Le président Lech Walesa, porteur sur le revers de sa veste de la Vierge du sanctuaire polonais de Częstochowa, a visité en ce 1er mai 2015 un autre sanctuaire marial que celui qu’il vénère tant : le sanctuaire Notre-Dame du Laus dans les Hautes-Alpes.

À la fin de sa visite il a salué le chaleureux accueil des Haut-Alpins, en ajoutant : « la prochaine fois, on pourra être dans une belle église à l’abri du froid… »

Accueil de Lech Walesa, de son épouse et de leur fille la veille au soir

à la Maison épiscopale à Gap

En effet, plus d’un millier de personnes avaient bravé le froid et la pluie pour se rendre au sanctuaire Notre-Dame du Laus. Le président Lech Walesa avait répondu positivement à l’invitation de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri de venir y célébrer la clôture de l’année jubilaire et le septième anniversaire de la reconnaissance officielle des apparitions. Plusieurs élus locaux, autorités civiles et militaires étaient aussi présents, entre autres le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin.

Accueil des invités au sanctuaire du Laus avant la messe. Ici Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille.

Autorités civiles et élus locaux à la messe, avec le président Lech Walesa.

Le chapiteau était comble, aussi bien le matin pour la messe présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, que l’après-midi pour la conférence du président Lech Walesa.

Plutôt que de délivrer une conférence, l’ancien électricien, fondateur de Solidarnosc, prix Nobel de la Paix, ancien chef d’État, symbole de la lutte contre tout ce qui rabaisse l’homme, a préféré le mode des questions-réponses. Il a répondu dans un langage simple et direct, sans langue de bois, aux questions qu’on lui posait sur sa foi, sur son pays, sur l’Europe.

La foule à la sortie de la messe.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et le président Lech Walesa entourés des autorités civiles et religieuses, et d’élus locaux.

« Comment imaginer qu’un électricien allait pouvoir affronter le rouleau compresseur du communisme ? Vous avez fait tomber ce mur sans effusion de sang, vous avez rétabli la justice dans votre pays. Toutes ces épreuves n’ont pas ébranlé votre foi ni votre message d’espérance ; vous êtes un magnifique témoignage pour notre jeunesse qui désespère parfois et ne sait vers qui se tourner. En vous écoutant, je ne peux m’empêcher de penser à un passage de l’Évangile : Si vous avez une foi pas plus grosse qu’un grain de sénevé, vous pourrez soulever des montagnes », a déclaré en conclusion Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Lech Walesa debout, au cours de l’échange ave le public dans l’après-midi

où il répondait aux questions qu’on lui posait.

Conférence de presse

et dévotion privée à la chapelle de Bon-Rencontre.

Le président Lech Walesa a promis de revenir. Il est président du comité de parrainage pour la construction de la nouvelle église du Laus. « Nous allons construire quelque chose qui va durer des siècles. C’est ma dernière grande oeuvre. Et comme j’aime le succès j’aimerais que ça réussisse. » a-t-il confié. Il se peut donc fort bien que la prochaine fois qu’il viendra ce soit « dans une belle église à l’abri du froid… »

Avant le dîner à la Maison épiscopale, réunion avec l’architecte Philippe Madec

au cours de laquelle le projet de la nouvelle église est présentée et expliquée.

Ci-dessous plusieurs vidéos de l’événement, des photos et des textes prononcés, parmi lesquels l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

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Pour visionner le reportage de KTO, déplacez le curseur de la vidéo à 2:30

Accueil

Bienvenue Monsieur le Président,

C’est une immense joie et un grand honneur pour moi et pour tous les pèlerins rassemblés ici aujourd’hui que de vous accueillir dans le département des Hautes-Alpes, dans le diocèse de Gap et d’Embrun, et plus particulièrement dans ce sanctuaire de Notre-Dame du Laus.

La journée ne suffirait pas pour rappeler, s’il le fallait, le parcours de votre vie et le rôle que vous avez joué dans l’histoire de l’Europe du XXe siècle. Permettez-moi cependant de souligner un point commun que vous avez avec ce sanctuaire. Ici la Vierge Marie appelle ses enfants à la réconciliation. Peut-être avez-vous entendu le message de la Vierge du Laus sans connaître ce lieu car vous êtes parvenu à réconcilier dans la paix votre pays et son peuple. Dans ces temps de tourmente et de conflits incessants qui ruinent notre planète, votre action est un exemple pour tous, autant dans le foyer familial que dans les bureaux des dirigeants de ce monde.

Monsieur le Président, si c’est la première fois que vous venez dans ce sanctuaire, nous aurions pu nous rencontrer dans les années 70. En effet, lors d’un séjour à Gdansk, je fus accueilli dans la paroisse de quelqu’un que vous avez bien connu je crois, le Père Henryk Jankowski, aumônier de Solidarnosc. C’était mon premier contact avec la Pologne où je m’étais rendu pour une ordination presbytérale. Je n’ai pas oublié la ferveur des fidèles au cours de cette célébration et je n’ai pas oublié non plus que lorsque j’allais à la messe, à Sainte-Brigitte, l’église était entourée des voitures de la milice politique. Aujourd’hui aussi la police est présente mais ce n’est pas pour nous espionner mais pour veiller à notre sécurité.

Je sais votre dévotion pour la Sainte Vierge Marie à laquelle vous ne cessez de rendre grâce pour ce qu’elle vous a permis de réaliser dans votre action pour libérer la Pologne et lui promettre, enfin, de vivre en paix. Vous me permettrez, Monsieur le Président, de confier notre sanctuaire au saint Pape Jean-Paul II, votre compatriote à qui je dois d’être aujourd’hui le pasteur de ce diocèse.

Par cette fête du sanctuaire, la clôture de l’année jubilaire et l’anniversaire de la reconnaissance officielle des apparitions, continuons ensemble à rendre grâce à la Sainte Vierge Marie, qu’elle daigne protéger la Pologne, la France, l’Europe et le monde. Que notre monde puisse respirer l’air pur de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité. Que notre Europe puisse respirer cet air avec ses deux poumons, celui qui est de l’est et celui de l’ouest, ainsi que le souhaitait tellement notre saint pape Jean-Paul II.

+Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Homélie

Ce matin, l’évangile nous présente Marie qui s’empresse de rendre visite à Élisabeth. Nous tous, aujourd’hui, nous avons fait le même chemin, mais en inversant les rôles si je puis dire. Ce n’est pas Marie qui est venue à nous, mais nous qui sommes venus à Marie. Ceci étant, si nous sommes venus à Marie, c’est pour qu’elle vienne à notre rencontre les bras ouverts. Et elle ne manquera pas de le faire si nous sommes disposés à l’accueillir dans notre cœur et dans notre vie. « En moi est toute espérance de vie et de force », disait la première lecture. Et c’est ce que nous dit Marie aujourd’hui : « Venez à moi sans crainte, car en moi est toute espérance de vie et de force. »

Nous sommes donc venus, ce matin, visiter Marie. Et le président Lech Wałęsa est venu aussi depuis sa chère Pologne. Il est venu nous visiter et visiter Marie en ce lieu qu’elle a choisi en faveur des pauvres et des petits. Et nous sommes tous des pauvres et des petits, quel que soit le nom que porte notre pauvreté ou notre petitesse. Je dis bien tous, aussi grands que nous soyons aux yeux des hommes. « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, dit saint Paul. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. »

Personne ne peut en tirer orgueil. Même pas Marie. Et encore moins nous-mêmes. La Vierge Marie est un exemple pour nous, elle qui se dit « humble servante ». Et en ce lieu Benoîte Rencurel est aussi un exemple, elle qui n’était qu’une modeste bergère. Et pourtant, malgré ces modèles placés sous nos yeux, nous avons bien du mal nous-mêmes à être ou à rester d’humbles serviteurs, ou d’humbles servantes.

Nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu, et cependant nous regardons bien souvent les autres de haut. Nous nous comparons, nous nous toisons. Aujourd’hui nous accueillons Monsieur le Président Lech Wałęsa, son épouse Danuta, et leur fille Maria-Wictoria. Nous les accueillons avec déférence et avec tous les honneurs qui leur sont dus. Mais quelle attitude aurions-nous eu à leur égard si Lech Wałęsa était resté électricien ? Il n’aurait pas été moins humain pour autant ? Moins aimé de Dieu ? Moins aimé de Marie ? Dans notre Europe plurielle, multiculturelle, multiconfessionnelle, comment considérons-nous les plus petits qui viennent à nous ? Le pauvre, l’affamé, le sans-travail, l’immigré, le réfugié ? Avons-nous dans notre cœur un peu de place pour l’étranger ? À celui qui, même s’il est bien « étrange » à nos yeux, n’en est pas moins un être humain ?

