Au cinéma « Le Centre » à Gap, ce dimanche 12 septembre, le film « Les
hommes et les dieux » a attiré un public très nombreux, au moins 300 personnes, à la séance spéciale. Cette séance a été programmée à l’initiative du diocèse et des responsables du
cinéma.

Dans ce public, elle a accueilli un groupe important de jeunes accompagnés par
les responsables de la Pastorale des Jeunes. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et le Mgr Félix Caillet, vicaire général, ont tenu à participer à cette séance de projection en lien avec les
initiatives des divers diocèses pour promouvoir ce film, ce chef-d’œuvre qui a reçu trois prix : le Grand Prix du Festival de Cannes, le Prix de l’Education nationale et le Prix
œcuménique.
 

La présentation du film a été faite par le Service diocésain de la Formation permanente et de
la Culture. Il a été noté que le diocèse de Gap et d’Embrun a plusieurs raisons de se réjouir de la réalisation de ce film avec Xavier Beauvois et Etienne Comar sur les moines d’Algérie, de
l’abbaye de Tibhirine, lors des « années noires », de 1993 à 1996. Le groupe de dialogue interreligieux « Le lien de la Paix » (en arabe « Ribât Al Salam »), avec le
Père Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, a pour fondateur Mgr Claude Rault, qui est Haut-Alpin de cœur : il a été à Gap à deux reprises, d’abord novice chez les Pères Blancs à l’ancien
Grand séminaire de l’Adret et animateur au « Foyer des Jeunes », puis formateur à ce même noviciat. Devenu évêque du Sahara, Mgr Claude Rault revient souvent à Gap. A chaque fois, il
nous dit combien il a été marqué par l’amitié des moines de Tibhirine. Par ailleurs, à Gap, une exposition et des conférences ont été animées sur l’émir Abd el Kader, éminente figure spirituelle
de l’Algérie. En 1843, il a lancé un appel pour que des religieux français s’établissent en Algérie pour y être des témoins de leur vie consacrée à Dieu et à la prière. Les moines cisterciens ont
répondu favorablement à cet appel et sont à l’origine de l’abbaye de Tibhirine. Une famille gapençaise, d’origine algérienne et apparentée à l’émir Abd el Kader, garde mémoire, ici, de ces
liens.

 

Bande annonce du film 

 

Après le film, un silence méditatif aurait été fructueux, tant le film est
prenant et marquant. Mais le temps de partage a été très porteur aussi. Comment le film a-t-il été perçu par les uns et les autres ? Comme l’expression d’un profond « combat
intérieur » : ces moines confrontés au danger des islamistes et des terroristes se posent sans cesse la question : Faut-il rester ? Faut-il partir ? Partir tous ensemble,
ou progressivement ?… Pour un autre spectateur, « ce film est celui de la traversée de l’angoisse : ces moines dont la vie est exposée à la mort, ils traversent l’angoisse pour
déboucher sur la volonté de rester jusqu’au bout. Ils en viennent à assumer l’angoisse qui les saisit ». Un spectateur était en Algérie au moment des faits relatés par le film, aux années
1993. Il se souvient bien du « climat algérien imprégné de violence, de peurs, d’attentats, d’assassinats d’imams et d’intellectuels ». Pour lui, « il faut comprendre la démarche
des moines comme le don total d’eux-mêmes, comme un sens extrême du sacrifice de leur vie. Ils ont vécu le martyre de l’amour ». A la chapelle de Tibhirine, c’est, en effet, la prière
nocturne de Frère Christophe qui crie sa détresse vers Dieu. Une autre nuit, c’est Frère Luc qui se recueille devant un tableau, le Christ crucifié, et il s’approche pour embrasser le Christ
marqué des plaies vives de sa crucifixion.
 

Sur le plan cinématographique, une spectatrice apprécie beaucoup les qualités
de ce film fondées sur « l’importance des silences : ils soulignent bien l’intensité de la réflexion des moines. La sobriété du film dans son expression générale ». Pour une
autre, ce film est une « remarquable leçon de fraternité entre tous, au cœur des différences entre les uns et les autres, sur le plan culturel, religieux ou social ». En ce sens, le
film est porteur de valeurs universelles, de respect des uns et des autres. Le prieur, Christian de Chergé, prépare ses interventions en référence à la fois à la Bible et au Coran. Les moines
chantent les psaumes de la Bible et, par ailleurs, sont réceptifs à la psalmodie du Coran quand ils participent à une fête familiale avec les habitants du village. Effectivement, ce sont ces
valeurs universelles de réciprocité qui ont pu faire en sorte que le film ait reçu le « Prix de l’Education nationale » en contexte de laïcité. Ce film nous apprend à vivre dans une
société multiculturelle et multi-religieuse avec un total respect des différences, dans des solidarités quotidiennes sur le plan de la vie pratique et sur le plan de la réflexion
commune.
 

