Homélie de Mgr Xavier Malle à saint Julien en Champsaur, pour le 22ème dimanche du temps ordinaire, messe au cours de laquelle il a béni les travaux de peinture intérieure de l’église saint Julien (de Brioude).
” (…) Votre église communale est comme un point d’interrogation posé au milieu de la commune. Elle pose la question à chacun des habitants : « Quel avantage, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » Qu’est-ce qui est important dans ta vie ? Qu’est-ce qui fait le coeur de ta vie, et qui a déjà un goût d’éternité ? (…)”

Homélie dimanche 30 août 2020

Dimanche dernier, nous entendions la magnifique profession de Foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Et le commentaire de Jésus : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux. »

Alors le contraste est grand avec l’évangile de ce dimanche. Car immédiatement après la confession de foi de Pierre, Jésus commence à annoncer sa Passion : « Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem ». C’est comme une obligation intérieure, il lui fallait. Il sait que sa mission va s’accomplir à Jérusalem, pour « souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres, être tué, et le troisième jour ressusciter. »

On peut comprendre que les apôtres et st Pierre aient des difficultés à entendre cela. Ils sont encore comme hypnotisés par les magnifiques discours de Jésus et ses nombreux miracles. Alors, nous rapporte Matthieu, « Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Et Jésus alors « se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Autrement dit, tes pensées ne sont pas celles de mon Père, comme ce que tu as dit juste avant, « tu es le Christ le fils du Dieu vivant », mais tes pensées sont de l’ennemi de mon père, Satan, qui est aussi l’ennemi de l’homme racheté. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ». Voilà un critère de discernement pour toute notre vie. Ma pensée est-elle inspiré par le monde, par moi, par satan, ou par Dieu ? 

Ce discernement est finalement la question de ma relation comme chrétien au monde. Ce que Jésus explicite ensuite à St Pierre, profitant de cette tension avec St Pierre pour le faire progresser. Le monde nous pousse à gagner toujours plus, à grimper dans la hiérarchie, à demander sans cesse des augmentations de salaire, etc., à avoir toujours raison, à nous imposer.

La logique divine est différente : le renoncement et la Croix. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Avec Dieu, c’est qui perd gagne ! « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » Rappelez-vous cette autre parole de Jésus : « les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers ».

Puis Jésus va encore plus dans le concret : Quel avantage, en effet, un homme aurait-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » 

Frères et sœurs, vous espérez avoir une plus belle maison ? Une plus belle voiture ? Un plus bel outils de travail ? C’est peut-être légitime, mais en avez-vous besoin ? Est-ce une pensée de Dieu ou une pensée des hommes ? Demain on va mourir. « Et que pourra-t-on donner en échange de notre vie ? »

J’en vois qui se demandent quel est le rapport avec la bénédiction des travaux de l’église ? Il y a un lien entre ce que Jésus dit à Pierre et donc ce qu’il nous dit à nous ce matin, et cet événement de la restauration de ce bâtiment communal. Car ce n’est pas n’importe quel bâtiment communal. C’est une église. C’est un message.

Votre église communale est comme un point d’interrogation posé au milieu de la commune. Elle pose la question à chacun des habitants : « Quel avantage, un homme aurait-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » Qu’est-ce qui est important dans ta vie ? Qu’est-ce qui fait le cœur de ta vie, et qui a déjà un goût d’éternité ? Nous le sentons, c’est notre relation à Dieu, et notre fraternité humaine. Et l’église communale est le lieu de ma relation à Dieu prise dans la fraternité humaine d’une communauté paroissiale.

Ce choix de privilégier ma relation à Dieu et ma relation aux frères et sœurs n’est pas toujours compris. Le prophète Jérémie a aussi été exposé à la raillerie et s’en plaint à Dieu : « tu m’a séduit, mais tout le monde se moque de moi … À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. » 

Ainsi à l’école ou au travail, ou dans une association, il n’est pas facile de témoigner d’être chrétien. En réalité il n’est pas plus facile d’être chrétien en 2020, que d’être un prophète comme Jérémie, vers 630 avant Jésus-Christ. 
Justement, par notre baptême, nous avons chacun été fait prophète.  Parfois on préférerait contrôler l’action de Dieu, comme Pierre, pour éviter la Croix et le renoncement. Mais la Croix est présente dans notre vie ; c’est la tension qu’exprime Jésus en Jean 15 : « Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde » Nous sommes dans le monde mais nous ne sommes pas du monde. Les deux fausses pistes seraient le mépris du monde ou l’oubli de Dieu. Saint Paul le dit aussi dans notre seconde lecture, avec un double appel :

– nous offrir à Dieu, ce que Jésus appelle le renoncement à nous-même : « Je vous exhorte, frères, dit st Paul, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » >>> Seigneur, au début de cette année scolaire, je te l’offre et je m’offre. C’est le sens de la bénédiction des cartables dimanche prochain 6 septembre au Laus, et ce même jour nous ouvrirons l’année mariale diocésaine. Marie sera notre boussole cette année, pour le second appel de St Paul :

– en étant dans le monde, discerner ce qui est de Dieu : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu. »

Votre église est un point d’ancrage pour ce discernement : là, est-ce que je suis en train de faire la volonté de Dieu ?

Pour cette nouvelle année scolaire, mes pensées sont-elles celles de Dieu, ou celles des hommes ?

Ce qui nous habite profondément est la magnifique profession de Foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Pour dire cela toute cette année, prenons Marie chez nous. Amen !