Le samedi 24 novembre, à l’invitation de Mgr Xavier Malle, les agriculteurs et paysans des Hautes-Alpes se sont réunis au Sanctuaire Notre-Dame du Laus. Voici l’homélie de Mgr Malle et les deux enseignements donnés l’après-midi.

Homélie de Mgr Malle
« Venez à l’écart et reposez vous un peu ! » Nous avons inscrit, sur l’invitation à cette journée au Laus, cet appel de Jésus à ses apôtres, tel que rapporté par saint Marc au chapitre 6. Ces paroles de Jésus prennent toutes leur sens quand on remarque qu’elles suivent le drame de la mort violente de Jean-Baptiste. « Venez à l’écart et reposez vous un peu ! » Frères et sœurs, cette invitation à venir vous reposer au Laus auprès de Marie raisonne alors que le monde rural, et en particulier le monde paysan, connaît de graves souffrances.
Le mouvement des gilets jaunes a mis en lumière que le monde rural souffre, non seulement de l’augmentation du prix du carburant, mais aussi de la désertification des services publics, de la fermeture des écoles suite à l’exode rural, etc… La France qui gagne semble être la France des métropoles. La France qui perd semble être celle de la ruralité. Où est la solidarité nationale ?
Sur ce fond de la ruralité en souffrance, il y a la souffrance spécifique du monde paysan. Je ne vais certes pas faire mon homélie dessus, mais lors du déjeuner que j’ai pu organiser avec certains d’entre vous à l’évêché pour voir comment vous réagissez à l’idée de cette journée, vous m’avez partagé certaines de ces souffrances.
Notre diocèse a ainsi été très affecté par le suicide de plusieurs agriculteurs du Dévoluy, qui avaient perdu toute espérance. Si je vous ai bien écouté, au-delà de réelles difficultés économiques de certains d’entre vous, alors que vous travaillez dur, 7 jours sur 7 et 24h sur 24 ;  ce qui vous fait le plus souffrir, c’est le manque de considération de la part du pays, voire même la mise en accusation, concernant par exemple la pollution ou le refus du loup. Vous en êtes venu à vous culpabiliser de votre métier ; alors que sa grandeur est d’être ceux qui nourrissent la terre. Le sentiment d’impuissance prédomine. Vous souffrez aussi de tensions entre agriculteurs suite à la réforme de la PAC qui a entraîné une course à l’hectare et renforcé l’individualisme, de tensions également suite à la diversification touristique pourtant bénéfique pour notre région.
La désespérance semble être dans nos campagnes. Alors qu’est-ce que nous dit la Parole de Dieu de ce samedi matin qui me permet d’affirmer que l’Espérance est dans nos campagnes ? Je me permet de balbutier quelques pistes.
La première lecture tirée du livre de l’Apocalypse est une prophétie avec des images : deux oliviers, deux témoins, en fait deux martyrs chrétiens, sont tués par la Bête qui monte des abîmes, l’antéChrist, mais « après 3 jours et demi, un souffle de vie venant de Dieu entra en eux, et ils se tinrent sur leur pieds ; et une grande peur tomba sur ceux qui les contemplaient. Et ils montèrent au Ciel.»
Quelle est la bête aujourd’hui dans notre société moderne ? L’écrivain Georges Bernanos dans une conférence de 1945 disait : « Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance. » Fin de citation.
Oui, la bête est une société sans Dieu, et sans Dieu, la société est celle du « Toujours plus », et il n’est pas impossible de l’appliquer au matériel agricole, à la superficie des terres, aux emprunts, … etc… Mais le toujours plus finit dans la désespérance. Dans ce retour à la réalité, lors de notre déjeuner à l’évêché, nous avons évoqué des concepts comme la modernisation raisonnée, la conversion biologique, que certains d’entre vous ont entreprises. 
« Mais après trois jours et demi un souffle de vie venant de Dieu entre en eux. » Bien sûr cela nous fait penser que le troisième jour, Jésus ressuscita !
Frères et sœurs, accueillons ce souffle de vie venant de Dieu. Cette brise fraîche qui revigore sans sécher tout, cette pluie fine qui nourrit mais ne ravine pas, ce soleil qui dore mais ne brule pas. Retrouver le sens de Dieu, du Créateur, c’est aussi retrouver le sens de l’homme, de notre être de créature, c’est à dire de notre être limité. Merveilleux, mais limité. Être spirituel, mais incarné dans une terre, à l’image de Jésus. 
L’espérance, c’est ce retour aux réalités, aux limites. Nous ne sommes pas tout puissant. Nous ne sommes pas Dieu. Nous sommes hommes. Mais pleinement hommes. Ce n’est pas un anesthésiant pour supporter la douleur en attendant le Ciel. L’espérance alors peut naître : nous sommes aimés de Dieu ; le Ciel commence sur la terre.
Vous avez appris au catéchisme que l’espérance est une des trois vertus théologales, avec la foi et la charité, que l’on reçoit comme un cadeau au baptême. Le CEC 1812 dit : « Les vertus humaines s’enracinent dans les vertus théologales, qui adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine. » CEC 1813 : « Elles sont infusées par Dieu dans l’âme des fidèles, pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de mériter la vie éternelle. » 
Voyez ce balancement : l’espérance, comme la foi et la charité, les vertus théologales, sont un cadeau de Dieu pour nous permettre d’agir avec nos vertus humaines, comme les enfants de Dieu. L’espérance est un cadeau qui nous permet d’en vivre. 
C’est l’espérance qui fait chanter au psalmiste : «Béni soit le Seigneur, mon rocher ! Il est mon allié, ma forteresse, ma citadelle, celui qui me libère ; il est le bouclier qui m’abrite.» Oui, frères et soeurs, dans un monde incertain, mouvant, dans ce que les sociologues appellent la société liquide, où tout est remis en cause, comme la valeur du travail, la valeur de la famille ; et bien ce qui est notre roc, c’est le Seigneur. Voilà une seconde source de l’espérance, après la source de la réalité.
Dans l’évangile, les sadducéens, qui soutiennent qu’il n’y a pas de Résurrection, essaient de coincer Jésus avec une histoire vraiment sans espérance : une femme a eu 7 maris successifs qui sont tous morts, alors à la fin des temps, de qui sera t-elle la femme ? Jésus en profite pour élever le débat et a des paroles magnifiques qui peuvent d’ailleurs à elles seules justifier le célibat consacré comme anticipation du Royaume de Dieu. Si je retiens de l’histoire des sadducéens la succession de malheur qui arrive à la femme,  me revient cette conférence de Bernanos : «  On ne va à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l’espérance il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. Le démon de notre cœur s’appelle «à quoi bon». »
Comme vertu théologale, nous faisons vivre l’espérance en l’exerçant, en la recevant de nouveau régulièrement. Un jour les anges répondent à la vénérable Benoîte que « Dieu lui fera miséricorde, pourvu qu’elle ait la foi, l’espérance et la charité ». Exercer l’espérance, être renouvelé dans cet exercice. Le lieu pour ce renouvellement, c’est la prière personnelle, c’est la messe le dimanche, c’est un pèlerinage au Laus, c’est finalement nous rebrancher sur sa source.
Je prends un exemple personnel qui m’a beaucoup touché : vous savez que l’Église fait face à une crise importante suite au péché d’abus sur mineurs de certains clercs. J’ai affronté la crise en face et publié récemment une lettre pastorale intitulée « pour une Église déterminée ». Quelques jours après j’étais avec tous les évêques à Lourdes, et les journalistes ne cessaient de nous demander quel était notre moral. Je voudrais témoigner qu’en arrivant, je suis allé à la grotte de Lourdes. Dans la prière, j’ai reçu une grâce spéciale de paix et d’espérance sur le sujet. Certes, j’ai été touché au cœur par ces drames, par la rencontre des victimes, mais l’espérance est entrée dans mon cœur. J’ai compris que l’Église composée de pécheurs, en demandant pardon – ce que nous ferons ici même le samedi 8 décembre -, est finalement aux avants postes de la société pour lutter contre ces abus sur mineurs. Mon espérance est grande pour l’Église et pour la société que nous servons. Et cette espérance n’est pas une naïveté, mais une louange de Dieu, car comme dit le psalmiste au psaume 70 : « moi qui ne cesse d’espérer, j’ajoute encore à ta louange. »
Frères et sœurs, vous êtes ici dans un lieu saint, comme la grotte de Lourdes. L’un des titres de Marie est « Mère de l’Espérance ». D’abord parce qu’elle est effectivement Mère de celui qui est l’espérance incarnée, Jésus. Mais aussi parce qu’elle a vécu de cette vertu théologale. Parfois sans comprendre, comme quand Jésus a été retrouvé 3 jours plus tard dans le temps de Jérusalem alors qu’elle le cherchait partout dans la caravane qui remontait à Nazareth. Ces fameux trois jours à nouveau pendant lesquels, contre toute espérance Marie a espéré, depuis le pied de la Croix, jusqu’à la découverte du tombeau vide. La tradition rapporte que Jésus ressuscité est apparu en premier à sa mère, en récompense de son espérance ! En 1692 la bonne Mère dit à Benoîte : « Courage, ma fille, vous avez bien langui de me voir ? J’ai voulu savoir si vous aviez confiance et espérance en mon cher Fils et à moi ». 
Gardons un instant de silence, pour demander à Marie d’intercéder pour chacun de vous. Que l’espérance reçu à votre baptême soit renouvelée, vivifiée ! Amen !

Le témoignage de Bruno Graillat, agriculteur dans la Drôme :

Enseignement du Père Ludovic Frère, Benoîte la bergère :

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