You are currently viewing Assour aurait pu être un grand chef. Homélie du 13 juillet 2022 – Festival des sanctuaires au Laus, journée Ile-Bouchard.

Assour aurait pu être un grand chef.

Il aurait même pu entrer dans le plan divin du salut de l’humanité. « Mais – dit l’oracle proclamé par le prophète Isaïe – Assour ne l’entend pas ainsi, ce n’est pas du tout ce qu’il pense : ce qu’il veut, c’est détruire, exterminer quantité de nations. » Toute ressemblance entre cet oracle et une situation similaire en Ukraine est encore plus flagrante quand on lit la suite : « J’ai déplacé les frontières des peuples, j’ai pillé leurs réserves ; fort entre les forts, j’ai détrôné des puissants. J’ai mis la main sur les richesses des peuples, comme sur un nid. » Le psalmiste renchérit : « C’est ton peuple, Seigneur, qu’ils piétinent, et ton domaine qu’ils écrasent. » Mais frères et soeurs, Isaïe annonce aussi comment cela a fini : « Le Seigneur Dieu de l’univers fera dépérir les soldats bien nourris du roi d’Assour, et au lieu de sa gloire s’allumera un brasier, le brasier d’un incendie. »

Oui, Assour aurait pu être un grand chef. Il n’a été qu’un dictateur passé à la postérité pour ses méfaits. Que s’est-il passé ? Isaïe poursuit dans son oracle : « Le ciseau se glorifie-t-il aux dépens de celui qui s’en sert pour tailler ? La scie va-t-elle s’enfler d’orgueil aux dépens de celui qui la tient ? » Penser qu’il est un puissant par ses propres forces au lieu de comprendre qu’il est le serviteur d’un don divin.

On dit de Saint Henri que nous fêtons ce jour

– bonne fête aux Henri – empereur d’occident mort en 1024 : « Lorsque le bienheureux serviteur de Dieu eut reçu l’onction royale, il ne s’enferma pas dans les limites de sa royauté temporelle : pour remporter la couronne de l’immortalité, il se disposa à militer sous le souverain Roi, car le servir, c’est régner. » L’auteur du récit de sa vie, un texte très ancien que nous avons lu au bréviaire ce matin, met sur ses lèvres les paroles suivantes : « Nous vous rappelons cette bonté divine, nous savons que nous avons été élevé à la dignité royale par une condescendance gratuite de la divine miséricorde. » Frères et soeurs, à l’occasion de votre session, de votre pèlerinage dans ce sanctuaire ND du Laus, je vous invite à prier pour les dirigeants du monde, en particulier pour ceux qui font souffrir les peuples de la guerre.

Pour cette journée du festival des sanctuaires consacré au sanctuaire ND de la Prière de l’Ile-Bouchard,

en lisant la parole que Dieu nous propose pour cette journée, j’ai bien sûr pensé à la première demande de la Belle Dame aux 4 petites filles dans ce petit village de Touraine : « Dites aux petits enfants de prier pour la France, car elle en a grand besoin. » Ce 8 décembre 1947, le pays traverse une crise majeure. Paralysé par les grandes grèves, miné par une fièvre insurrectionnelle, il est proche de la guerre civile. En quelque jours, la paix civile va être rétablie. Il me semble que de nos jours, prier pour la France, c’est prier pour les dirigeants de notre pays, et aussi pour les dirigeants du monde entier, car nous sommes tous interdépendants. Il y a dans le missel une oraison pour le chef de l’état, reprenant ce que demande st Paul dans sa première lettre à Timothée (1Tm 2,1-2) : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. » Que ce soit la situation compliquée en France, tragique en Ukraine, ne nous lassons pas de prier pour les dirigeants, pour ne pas nous laisser voler notre espérance.

Je me dois d’ajouter que je ne suis pas certain que cette tentation de la toute puissance ne touche que les puissants de ce monde. Chacun à nos niveaux, nous pouvons en être touché, dans nos familles, dans nos métiers, dans nos responsabilités. Que Dieu nous en préserve.

La parole de ce jour m’a aussi fait penser à Jacqueline Aubry,

l’ainée des 4 petites filles de 1947. Comme Benoîte ici, elle avait du caractère, et il lui en a fallu, mais quelle humilité. Pensez donc que quand un groupe ou une famille lui demandait de témoigner, elle me demandait à moi, pauvre curé de sa paroisse, si elle pouvait donner son témoignage.

Parfois des personnes essayait de savoir qui elle était parmi la foule ; alors on se gardait bien de le leur dire que la dame qui s’occupait des fleurs et qui faisait le ménage de l’église c’était celle qui avait vu la sainte Vierge pendant une semaine en 1947. Que c’était elle qui avait embrassé la main de la Ste Vierge et qui était restée toute simple !  

Les 4 fillettes de 1947 – Jacqueline Aubry à gauche.

On lit un épisode similaire dans les manuscrit du Laus : « La Très Sainte Vierge lui tend la main ; Benoîte recule la sienne. « Belle Dame, lui dit-elle, je ne suis même pas digne d’embrasser ni de toucher les vestiges de vos pieds ! », tant elle a de vénération pour la souveraine princesse ». Benoîte « est si humble – lit-on encore – qu’elle demande continuellement à Dieu que tout ce qu’elle a fait et fera ne soit jamais par vaine gloire ». Benoîte, comme Jacqueline me font penser à ce que rapporte st Matthieu dans son évangile, ce que les biblistes appellent le magnificat de Jésus : « Jésus prit la parole et dit : Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. ». Ce sont à deux filles du boulanger du village, à leur cousine fille de paysans et à la fille d’une famille de réfugiés espagnols, que la sainte Vierge a choisi de révéler le dessein d’amour de Dieu.

Pour terminer, je vous résume le message de L’Ile-Bouchard, que d’autres vous détaillerons ce jour. La ste Vierge y a fait trois demandes : « Priez pour la France car elle en a grand besoin. », « prier beaucoup pour les pécheurs », et « Dites à M. le curé de construire une grotte là où je suis », mais aussi une grande promesse, « Je donnerai du bonheur dans les familles », et le tout pendant une semaine qui fut une véritable école de prière, à l’image de l’ange Gabriel, apparu en même temps que la Sainte Vierge. Ces messages n’ont rien perdus de leur actualité : la prière pour notre pays, le bonheur dans les familles, et apprendre à prier. « Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » Amen.

Ecrit de Jacqueline Aubry sur demande de sa maitresse et de monsieur le curé