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25 Décembre 2021 – Messe du jour de Noël 2021

Cathédrale de Gap

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » Cette première phrase du prologue de l’évangile selon saint Jean est une magnifique théologie poétique. Jésus est le Verbe, verbum en latin, logos en grec, que l’on traduit donc également par « parole » : « Au commencement était la parole, et la parole était auprès de Dieu, et la parole était Dieu. »

Le prologue va révéler qui est Jésus, et qui nous sommes, vous avez ainsi repéré les deux parties de mon homélie. Après avoir hier soir parlé de la tendresse de Dieu en Jésus, nous allons faire un peu de théologie.

Première partie : qui est Jésus ? Jésus est la Parole de Dieu, la parole première et la parole ultime :

Il est la parole première : Cette parole nous dit saint Jean « était au commencement ». Ce mot « commencement » doit vous rappeler la toute première parole de la Bible, au livre de la Genèse, chapitre 1 verset 1 : «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Dans notre Credo nous professons que par Jésus tout a été fait. Jésus est donc dès le commencement et jusqu’à la fin des temps. Il est auprès de Dieu, il est Dieu. Et depuis le mystère que nous nous célébrons aujourd’hui, il s’est incarné, il a pris chaire, il est devenu l’un de nous. Et par la même, il a fait alliance avec l’humanité, alliance scellée ensuite par le don de sa vie pour chacun de nous. 

Il est aussi la parole ultime : Comme dit l’auteur de la lettre aux hébreux notre seconde lecture : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. »

Frères et soeurs, Jésus est l’ultime Parole de Dieu.

D’une part  n’attendons pas d’autre Parole. Il a tout dit par Jésus tel que c’est rapporté dans les Saintes Ecritures, aussi bien l’Ancien Testament qui le prédisait que le Nouveau Testament qui l’accomplit. Il n’y a pas d’autres révélations à attendre. Ainsi concrètement, les apparitions du Christ ou de Marie n’ajoutent rien, mais explicitent cette parole ultime.

D’autre part, comme Dieu est éternel, il continue éternellement a proclamer sa Parole, Jésus. Depuis cette sainte nuit, une parole de tendresse et de miséricorde retentit jusqu’à la fin du monde. La parole d’un tout petit couché dans une mangeoire à Bethléem. 

Alors, de quoi pourrions-nous avoir peur ? De quoi pourrions nous manquer ? Peur de Dieu, peur d’un Dieu qui parle par un nourrisson, peur d’un Dieu qui s’est fait nourrisson dans les bras de Marie ? Peur de manquer de la tendresse alors qu’il n’a que cela à nous donner.

Seconde partie : qui sommes-nous ? Jésus est l’unique Parole de Dieu pour chacun de nous, personnellement, car nous devenons fils de Dieu, et communautairement, car nous devenons membre du peuple des fils de Dieu, membre de l’Eglise famille de Dieu comme aime à le dire l’Eglise qui est en Afrique. C’est là notre double dignité de Fils de Dieu et de membre du peuple de Dieu, l’Eglise.

C’est ce qu’exprime toujours aussi magnifiquement la suite du  prologue de saint Jean. Encadrée par le témoignage de Jean le baptiste, cité dans deux paragraphes du texte,  « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin » et plus loin « Jean le Baptiste lui rend témoignage » le Prologue développe à l’inverse l’incompréhension du monde qui « ne l’a pas reconnu», «les siens ne l’ont pas accueilli», puis met en valeur la réception et la foi de « tous ceux qui l’ont reçu (…) ceux qui croient en son nom ». Et là, frères et soeurs apparait notre identité profonde : « à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » ; un Dieu se fait enfant pour que tous deviennent ses enfants.

Alors se produit un croisement inouï de trajectoires que relève St Jean dans son Prologue : il passe du « eux » au «nous» communautaire : eux «ne sont pas nés d’une volonté charnelle », mais « le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire »

Le peuple de Dieu s’est alors reconnu. Désormais l’histoire du Verbe et celle de la communauté-nous s’entremêlent.

Enfin, à la fin de ce Prologue, le «Fils unique» prend le nom de Jésus (v. 16), ce qui veut dire Dieu sauve, source de notre espérance et de notre mission.

Et le Prologue conclut par ce qui justifie l’écriture du quatrième Évangile: «Dieu, personne ne l’a jamais vu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le faire connaître» (v. 18). Jésus est la parole de Dieu, Jésus est le récit de Dieu. 

La prophétie d’Isaïe, notre première lecture, s’est réalisée, non seulement en Jésus, parole de Dieu, non seulement en Jean-Baptiste, voix qui crie dans le désert, mais aussi maintenant en chacun d’entre nous, dont la mission est de continuer la vie de Jésus, pour le salut du monde : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut. » Amen.