Suite aux derniers drames en Méditerranée, un quotidien portugais a montré sur sa Une la photographie d’un migrant en train de se noyer, avec comme titre : « Cette vie vaut autant que la nôtre ». Oui, chaque vie a la même valeur. Comme disait Fernand Raynaud dans l’un de ses sketchs, ce n’est pas un père de l’Église mais on peut tout de même le citer : « Nous sommes tous égaux, dit-il. On peut vous le prouver : quand un chirurgien opère un cœur humain, que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin, il s’y prend de la même manière : nous sommes tous égaux. » Et d’ajouter : « Est-ce que vous connaissez une race où une mère aime davantage ou moins bien son enfant qu’une autre race ? »

Nous sommes tous égaux. Si des personnes en Afrique ou au Moyen-Orient quittent famille et amis pour rejoindre notre continent au péril de leur vie, ils ne le font pas par fantaisie, pour faire du tourisme ou par loisir. Ils le font car leur quotidien n’est plus supportable. Ils le font car ils se refusent de rester inactifs face à la misère de leurs proches. Nous sommes tous égaux, car si étions à leur place nous ferions sans doute la même chose… Oui, la même chose. En toute sincérité, dans cette assemblée, qui pourrait affirmer le contraire ?…

Ils quittent leur famille, leur pays en pensant que de l’autre côté de la côte nos dirigeants politiques sont plus humains que chez eux (et nous-mêmes aussi, qui nous disons chrétiens). Or tout porte à croire qu’ils se trompent. Sauf peut-être chez quelques dirigeants qui ont un cœur.

Le président Lech Wałęsa a été honoré du prix Nobel de la Paix. Il est considéré, avec saint Jean-Paul II, comme le libérateur du joug communiste, comme un de ceux qui a fait tomber le rideau de fer. Il a renversé les puissants sans effusion de sang. Nous aussi, aujourd’hui encore, nous avons des puissants à faire tomber. Nous avons des puissants à faire tomber. Des puissants à faire tomber du trône de leur indifférence, de leur silence complice, de leur lâcheté, de leur mépris. Mais qui renverse les puissants, sinon Dieu lui-même ? Nous avons chanté, tout à l’heure, « il renverse les puissants de leurs trônes », comme nous dit Marie dans le Magnificat. Oui, c’est Dieu qui renverse les puissants de leurs trônes d’égoïsme. Mais Dieu le fait par nos mains ! Dieu peut-il agir si nous ne lui prêtons pas nos oreilles pour écouter, nos yeux pour voir, nos mains pour agir, et notre cœur pour aimer ? Dieu a besoin de nous ! Et il fait appel à nous !

Essayons de ne pas être de ceux dont Jésus a dit : « Pour eux s’accomplit cette prophétie d’Isaïe : Vous entendez de vos oreilles, et vous ne comprenez point ; vous regardez de vos yeux, et vous ne voyez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur cœur. »

Dieu a besoin de nous pour instaurer son règne d’amour et de paix. Dieu a voulu le « oui » de Marie pour nous donner Jésus. Marie a voulu le « oui » de Benoîte pour bâtir ce lieu. Dieu a voulu le « oui » de personnes comme Jean-Paul II pour faire tomber le mur. Le « oui » du président Wałęsa pour rétablir la justice, la liberté et la paix. Sans tous ces « oui » rien n’aurait été possible ! La paix est un don de Dieu. Mais la paix est aussi une œuvre à accomplir. L’entente entre les peuples est un don de Dieu. Mais cette entente est aussi un effort de ces mêmes peuples à se comprendre, à s’accepter, à s’entendre. À nous d’être comme des instruments entre les mains de Dieu pour faire parvenir sa Paix jusqu’à nos frères et sœurs.

Rien de compliquer dans ce que Dieu attend de nous. Il nous demande juste d’être des visiteurs les uns des autres comme la Vierge Marie est venue aider Élisabeth. Faire la guerre est compliqué. Cela n’est pas à la portée du premier venu. Cela demande une longue préparation, du matériel, des troupes, de l’argent, une stratégie, des alliances. Sinon c’est l’échec. Mais promouvoir et préserver la paix en revanche est tout simple et à la portée de chacun. Cela commence par une simple poignée de main, par une visite, par un sourire, par l’attention. Le succès n’est pas assuré, c’est vrai, car deux libertés se rencontrent et l’autre peut refuser la main tendue, ou de s’asseoir à une table de négociation, mais au moins tout aura été tenté.

