En ce premier dimanche de juin, l’Église fêtait la solennité du Corps et du Sang du Christ, appelée aussi Fête-Dieu. À Gap, la messe le matin en la cathédrale a été suivie par l’adoration du saint sacrement, puis par une procession dans l’après-midi jusqu’en l’église des Cordeliers, et enfin par les vêpres.

Ci-dessous le son et le texte de l’homélie de Mgr Xavier Malle délivrée en la cathédrale de Gap.

Homélie

«Moïse prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture.»

« Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.»

L’Alliance est la parole qui unit la première lecture et l’Évangile. L’Alliance est même pour certains biblistes la parole qui peut résumer toute l’histoire sainte, toute la bible. La Bible est une histoire d’Alliance entre Dieu et l’homme, entre le créateur et sa créature. Une histoire d’amour.

Cette Alliance a connu des étapes marquantes. Le livre de l’Exode, notre première lecture, nous raconte l’une de ces étapes. Le Seigneur a libéré son peuple de l’Égypte, pour établir avec lui une Alliance éternelle. Ce sera le don de la Loi sur la montagne du Sinaï. Moïse a rapporté au peuple les 10 paroles, les 10 commandements et le peuple s’engage solennellement à les respecter : «Toutes ces paroles, nous les mettront en pratique.» Moïse pose ensuite un acte symbolique, un rite de fondation, un sacrifice d’Alliance au cours duquel le sang de jeunes taureaux est répandu. Une moitié du sang est répandue sur l’autel, lieu de la présence de Dieu, et l’autre est utilisée pour une aspersion liturgique : il en aspergea le peuple en disant : «Voici le sang de l’Alliance que le Seigneur a conclu avec vous.» Le sang, dans la bible et dans toutes les civilisations signifie la vie. Au Sinaï c’est donc une alliance vitale entre Dieu et son peuple qui se noue. C’est une même vie qui est partagée entre les deux parties contractantes : Dieu et le peuple hébreu.

Mais l’une des deux parties, le peuple, a été infidèle à son alliance, et très rapidement, en se fabriquant un veau d’or. L’Ancien Testament est l’histoire de cette infidélité et des moyens que Dieu prend pour renouer cette Alliance.

L’Évangile nous relate le moyen ultime que Dieu a trouvé. « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.» Ce sang sera celui du Fils même de Dieu, et non celui de jeunes taureaux.

C’est ce qu’explique l’auteur de la lettre aux hébreux, notre seconde lecture : Jésus « est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. […] Le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant.” Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle.

Jésus a fondé l’Alliance nouvelle par son sacrifice, il a offert ses propres souffrances et sa mort et en a fait un sacrifice d’Alliance.

Frères et sœurs, chaque dimanche, et même si possible chaque jour à la messe, nous sommes plongés au cœur de ce mystère d’Alliance. D’un Dieu qui donne sa vie pour moi.

N’est-il pas terrible que nous nous y habituions ? C’est pourquoi l’Église a institué dès le 13e siècle cette fête Dieu, fête du Corps et du Sang du Christ, suite aux expériences mystiques de sainte Julienne du Mont Cornillon dans l’actuelle Belgique. Dans sa Bulle d’institution du 11 août 1264, le Pape Urbain écrit : «Bien que l’Eucharistie soit chaque jour solennellement célébrée, nous considérons juste que, au moins une fois par an, l’on en honore la mémoire de manière plus solennelle. En effet, les autres choses dont nous faisons mémoire, nous les saisissons avec l’esprit et avec l’intelligence, mais nous n’obtenons pas pour autant leur présence réelle. En revanche, dans cette commémoration sacramentelle du Christ, bien que sous une autre forme, Jésus Christ est présent avec nous dans sa propre substance. En effet, alors qu’il allait monter au ciel, il dit: “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 20)».

Le mot Alliance pourrait être diffracté en trois mots pour décrire ce que nous vivons à la messe dans l’Eucharistie : Sacrifice, Présence et Communion. Au sacrifice du Christ, par cette Alliance renouvelée, correspond sa présence réelle dans l’hostie. Mais la question nous est alors posée puisqu’une Alliance est entre deux parties : en retour, qu’est-ce que je fais ? C’est le mot communion. Être en communion avec Dieu, être en communion avec les frères et les sœurs. C’est aussi ce que symbolise le repas, et Notre Seigneur a choisi de préfigurer le sacrifice de sa vie et sa présence éternelle lors de son dernier repas, la dernière Cène.

Une petite fille l’a bien compris. C’est peut-être une de vos petites filles qui n’a jamais été au catéchisme. Elle ne connaît donc pas Jésus. Elle en a parfois entendu parler par ses camarades qui se moquaient de lui. A 6 ans elle ignore tout de la religion chrétienne. Vous ses grands-parents êtes très croyants. Mais les parents de l’enfant ne veulent pas que vous lui parliez de Jésus. Or voilà qu’un jour, elle vient à passer un week-end chez sa grand-mère. Celle-ci avait prévenu : Vous nous confiez votre enfant mais sachez que nous l’emmènerons à la messe car il n’est pas question de la laisser seule à la maison dimanche matin. Les parents de la fillette avaient râlé sur le moment mais cela arrangeait finalement tout le monde.

Au moment de partir à la messe la grand-mère expliqua en quelques mots ce qu’est la messe car sinon la petite risquait bien de s’ennuyer comme tous ceux à qui on n’a rien appris sur le sujet. – Tu sais, lui dit-elle, la messe est la plus grande et la plus belle prière qu’on puisse offrir à Dieu. C’est le moment où Jésus qui est Dieu donne sa vie et tout son amour pour que le monde soit sauvé par lui. Et tu verras bien, au moment le plus important, quand le prêtre, qui fait exactement ce qu’a fait Jésus, dira ceci est mon Corps livré pour vous, ce ne sera plus un morceau de pain tout rond mais le Corps de Jésus en vrai. Alors il l’élèvera au-dessus de sa tête pour un court mais intense moment d’adoration. – Et qu’est-ce qu’on fait alors ? demande la petite. − Alors tu diras à Jésus que tu l’aimes de tout ton cœur. Et puis quand tu verras le prêtre qui prendra la coupe de vin en disant ceci est mon Sang versé pour vous, ce ne sera plus du vin mais le Sang précieux de Jésus en vrai, comme sur la Croix. Alors il élèvera le calice pour qu’on puisse le regarder et l’adorer. Et là encore tu pourras dire à Jésus combien tu l’aimes ! La fillette avait bien compris.

Le moment venu, pendant la messe, l’enfant se mit à genoux comme sa grand-mère. Elle comprit que l’instant était important. Puis elle suivait le prêtre qui officiait comme à la place de Jésus, prêtant ses mains, sa bouche et son cœur, et tout lui-même à Dieu pour qu’arrive le salut du monde. Voyant ensuite le prêtre élever la sainte hostie, elle se tourna vers la grand-mère et lui demanda à mi-voix : – C’est maintenant ? Je peux lui dire ? – Oui tu peux le faire. – (à pleine voix) Jésuuus, je t’aiaiaime !!!!!!!!!!!!!!!!! Tout le monde fut saisi, impressionné par cet acte de charité hors du commun ! Les grands-parents sont devenus tout rouges… de bonheur !

Puis vint le moment du précieux Sang du Christ. Même chose : elle vit le calice s’élever au-dessus des têtes et chuchota à sa grand-mère : – C’est maintenant, je peux ? – Mais bien sûr ! – (à pleine voix) Jésuuus, je t’aiaiaime !!!!!!!!!!!!!!!!! L’assemblée fut toute bouleversée et profondément émue dans sa foi en l’Eucharistie. Les grands-parents étaient heureux et fiers de leur petite-fille ! Elle ne savait rien la veille et elle avait tout saisi le jour même.

Peut-être avez-vous aussi des mots d’enfants à vous partager à table ce midi !

Pour résumer tout ce que je viens de vous dire, je termine en citant le Pape François au §157 de son exhortation sur la sainteté : dans l’Eucharistie, « l’unique Absolu reçoit la plus grande adoration que puisse lui rendre cette terre, car c’est le Christ qui s’offre. Et quand nous le recevons dans la communion, nous renouvelons notre alliance avec lui et nous lui permettons de réaliser toujours davantage son œuvre de transformation.»

Amen.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here