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Qu’est-ce que c’est que cette Exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia » (La joie de l’amour) sur l’amour dans la famille ? La Conférence Épiscopale Française nous l’explique : elle ne porte pas par hasard la date du 19 mars 2016, jour de la Solennité de Saint Joseph, elle rassemble les résultats des deux Synodes sur la famille convoqués par le Pape François en 2014 et 2015. Les Relations conclusives des deux Synodes y sont largement citées, ainsi que d’autres documents et enseignements des prédécesseurs du Pape François et des nombreuses catéchèses qu’il a prononcées sur la famille. Comme cela est déjà arrivé avec d’autres documents magistériels, le Pape puise également dans des documents de différentes Conférences épiscopales du monde (Kenya, Australie, Argentine…) et cite également des personnalités connues. Ce vaste document est divisé en neuf chapitres pour nous présenter la famille et nous inviter à replonger dans son mystère, en tenant compte néanmoins des cultures locales, le Champsaur-Valgaudemar* ne peut y être indifférent. Un peu comme le ferait un drone, cette Exhortation est ici maladroitement « survolée », mais ces quelques lignes ont pour seule prétention de vous inviter à lire ce riche document du Pape François, il est d’une brûlante actualité pour notre temps.

« La parole de Dieu est une compagne de voyage »

Le Pape affirme d’emblée et avec clarté qu’il faut sortir de l’opposition stérile entre l’angoisse du changement et l’application pure et simple de normes abstraites, il met en garde contre l’absence de réflexion, l’application excessive de normes ou de certaines réflexions théologiques infondées. La Bible, nous dit-il, « abonde en familles, en générations, en histoires d’amour et en crises familiales » (Chapitre premier : « A la lumière de la Parole » – AL8). Le psaume 128 sert alors de base à sa méditation, lequel traduit la tendresse, la relation d’amour, mais aussi le péché. Pour lui, la parole de Dieu « ne se révèle pas comme une séquence de thèses abstraites, mais comme une compagne de voyage, y compris pour les familles qui sont en crise ou sont confrontées à une souffrance ou à une autre, et leur montre le but du chemin » (AL 22). À partir du terrain biblique, le Pape considère concrètement, dans le deuxième chapitre, la situation actuelle des familles, en gardant « les pieds sur terre » (AL 6), en puisant amplement dans les Relations conclusives des deux Synodes et en affrontant de nombreux défis : du phénomène migratoire aux négations idéologiques de la différence des sexes (idéologie du genre) ; de la culture du provisoire à la mentalité antinataliste et à l’impact des biotechnologies dans le domaine de la procréation ; du manque de logements et de travail à la pornographie et aux abus sur mineurs ; de l’attention aux handicapés, au respect des personnes âgées ; de la déconstruction juridique de la famille aux violences à l’encontre des femmes. Ce réalisme du Pape marque la différence entre la réalité et les idéologies. Il précise : « Les exigences, les appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de l’histoire (…) » et met en valeur l’humilité comme antidote à « Un idéal théologique du mariage trop abstrait ». « Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles » (AL 37), ajoute t-il encore pour favoriser l’insertion de la grâce dans nos vies (Chapitre deux : « La réalité et les défis de la famille »).
La vocation de la famille et l’amour dans le mariage viennent étayer les deux chapitres suivants, en s’appuyant sur de nombreux textes de l’Église qui ont précédé cette Exhortation. On y découvre la valeur du mariage naturel, mais aussi la richesse du mariage sacramentel et le discernement nécessaire face, en particulier, aux familles blessées : ‘‘Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations’’ (Familiaris consortio, n. 84). Le Pape François
rappelle : « Qu’il faut éviter les jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; qu’il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent
à cause de leur condition » (AL 79), sans pour autant écarter la doctrine de l’Église.

L’amour dans le couple

C’est la Première Lettre de Saint Paul aux Corinthiens (13, 4-7) qui sert ensuite de réflexion à « L’amour dans le mariage » , véritable exégèse pour décrire l’amour humain en des termes concrets. « Dans la nature même de l’amour conjugal, il y a l’ouverture au définitif » (AL 123), et c’est justement dans ce
« mélange de satisfactions et d’efforts, de tensions et de repos, de souffrances et de libérations, de satisfactions et de recherches, d’ennuis et de plaisirs » (AL 126) que se trouve le mariage, affirme encore François. Il insiste également sur la « transformation de l’amour » qui invite le couple à
« vivre toujours une riche intimité » (AL 163), malgré les ans. L’accueil d’une vie nouvelle, l’attente d’une grossesse, l’amour d’une mère et d’un père, mais aussi la fécondité élargie, l’adoption, l’ouverture aux proches dans la vie de famille au sens plus large, dans l’apprentissage de la croissance dans la relation avec les autres sont aussi des thèmes développés (chapitre cinq).

Une exhortation qui se conclut par une Prière à la Sainte Famille

Cette exhortation apostolique se conclut par une Prière à la Sainte Famille (AL 325), mais un neuvième chapitre nous éclaire préalablement sur la Spiritualité matrimoniale et familiale « faite de milliers de gestes réels et concrets » (AL 315). La famille n’éloigne pas ses membres de la croissance dans la vie de l’Esprit, « (…) Elle constitue un chemin que le Seigneur choisit pour les conduire aux sommets de l’union mystique » (AL 316), « les moments de joie, le repos ou la fête, et même la sexualité, sont vécus comme une participation à la vie pleine de sa Résurrection » (AL 317). Prière, spiritualité de l’amour exclusif et libre, dans le défi et le désir de vieillir et de se consumer ensemble, reflétant la fidélité de Dieu (cf. AL 319), ces mots doivent résonner à la Lumière de la Résurrection. « Toute la vie de la famille est un “mener paître” miséricordieux (…) » (AL 322) ajoute le Pape François, « C’est une profonde expérience spirituelle de contempler chaque proche avec les yeux de Dieu et de reconnaître le Christ en lui » (AL 323). Dans
sa conclusion, il précise également : « (…) Cheminons, familles, continuons à marcher ! (…) Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise » (AL 325). On peut y ajouter que cette Exhortation parle bien le langage de l’expérience !

Extrait d’un article paru dans Nos Vallées, journal inter-paroissial du Champsaur Valgaudemar

*Cet article a été publié dans le journal inter-paroissial du Champsaur-Valgaudemar