vie dans le Seigneur qui nous fait continuer à aller de l’avant. Sainte Dévote était transportée morte dans sa barque. Mais à juste titre l’artiste Cyril de La Patellière l’a représentée vivante, tendue vers l’avant, comme une figure de proue. Oui, sainte Dévote paraît morte dans la barque, mais elle est en réalité vivante. Elle lâche la colombe. Elle la suit. Elle sait qu’elle va quelque part. Elle ne sait pas où. Mais elle sait qu’avec Dieu elle ne saurait errer. (cf. Sg 3,1)

Tout comme sainte Dévote, le chrétien est sûr que Dieu prépare un heureux dénouement, un accomplissement pour notre humanité. Tout l’inverse d’un retour au néant, d’une catastrophe finale dont le déluge de la Bible serait l’annonce. La résurrection du Christ est la promesse et le gage de cette eucatastrophe finale (pour reprendre un mot forgé par le chrétien Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux). La résurrection du Christ est eucatastrophe par excellence, c’est-à-dire une « bonne » catastrophe.

Avec la résurrection, à un moment précis, la situation s’est complètement retournée. On croyait la mort devoir l’emporter, et la voici finalement vaincue ! C’est pourquoi comme saint Paul, comme sainte Dévote, comme tous les martyrs qui ont gardé l’espérance, nous pouvons nous écrier, cette fois-ci non pas dans un déluge d’effroi, mais bien au contraire dans un déluge de triomphe et de joie : « Mort, où est ta victoire ? » (1 Co 15,55)

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

[1] Référence au titre de l’encyclique du pape François : Lettre encyclique Laudato Si’ du Saint-Père François sur la sauvegarde de la maison commune. Le terme est employé aussi douze fois dans le texte-même de l’encyclique, aux §§ 1, 3, 13, 17, 21, 53, 61, 155, 164, 232, 243.

[2] Pape François, Bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la Miséricorde, Misericordiae Vultus, § 15.

[3] Lanza del Vasto, L’homme libre et les ânes sauvages, Denoël, 1969, p. 60-61.

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Toast du Prince Albert
au déjeuner de Sainte Dévote
le 27 janvier 2016

Monseigneur l’Archevêque,
Messieurs les conseillers de Gouvernement,
Excellences,
Messieurs les Maires,
Chers Amis,

Avec la Princesse, je suis très heureux de vous souhaiter la bienvenue à l’occasion de la célébration de Sainte Dévote, notre Patronne, en communion avec nos amis corses dont une délégation nous a rejoints pour ces festivités.

Cette belle fête nous donne l’opportunité de rendre grâce pour tout ce qui concourt à notre bonheur, mais aussi de nous unir, par la prière, à toutes les personnes confrontées aux conflits, aux actes terroristes, à la peur, à la fuite de leurs terres et à la maladie, autant de thèmes cruciaux qu’avec la Princesse, j’ai pu évoquer avec le Saint Père, la semaine dernière.

Permettez-moi de mettre à profit ces instants de rassemblement convivial pour remErcier Monseigneur Travaglino, Nonce Apostolique, pour la disponibilité qui’il a manifestée à notre pays et à notre Archidiocèse. Nos souhaits chaleureux l’accompagnent, au momet où s’achève sa mission auprès de nous.

À Monseigneur di Falco Léandri, Évêque de Gap et d’Embrun, va ma gratitude pour avoir su nourrir notre méditation aujourd’hui, mais aussi tout au long de son ministère.

Il sait que les catholiques de Monaco aiment se ressourcer dans son beau diocèse de montagne, en ces hauts-lieux de spiritualité que sont le Sanctuaire Notre-Dame du Laus ou l’Abbaye Notre-Dame de Boscodon.

Merci aussi à Monseigneur Marceau, Monseigneur Bonfils, Monseigneur Suetta, pour la fidélité de leur présence et de leur prière, aux côtés de notre Archevêque et du clergé de la Principauté.

Très belle fête de Sainte Dévote à chacun et chacun d’entre vous.

Puis, se référant à l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, le Prince a ajouté :

J’ai bien écouté vos conseils, Monseigneur, ce matin dans l’homélie et je ne manquerai pas de me procurer l’arche de Noé en Playmobil pour les jumeaux.

 

 

 

Cet article a 2 commentaires

  1. MONSEIGNEUR
    Difficile de rester insensible à une cérémonie aussi grandiose,célébrée par vous. Le couple Princier ne pouvait trouver mieux prédicateur et Evêque pour représenter l’Eglise.
    Votre homélie,des valeurs spirituelles et aussi nous faire connaître l’histoire de la Principauté avec la Sainte Dévote,patronne du rocher.
    J’attendais avec impatience,une vidéo sur cette célébration,je suis gâtée sur la lecture.
    Merci pour ce partage.A Monaco,j’ai assisté à la relève de la Garde à midi.Un centre touristique et son musée océanographique magnifique!

  2. Mon grand-père a du souvent expliqué, comme vous Monseigneur, qu’il était génois par son père, mais corse par sa mère ! , personnellement, j’ai abandonné le combat, à Paris on me disait italienne, à Marseille on me dit corse, pourquoi les contrarier?. Belle cérémonie, la Sainte Dévote dans la principauté c’est quelque chose !

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