Admission de Fabien Guilloth : “Supporter ses confrères et son évêque !”
  • Post published:15 septembre 2014

Vendredi 12 septembre 2014, alors que les séminaristes du séminaire Saint-Luc d’Aix-en-Provence se trouvaient au sanctuaire Notre-Dame du Laus pour leur retraite de début d’année, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a admis Fabien Guilloth parmi les candidats au presbytérat pour le diocèse de Gap et d’Embrun.

Selon la lettre apostolique Ad Pascendum de 15 août 1972 du pape Paul VI, « le rite d’admission a pour but de manifester publiquement, de la part de celui qui aspire au presbytérat, sa volonté de s’offrir à Dieu et à l’Église pour exercer cet ordre. L’Église, accueillant cette oblation, le choisit et l’appelle à se préparer à recevoir cet ordre, et à être introduit officiellement parmi les candidats au presbytérat. »

Ci-dessous des photos de la célébration et l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri :

Procession avec, devant, les séminaristes

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au cours de son homélie

La liturgie eucharistique

La procession de sortie

Au déjeuner, une des tables de séminaristes du séminaire Saint-Luc

Homélie

Galates 4,4-7 (Fils et héritiers par grâce)
Cantique Luc 1,46-55 (Le Magnificat)
Saint Luc 1,39-47 (La Visitation)

Chers amis,

C’est toujours une joie que d’accueillir dans ce sanctuaire ceux qui se préparent à devenir prêtres. Une joie toute particulière pour un évêque de répondre à la demande d’un candidat au sacerdoce qui souhaite se mettre au service du Seigneur Jésus et de ses frères et sœurs dans le diocèse dont il est le pasteur.

Cette joie, cher Fabien, ce matin, c’est toi qui me l’offre, qui nous l’offre à nous tous ici présents.

Je reprendrai ici quelques-uns des termes de la lettre que je t’ai adressée en réponse à ta demande d’admission.

On ne choisit pas sa famille, ses parents, ses frères et sœurs (et pour toi tes deux frères). Tu as eu la chance de grandir dans une famille qui t’a accueilli et accompagné. Ce n’est pas le cas pour tous.

On ne choisit pas forcément non plus l’endroit où l’on va être envoyé, travailler et porter du fruit. Faut-il rappeler qu’un prêtre ne choisit pas sa mission, il la reçoit.

Toi Fabien, tu as choisi ce diocèse. Merci à toi. Mais merci aussi et peut-être surtout à Marie, à Benoîte, qui ont guidé tes pas jusqu’à nous en te conduisant jusqu’au Laus.

Comme Marie venant rendre visite à Élisabeth dans l’Évangile de ce jour, tu es en quelque sorte sorti de ton pays pour rendre visite à un autre. Tu t’es laissé conduire jusqu’à cette terre des Hautes-Alpes. Et tu as choisi de t’y implanter, de t’y enraciner. Ton choix est un acquiescement à te laisser guider par l’Esprit Saint. Mais ton acquiescement d’un jour va vite se transformer en acquiescement de tous les jours. Car si tu as en quelque sorte choisi ce diocèse, tu n’as pas choisi ceux avec qui tu vas travailler. Et là, si quelquefois il n’y a aucun problème, bien souvent à l’inverse il y en a beaucoup ! Il faut réussir à travailler avec des confrères d’origines et d’âges différents, supporter leurs caractères, leurs habitudes, l’individualisme de l’un, le sans-gêne d’un autre, l’autoritarisme d’un troisième, ou bien encore les découragements, les susceptibilités, les jalousies, que sais-je encore. Il faut supporter les « travers », mais plus encore, il faut soutenir, encourager, même ceux avec qui l’on n’a pas d’atomes crochus. À cela s’ajoute qu’il faut aussi supporter son évêque… [rires dans l’assemblée] Alors pas facile de trouver le moment et le lieu pour dire clairement ce que l’on a à dire sans agressivité et que cette parole soit entendue ! Difficile « d’être vraiment les fils de notre Père qui est aux cieux », faisant « lever son soleil sur les méchants et sur les bons, tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5, 45)

C’était d’ailleurs le thème d’une récente homélie du pape François. Il est parti de l’Évangile tiré du chapitre 18 de saint Matthieu. Il nous invite à méditer sur la responsabilité que nous avons dans la vie de foi de notre prochain. C’est un appel à la sollicitude fraternelle. Nous sommes tous responsables du salut ou de la perdition de notre prochain.

“Jésus nous enseigne que si mon frère commet une faute contre moi, je dois faire preuve de charité envers lui, et avant tout, lui parler personnellement, en lui expliquant que ce qu’il a dit ou fait n’est pas bon”, a expliqué le pape François. “Et si mon frère ne m’écoute pas ? Jésus suggère dans ce cas d’agir progressivement : tout d’abord, aller le retrouver avec deux ou trois personnes pour lui parler à nouveau, pour qu’il prenne conscience de son erreur ; si malgré tout, il ne veut rien entendre, il faut en parler à la communauté ; et s’il n’écoute pas la communauté, il faut lui faire percevoir la fracture et la séparation qu’il a lui-même provoquée, en affaiblissant la communion avec ses frères dans la foi.”

