Que le Christ qui t’a appelé te reçoive – homélie – mort du Pape François
Lundi de Pâques 21 avril 2025
Messe de suffrage et d’action de grâce pour le Pape François
en la Cathédrale de Gap
Introduction de la Messe
Ce matin, son éminence, le cardinal Farrell, a annoncé avec tristesse la mort du Pape François, en ces termes : « Chers frères et sœurs, c’est avec une profonde tristesse que je dois vous annoncer la mort de notre Saint Père François. Ce matin, à 7h35, l’évêque de Rome, François, est retourné à la maison du Père. Toute sa vie a été consacrée au service du Seigneur et de son Église. Il nous a appris à vivre les valeurs de l’Évangile avec fidélité, courage et amour universel, en particulier en faveur des plus pauvres et des plus marginalisés. Avec une immense gratitude pour son exemple de véritable disciple du Seigneur Jésus, nous confions l’âme du Pape François à l’amour infiniment miséricordieux du Dieu trinitaire». Frères et soeurs, entrons dans cette messe de suffrage avec gratitude.
Homélie
« Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration (…) : Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort. »
Depuis l’apôtre St Pierre, ses successeurs ont eu à parler devant les peuples et les puissants de ce monde, pour annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection, que nous célébrons chaque jour de l’octave pascale, mais aussi pour dénoncer les atteintes à la dignité des hommes infiniment aimés par leur créateur et sauveur.
J’ai appris la nouvelle ce matin à l’abbaye de Boscodon où j’étais pour l’ouverture de la saison culturelle avec une magnifique exposition de peintures religieuses de Christoff Baron. En rentrant rapidement, écoutant la radio, je me disais que le pape est sans doute la dernière conscience du monde, ce qui peut expliquer le retentissement médiatique de sa mort. Puisse-t’il donner mauvaise conscience à tous les dirigeants et tyrans hypocrites, le summum étant celui louait « un défenseur constant des hautes valeurs de l’humanisme et de la justice » alors que lui-même fait bombarder chaque jour les civils.
Approfondissons cet évènement de la mort d’un pape.
La mort du Pape me semble un quadruple évènement considérable 1/ pour le monde 2/ pour l’Eglise 3/ pour chaque chrétien et bien sûr 4/ pour le pape lui-même.
1. Un évènement considérable pour le monde. Le pape est la dernière conscience d’un monde qui est à feu et à sang.
Sur bien des aspects ; pensons au retentissement de ses trois encycliques, qui ont mis le doigt sur les blessures de la société :
- Laudato Si, Loué sois-tu, sur l’écologie intégrale, c’est à dire intégrant aussi l’écologie humaine, la promotion de la dignité du début à la fin de la vie.
- Fratelli tutti, tous frères, sur l’amitié sociale et la fraternité universelle, pour la promotion de la dignité des pauvres – le pape François a créé la journée mondiale des pauvres, pour les mettre aux premières places, de la dignité des exilés, des persécutés, etc.
- Dilexit Nos, Il nous a aimé, sa récente encyclique sur l’amour du coeur de Jésus, alors que tant se sentent mal aimés ou peu aimables. Chacun est aimable. Pour chacun Jésus a donné sa vie et sa Résurrection nous la fait partager.
2. Un événement considérable pour l’Eglise
Ma foi et ma relecture des évènements me disent que l’Esprit Saint est à la manoeuvre quand les cardinaux votent. Pour les papes que j’ai connu, Paul VI, JPII, Benoît XVI et François, je crois profondément que Dieu nous a donné le pape qu’il fallait à chaque moment de l’histoire de l’humanité et de l’Eglise.
Outre les 3 encycliques déjà citées, je veux mentionner sa lettre au peuple de Dieu, engageant résolument l’Eglise du monde entier dans la lutte contre les violences sexuelles et dans l’accompagnement des personnes victimes. Notre Eglise diocésaine a pris sa part.
Chaque pape noue une relation particulière avec chacun des chrétiens. C’est la simplicité et la proximité du Pape François qui a touché les coeurs du Saint Peuple de Dieu, comme il aimait appeler les fidèles, dès sa première apparition au balcon de st Pierre, s’inclinant et demandant notre prière.
Il reconnaissait à ce saint peuple de Dieu l’assistance de l’Esprit Saint pour le discernement en Eglise et c’est pourquoi il a engagé toute l’église à être plus synodale, à faire participer tout le peuple à sa gouvernance.
3. C’est donc aussi un évènement considérable mais personnel à chaque chrétien, différent pour chacun d’entre nous.
Pour ma part, permettez-moi de partager deux choses :
– D’abord c’est le pape qui m’a nommé évêque, et pour lequel en acceptant ma charge épiscopale, m’appuyant sur sa confiance, j’ai prêté un serment d’obéissance et de fidélité. Peu après ma nomination, je suis allé à Rome et quand j’ai été présenté à lui, il m’a dit deux choses en italien : « soyez un père pour vos prêtres » et « soyez proche du peuple de Dieu ».
– Parmi tous ses enseignements inspirants, en raison de notre département frontalier, ses paroles à Marseille à l’occasion de la prière pour les migrants morts en mer et en montagne, m’ont encouragé pour accompagner l’accueil extraordinaire réservé par les Haut-Alpins aux exilés qui passent par nos montagnes.
Pour chacun de nous frères et soeurs, c’est à la fois un deuil, une perte, un manque. Il nous manquera. Mais c’est aussi un héritage et il sera grand. Parfois, reconnaissons-le, il a chatouillé nos certitudes, car il a mis le doigt sur les blessures de la société et de notre Eglise. Alors en approfondissant ses paroles, nous sentions qu’il avait raison. Je prends l’exemple de son document post synodal sur la famille, « Amoris Laetitia, la joie de l’amour » : nous avons compris que compte-tenu de la souffrance de tant de familles divisées, nous devions absolument soutenir et inclure dans notre vie communautaire nos frères et soeurs quels que soient les difficultés de leur vie conjugale.
Oui, pour tout ce qu’il nous a apporté, cette messe est une messe d’action de grâce ; mais c’est aussi une messe de suffrage, célébrée pour le repos de son âme.
4. Car c’est avant tout un évènement considérable pour le Pape lui-même !
Je suis touché par trois choses :
– Il est mort en tenue de service, a écrit Mgr de Moulin-Beaufort dans son communiqué au nom des évêques de France. Hier dimanche de Pâques, malgré son immense fatigue, il a reçu un dirigeant politique, il a tenu à nous souhaiter une bonne fête de Pâques et à rencontrer le St Peuple de Dieu sur la place st Pierre en faisant un ultime tour de papa-mobile, comme un tour d’A-Dieu.
– Je suis frappé aussi par la rapidité de son départ vers le Ciel. On pouvait légitimement s’inquiéter : comment pourrait-il continuer à diriger l’Eglise s’il ne remontait pas la pente ?
– Et troisième chose, il est parti vers le ciel ce matin du lundi de Pâques, 1er jour de l’octave pascale. Pendant 8 jours, on célèbre tous les jours la messe, avec les prières du jour de Pâques ; la Préface, notamment, et des passages de la Prière eucharistique. C’est Pâques pendant 8 jours.
Alors j’ai approuvé la proposition de notre VG : ce soir à 20h, à l’heure où le corps du pape François sera mis dans son cercueil, non pas faire sonner le glas, mais lancer les cloches de Pâques à la volée ! En action de grâce et en signe d’espérance.
En définitive, cette mort nous rappelle quelque chose à chacun d’entre nous. La mort pour un chrétien n’est pas la fin de la vie. Un mourant n’est pas en fin de vie ; il fait l’Ascension du Ciel, il va bientôt être au sommet de sa vie. Et du sommet, comme du Vieux Chaillol, on a une vue panoramique magnifique sur le monde de Dieu, on voit Dieu. C’est pourquoi l’Eglise a toujours entourée la mort de prières et d’attentions particulières, sur trois dimensions :
– Un grand respect pour le corps, nous ne sommes pas une âme qui a un corps, mais nous sommes un corps qui a une âme, et ce corps est destiné à ressusciter, comme la graine qu’on plante en terre.
– Mais aussi une grande abondance de prière pour entourer l’âme qui va rencontrer son Dieu, car l’ascension est rude, la pente est forte !
– Et enfin une solennité, car c’est toute la famille des croyants qui l’entoure, et chacun de nous aura à coeur de s’associer cette semaine à sa messe d’enciellement, selon une expression que j’aime beaucoup.
Oui, certes il nous faut passer par cette porte étroite de la mort, mais c’est pour naître à l’éternité. Nous expérimentons trois naissances : sur terre, à la vie de Dieu à notre baptême, et on l’a vécu fortement la nuit de Pâques avec les baptêmes par immersion, et enfin la naissance au Ciel, à notre mort, le ‘dies natalis’. Dans le livre du martyrologe qu’on lit tous les jours dans les monastères, on dira : ce jour 21 avril, naissance au Ciel du pape François.
Le pape François restera je crois comme le pape de la miséricorde, convoquant le jubilé de la miséricorde, et sans doute aussi comme le pape de l’espérance avec cette année sainte Pèlerin d’espérance. Il n’a cessé de répéter avec st Paul : « L’Espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5).
Alors frères et soeurs, prions avec ferveur, en action de grâce, pour remercier Dieu, et pour lui recommander l’âme de notre pape.
Je vous propose deux magnifiques prières chrétiennes pour les morts, qui invoquent les anges, les saints, et les martyrs :
D’abord le subvenite, que l’on chante dans les monastères à l’occasion de la mort d’un moine :
« Venez à son aide, saints de Dieu, venez à sa rencontre, Anges de Dieu, recevez son âme et portez-la en présence du Très-Haut.
V/. Que le Christ qui t’a appelé te reçoive, et que les anges te conduisent dans le sein d’Abraham. V/. Donnez-lui, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans déclin brille sur lui. »
Et l’In Paradisum ; « Que les Anges te conduisent au Paradis; que les Martyrs t’accueillent à ton arrivée, et t’introduisent dans la Jérusalem du ciel. »
Amen !