Certains pensent au « drame des deux moines survivants, Frère Amédée et Frère
Jean-Pierre : ils sont vivants, alors même que leurs frères sont morts, assassinés…» Frère Jean-Pierre vit encore actuellement, à quatre-vingt-six ans. Frère Amédée a été transféré au Maroc,
à l’abbaye cistercienne de Midelt. Il est décédé en 2008. Suite à l’enlèvement de leurs frères, tous deux ont pu être témoins de l’ « esprit de Tibhirine » : « Ne pas
jouer les héros ou les martyrs, ne pas aller au-devant de la mort, mais l’éviter le plus possible ». Par leur récit, ils ont pu être les témoins de la mission de Tibhirine, « être des
priants (chrétiens) parmi les priants (musulmans) ».

 

  Extrait du film

 

Dans la suite du débat, plusieurs voix se lèvent pour faire remarquer la
volonté des moines à vivre un « engagement » solidaire et total, des « choix » conscients et déterminés. « Au cœur de la folie de la violence, ils créent du sens en étant
acteurs de solidarité, d’accueil courageux envers tous, quelles que soient les options de leurs interlocuteurs ». On souligne ainsi la très forte progression du film pour signifier que
« les moines vont de plus en plus vers l’unité entre eux ». Ils s’expriment de façon divergente au début. Ils ont ensuite des temps de concertation difficiles. Puis ils arrivent à
l’unanimité : chacun voudra « rester jusqu’au bout ». Une symbolique est perceptible : au début les moines arrivent en file inégale vers leur chapelle ; puis, lors de la
menace d’un hélicoptère militaire, dans la chapelle, ils chantent en ne formant qu’une file homogène et serrée ; et, aux dernières images, marchant dans la neige, ils forment une file serrée
qui inclut même leurs ravisseurs.
 

Beaucoup de spectateurs sont sensibles à la séquence du dernier repas des moines. « Ce
dernier repas nous évoque la Cène, le dernier repas de Jésus et ses apôtres, avec le pain et la coupe de vin. Jésus est là, corps livré et sang versé. Les moines sont là, prêts à l’ultime don
d’eux-mêmes ».

 

Autre extrait du film

 

Le débat se termine en insistant sur la finale du film, très significative.
« Le film se termine sur une musique, une parole, et un symbole de purification et d’éternité. La musique est d’essence mathématique. Elle transcende le fréquent chaos des réalités
quotidiennes. Elle ouvre sur le divin. La musique que choisit Frère Luc ce soir-là est celle de Tchaïkovski, La mort du cygne. Musique empreinte de vivacité alerte, puis de tons
stridents et de chute. Au rythme de La mort du cygne, le visage des moines s’éclaire d’une joie qu’ils se partagent les uns aux autres, puis ils ressentent la gravité de leur destinée et
leurs larmes coulent… La parole, c’est la lecture émouvante du testament du Père Christian de Chergé : « Quand un A-Dieu s’envisage ». Chef d’œuvre de profondeur mystique.
Testament à lire et à relire. Christian de Chergé y dit sa vie totalement donnée à l’Algérie, au peuple de l’islam. Il a hâte de pouvoir plonger son regard dans le regard de Dieu Lui-même pour
saisir le mystère de la différence de foi entre les chrétiens et les musulmans et pour communier enfin à l’unité de Dieu et de ses frères. Il termine par un « Amen » suivi d’un
grand et confiant « Incha’Allah ! », « Si Dieu le veut ! ». Un symbole, celui de la neige qui tombe dans la nuit de l’enlèvement. La neige, fort symbole biblique de
purification : « Seigneur, lave-moi plus blanc que la neige ! » (Psaume 50). La neige qui unit et transfigure tout, signe de rédemption dans le Christ sauveur. La neige
enveloppe les moines et leurs ravisseurs qui marchent ensemble. En fraternité nouvelle, ils marchent vers un Royaume de justice et de Paix, vers lequel l’humanité aspire de toutes ses forces
alors même qu’elle est aux prises avec tant de violences.
 

 

Père Pierre Fournier


 

 

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 Des hommes et des
dieux

au cinéma « Le Centre »
à Gap

 

Tous les jours

 

Plein tarif : 7 euros / Tarif réduit : 5,5 euros

 

Pour les horaires

appeler le répondeur 04 92 51 07 14
ou consulter le site www.cinemaslecentre-leclub.fr

 

 

Le film est au « Centre » jusqu’au 28 septembre, puis au « Club » la première ou les
deux premières semaines d’octobre.
La possibilité d’une nouvelle séance spéciale, avec un nouveau débat (et accès handicapés), est à l’étude.

 

 

 

 








Cet article a 1 commentaire

  1. Je souhaiterai beaucoup voir ce film. J’en ai vu pas mal d’extraits. Mais je pense qu’il y a deux faces de l’islam : les terroristes qui opnt tué les moines et tuent tous les jours dans des attentats au nom d’Allah et les autres qui travaillent en France notamment et tentent de s’intégrer le mieux possible. Mais je vis dans le même quartier de LYON depuis 43 ans et je vois progresser la violence des jeunesd beurs.

    Les insultes envers une femme seule de près de 70 ans, les menaces y compris sur son petit chien vous effraie forcément. Mais j’admire le travail que faisaient les moines et plains sincèrement leurs familles. Le respect de l’autre religion, ne peut pas être à sens unique. Celà doit venir des 2 côtés. Mais espérons voir une plus grande comprehension entre nous malgré nos différences inconstables.

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