Et le pape de préciser ensuite que toutes les étapes de cette approche que le Seigneur demande à la communauté sont là pour accompagner celui qui est dans l’erreur, afin qu’il ne se perde pas. “Il faut avant tout éviter le bruit de la rumeur et les ragots de la communauté”. Qu’est-ce que nous sommes doués pour ça ! Vraiment, premier prix ! “La rumeur et les ragots de la communauté” ajoutait le pape, car Jésus nous conseille de réprimander le prochain en toute intimité. “Une attitude de délicatesse, de prudence, d’humilité, d’attention à l’égard de celui qui a commis une faute, en évitant que les paroles puissent blesser ou tuer ton prochain. Cette discrétion a pour but de ne pas mortifier inutilement le pécheur.”

Pour le pape, c’est à la lumière de cette exigence que l’on comprend les autres étapes de l’approche du prochain qui est dans l’erreur, lorsque l’on intègre ensuite des témoins et même la communauté. “Le but est d’aider ce frère à se rendre compte de ce qu’il a fait, et que sa faute a blessé non pas une seule personne, mais tous.”

Alors on voit bien dans les conseils du pape combien on est loin de l’arrogance, des certitudes bétonnées, de la haine de ceux qui, à court d’arguments, s’en prennent à la personne, à son passé, à ses origines, à sa religion, que sais-je encore. Nous en avons un exemple actuellement dans les médias à propos de l’une ou l’autre des ministres de la France.

Tes armes, Fabien, nos armes, si je peux employer ce terme pour définir ce qui suit, tes armes, nos armes, ce sont l’amour, l’écoute, la compassion, la prière, l’humilité, la simplicité et la discrétion. Ne fais pas de ta jeunesse un argument pour tenter de convaincre. On m’a rapporté que récemment un prêtre signait les textes dont il était l’auteur : Père untel, jeune prêtre. « Jeune prêtre »… Devant le ridicule de cette précision je me suis demandé si je n’allais pas signer mes textes : Mgr Jean-Michel di Falco, vieil évêque [rires dans l’assemblée].

Mais restons sérieux.

Un autre « jeune » prêtre s’inquiétait, m’a-t-on dit, pour sa modestie face aux succès, dit-il, qu’il emportait dans son ministère.

Je suis justement tombé cette semaine sur un texte à ce sujet que je soumets à ta réflexion, Fabien, mais qui est bon pour nous tous ici. Je cite :

« Si, accomplissant un service pour le Royaume de Dieu, tu as emporté un succès, trois réactions sont possibles :

Tu peux être satisfait de toi-même, savourer ta propre perfection, entretenir ton orgueil… Voilà qui renforce ton amour-propre sans te rapprocher de Dieu, si remarquable soit l’action accomplie pour lui.

Une deuxième possibilité : remercier Dieu de t’avoir permis de réussir, sans aucun échec à essuyer, tout s’étant passé exactement comme tu l’avais prévu et souhaité. Tu le remercies de t’avoir donné de devenir un peu plus grand, un peu meilleur.

La première manière de réagir est manifestement erronée. La deuxième révèle que ton ego tient encore la place centrale. Tu remercies Dieu parce qu’il t’a aidé, toi. Aurais-tu été aussi heureux et reconnaissant si un autre avait réussi à ta place ?

La troisième manière de réagir est la joie ressentie pour Dieu lui-même. Ta reconnaissance est libre de tout amour-propre. Qu’un autre accomplisse ce service et y réussisse peut-être mieux que toi, tu en es aussi heureux.

Telle est la joie des cœurs purs : elle te libère de tes étroites limites et te permet de rencontrer Dieu en vérité. »

Père Wilfrid Stinissen, carme († 2013)

Ce n’est pas à toi personnellement que je dis ça. Le texte s’adresse à tous.

Cette liberté intérieure face aux fruits que l’on peut porter, c’est la liberté de Marie lorsqu’il lui fut donné de porter comme fruit Jésus lui-même, pour le donner au monde. Elle ne s’est pas dit que c’était grâce à ses mérites. Elle ne s’est pas considérée comme « arrivée », parvenue au faîte de la réussite ! Elle s’est mise à chanter le magnificat, un chant de reconnaissance. C’est cette liberté intérieure qui permet d’entretenir des relations toujours plus simples et plus vraies avec tout le monde, et jusqu’avec des confrères avec lesquels on ne se sent pas d’affinités particulières. C’est avec eux que tu formeras un jour, si Dieu le veut, un seul et même presbyterium.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN