Appel décisif des catéchumènes : “Il y en a qui sont tombés dedans étant tout petits”…

Dimanche 9 mars, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri procédait à l’appel décisif des catéchumènes. Une célébration pleine d’émotion pour les sept adultes qui seront baptisés à Pâques. Ci-dessous l’homélie et des photos de la célébration qui s’est déroulée en l’église Saint-Roch à Gap.

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Les sept catéchumènes qui seront baptisés à Pâques : Jeanna, Gaëtan, Lise, Alexandre, William, Jean et Angélique
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au cours de l’homélie
L’accueil d’Angélique
Des représentantes des communautés religieuses du diocèse, chargées de prier pour les catéchumènes. Ici de gauche à droite, une petite sœur des pauvres, une sœur de Saint-Joseph, une sœur de La Salette, une bénédictine du Sacré-Cœur de Montmartre, une sœur Trinitaire, une sœur de La Providence.
La célébration eucharistique
Moment de convivialité après la célébration

 

Homélie

 

Il y en a qui sont tombés dedans étant tout petits.

Les enfants et quelques adultes passionnés de bandes dessinées croient savoir de qui je parle… Ils vont me le dire !…

Eh oui vous avez pensé à Obélix qui est tombé dans la marmite de potion magique !

Mais ce n’est pas de lui dont je parle.

Je parle des baptisés ! Oui, il y a ceux qui ont été plongés dans l’eau du baptême étant petits. Et puis il y a ceux qui sont plongés dans l’eau du baptême étant plus grands. Et vous, les sept catéchumènes présents aujourd’hui au milieu de nous, vous faites partie de ceux qui vont être plongés dans l’eau de la cuve baptismale en étant adultes.

Je plaisante bien sûr en parlant d’Obélix… Ce n’est pas saint Obélix et encore moins un père de l’Église ! Mais en y réfléchissant il y a quand même une ressemblance entre les deux baptêmes, celui d’Obélix et le nôtre.

Que se passe-t-il pour Obélix ? Eh bien grâce à sa plongée dans la potion magique, en quelque sorte son « baptême », il est plus fort. Et les effets de son « baptême » sont permanents chez lui. Le baptême pour un chrétien n’est pas une potion magique, ne vous y trompez pas, mais grâce à notre baptême nous devrions être plus forts dans les épreuves, et les effets devraient être permanents chez nous.

Mais nous en faisons régulièrement l’expérience. Nous restons faibles, fragiles malgré tout. Nous portons la vie de Dieu dans des vases d’argile. Nous sommes à l’image de Dieu, certes, mais nous venons de la terre, comme nous le rappelle la Genèse.

Mais alors, si les baptisés sont faillibles comme les non-baptisés. Si être croyant ne rend pas meilleur. Si les chrétiens n’ont pas le monopole de la charité, plus encore de l’amour, alors à quoi cela sert-il d’être baptisé ? Le baptême ne serait-il qu’un rite ? Qu’une formalité ? Non vraiment, croyons-le. Grâce au « baptême », tout comme Obélix, on peut être plus fort. Et les effets du « baptême » sont permanents chez nous, quel que soit l’âge où nous le recevons. Mais à la différence d’Obélix, encore faut-il le vouloir pour que les effets perdurent ! Obélix est fort malgré lui. Nous, nous ne pourrons être forts grâce au baptême que si nous laissons Dieu être fort en nous, que si nous laissons l’Amour reçu en germe s’épanouir et s’exprimer.

Souvent quand les épreuves surviennent, ou une maladie, ou la mort d’un proche, on dit pour se consoler : « C’est la vie. » Eh bien non ce n’est pas ça la vie. La vie. Une maladie, c’est ce qui fait obstacle à la vie, mais ce n’est pas la vie. De même le péché est un obstacle à la vie, et la mort l’échec de la vie. À moins que, lorsque nous disons c’est la Vie, nous pensions inconsciemment à l’autre vie, avec un V majuscule, la Vie éternelle. Dans ce cas-là oui la mort, c’est la Vie.

Notre foi et les lectures de ce jour nous disent que le Christ a vaincu les tentations, vaincu la mort, vaincu le péché qui conduit à la mort. Il est la vie. Il nous invite à entrer dans la vie. Il nous invite à entrer dans SA vie. La vie est belle et pleine là où le Christ passe. Et les saints sont là pour nous montrer jusqu’où va l’amour quand on lui laisse toute la place. L’amour ne demande qu’à s’épanouir. À nous de ne pas étouffer l’amour.

Je parle des saints. Mais tout proche de nous nous avons aussi le témoignage de chrétiens bien ordinaires qui sont là comme pour nous dire : c’est possible. C’est possible de vivre son baptême. C’est possible de vivre l’Évangile. C’est possible d’aller vers plus de vie malgré les bâtons qu’on nous met dans les roues.

Vous vous rappelez peut-être pour les plus âgés (car l’histoire remonte à quelques années), vous vous rappelez le procès de Frédéric, dix-neuf ans, qui, désespéré par la perspective d’une séparation, avait tué la jeune Chantal dont il était amoureux.

Au cours du procès, le père de Chantal avait dit : « Je suis d’abord un père, ensuite un catholique. Je veux faire passer cela dans ma vie. Je veux vivre ma foi. J’ai eu de la peine au départ de Chantal, mais je la sais désormais heureuse, dans la joie. Mon souci maintenant, c’est Frédéric. Je ne serais pas plus ému si c’était un de mes fils qui se trouvait à sa place. Je veux l’aider pour que sa vie ne soit pas gâchée. Mon souci, c’est son avenir quand il sera sorti. J’ai prié pour lui, voilà. »

Et la mère de Chantal avait ajouté : « Quand j’ai appris la mort de ma fille, j’ai eu un choc, mais mon premier cri en pensant à Frédéric a été : le malheureux ! Chantal est heureuse aujourd’hui, mais lui a besoin d’aide, car il s’est affreusement meurtri lui-même. Quand on est chrétien, on ne juge pas. J’ai pardonné. J’ai voulu aller au-delà, rencontrer les parents de Frédéric, partager avec eux cette situation terrible. »

Que dire devant un tel témoignage ? On reste sans voix. « Jamais, à notre banc de presse, nous n’eûmes autant le sentiment d’être des […] témoins de l’indicible » écrira le journaliste du Monde. Témoins de l’indicible, car Dieu-Amour était présent dans le prétoire. Témoins de l’indicible, car dans ces circonstances terribles, le pardon était là, le pardon à l’état brut, désarmant de simplicité, de générosité et de dignité. Témoins de l’indicible, car se trouvaient exprimés les mots simples de la foi vécue au quotidien, au cœur des plus douloureuses épreuves, la foi qui fait des plus vives blessures une source jaillissante d’amour.

Un autre exemple encore. Celui de notre pape François. Le 6 novembre dernier il est Place Saint-Pierre pour l’audience publique. Là, au milieu des milliers de pèlerins, se trouve un homme, Vinicio, atteint de neurofibromatose. Tout son corps, des pieds jusqu’au visage, est couvert de douloureuses grappes d’excroissances qu’aucun traitement ne peut guérir. Dans son adolescence, on avait dit à cet homme qu’il ne dépasserait pas les 30 ans. Aujourd’hui il en a 53, mais dans quel état ! Il est complètement défiguré. Il ressemble à éléphant-man et suscite la répulsion.

Or ce jour-là place Saint-Pierre, lorsque le pape aperçoit Vinicio, il s’approche de lui, le caresse, le prend dans ses bras. Les images feront le tour du monde. Et Vinicio de raconter plus tard : « Je lui ai d’abord embrassé la main, pendant qu’avec l’autre main, il me caressait la tête et les plaies. Et puis il m’a attiré contre lui, en me serrant fort et en m’embrassant le visage. J’avais la tête contre son buste, et ses bras m’enveloppaient. Et lui me tenait serré, serré, comme s’il me câlinait, il ne se détachait plus. J’ai cherché à parler, à lui dire quelque chose, mais je n’ai pas réussi : l’émotion était trop forte. Cela a duré un peu plus d’une minute, mais cela m’a semblé une éternité. »

« Les mains du pape sont si tendres. Tendres et belles. Et son sourire limpide et ouvert. Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est qu’il n’a pas réfléchi à deux fois pour savoir s’il devait m’embrasser ou pas. Je ne suis pas contagieux mais il n’en savait rien. Il l’a fait et voilà : il m’a caressé tout le visage, et pendant qu’il le faisait, je ne ressentais que de l’amour. »

Dans les bras du pape, Vinicio n’a ressenti que de l’amour. Rien d’autre. Que de l’amour ! Dans le cœur du pape, l’amour avait pris toute la place. Et cet amour est passé du cœur du pape au cœur de Vinicio. « Mon cœur allait éclater » dira-t-il. Eh bien croyez moi ou non, il en est de même pour nous quand nous approchons d’un sacrement, ou plutôt lorsque le Christ vient à nous par sa parole et par un sacrement. Oui, tout sacrement est pour le Christ une manière de nous prendre dans ses bras ! Tout sacrement est une plongée dans l’Amour infini de Dieu ! Le vivons-nous ainsi ?

Quand Vinicio est sorti des bras du pape, il s’est tourné vers sa tante et lui a dit : « Ici je laisse toute ma douleur. » Eh bien vous-mêmes, chers catéchumènes, qui allez être baptisés, quand vous aurez reçu le sacrement de la nouvelle naissance à la vigile pascale, et quand plus tard quand vous aurez reçu un sacrement de réconfort et de guérison tel que l’eucharistie, la réconciliation, l’onction des malades, vous pourrez dire : « ici je laisse mes soucis, mon péché, ma peine, mes blessures, ma douleur ».

Mais n’oublions pas : si après avoir reçu ces sacrements nous sommes réconfortés, nourris, revigorés, c’est pour être nous-mêmes, tout comme le père et la mère de Chantal lors du procès de Frédéric, tout comme le pape François avec Vinicio, des sacrements de l’amour du Christ pour nos frères et sœurs dans le besoin, des sources jaillissantes d’amour et de vie.

Tout comme les effets de la potion sont permanents chez Obélix, les effets du baptême sont permanents chez les chrétiens. Mais seulement s’ils le veulent !

Alors en ce début de carême, au lieu de rechercher je ne sais quel effort à faire, si tout simplement nous nous imposions un effort dans le pardon à accorder ou dans la demande de pardon. En cherchant bien nous avons tous des raisons d’accorder un pardon à une mère, un père, un fils, une fille, un ami, que sais-je et nous avons tous un pardon à demander.

Alors bon courage et saint Carême à tous.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 2 commentaires

  1. merci Mgr pour ces bons conseils avec toujours cette pointe d humour que j apprecie a bientôt

  2. J’aime bien votre programme de Carême : les textes des différentes personnes de votre diocèse, les méditations de Mgr Combal, et maintenant cette belle homélie que je viens de lire à plusieurs reprises afin de « m’imprégner » des passages sur le pardon, sur l’amour, sur les effets des sacrements qui m’aideront à me préparer à vivre pleinement la Semaine Sainte.
    Merci de rayonner bien au-delà de vos montagnes et de donner largement accès à votre enseignement.

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