Dieu peut demander à quelqu’un de rester à une même place toute sa vie, comme cela est le cas pour une moniale, tout comme il peut amener quelqu’un à mener tout un peuple vers la liberté dans la non-violence, comme cela a été le cas de Lech Wałęsa. Mais à l’un comme à l’autre, ce que Dieu demande, c’est de donner toute sa mesure, d’être prêt à se jeter dans l’inconnu, de faire fructifier tous ses talents. Si alors le succès vient, et avec les honneurs et la renommée, Dieu invite simplement à ne pas s’en enorgueillir. « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! »

En ce jour où nous fêtons l’humble Vierge Marie, commençons modestement dès aujourd’hui. Ayons l’humilité nécessaire pour faire le premier pas vers un frère, une sœur, un époux, une épouse, une belle-mère, un gendre, une cousine, un voisin avec qui nous sommes en froid. Sinon, à quoi servirait notre présence ici ce matin… La rancœur nous consume le cœur, le dessèche, le momifie, l’atrophie. La rancœur nous consume de l’intérieur.

Alors un peu de courage, il n’est pas difficile de demander pardon, et si nous le faisons notre prière de ce jour aura pris toute sa dimension.

+Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 6 commentaires

  1. croassant

    MONSEIGNEUR,je passe des moments heureux à revoir les photos et vidéos de cette journée du 1er mai au Sanctuaire ND du LAUS.Heureusement que j’étais présente pour cette journée exceptionnelle et inoubliable.Un lieu de pèlerinage,un Sanctuaire,que,si,on le visite une fois,on a qu’une seule envie,y retourner.Merci MONSEIGNEUR,pour tout ce que vous entreprenez.Ce n’est que du bonheur qui contribue à vous aimer!!!

  2. Elisabeth Meyer

    Comme je regrette de n’avoir pu être présente pour cette journée à Notre Dame du Laus.
    Sous la pluie, mais il y avait beaucoup de soleil dans les cœurs grâce à vous et à Lech Walęsa.
    Merci, Monseigneur, de nous faire partager ces moments de joie, de paix et de réconciliation. J’aime reprendre les phrases de cette chanson interprétée par les Prêtres : “que la Paix soit sur le monde pour les cent mille ans qui viennent…” Puissions nous être entendus.
    Bonne journée.

  3. HALPHEN Nicole

    J’ai eu la chance d’être présente à ND du LAUS ce vendredi 1er mai 2015. Merci Monseigneur pour cette belle journée de prière et cette leçon d’humilité du Président Lech Walesa.

  4. Grimaldi Marie José

    Qu’importe le froid, la pluie, il faisait soleil et chaud dans les cœurs !

  5. croassant

    MONSEIGNEUR ,votre homélie de la messe de clôture du jubilé du Sanctuaire Notre Dame du LAUS en présence du Président LECH WALESA,toujours très humble admirable avec sa femme et sa fille.Une belle reconnaissance pour sa famille et pour vous MONSEIGNEUR dans ce beau Sanctuaire Notre Dame du LAUS dont je vais garder un souvenir inoubliable.Je me souviens très bien du combat de MR LECH WALESA pour libérer son pays du communisme sans effusion de sang.Un miracle!!! Sa foi profonde et sa dévotion envers la SAINTE VIERGE MARIE ont fait de lui le prix NOBEL DE LA PAIX en 1983.Il faut souligner que pendant ces années noires,sa femme à été très courageuse.Souvent absent,craignant le pire pour son mari,son Amour l’a soutenu et sauvé.Une fête religieuse réussie avec une “pluie” de grâces.Merci MONSEIGNEUR vous ne pouviez trouver meilleur représentateur de la paix par la foi avec les actualités actuelles des chrétiens massacrés pour leur religion.Prions pour eux,leur sécurité.

  6. Monique Mayné - Embrun

    Merci pour ces moments exceptionnels qui ont clôturé l’année jubilaire :
    pour la belle messe et homélie
    pour la présence du président Lech Walesa, homme de foi, de paix “toujours aussi révolutionnaire et idéaliste”
    et pour sa conférence, message de foi, d’action, d’union, de solidarité, de paix et d’espérance.

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