Au service de l’Église : les diacres permanents
Bernard Siegel, diacre permanent du diocèse, proclamant la paix du Christ.

Samedi 9 janvier 2021, Frédéric Jory a été ordonné diacre permanent par Mgr Xavier Malle, évêque de Gap et Embrun. Frédéric, par cette entrée dans le clergé diocésain, vient donc augmenter le nombre de diacres permanents de notre diocèse, qui s’élève désormais à 15 serviteurs. Frédéric ne répond pas spécialement au simple souci de faire croître l’effectif des ordonnés, mais bien, d’abord, à un appel personnel à se mettre au service de l’Église dans ce premier degré du sacrement de l’Ordre, qui en compte trois : diacre, prêtre et évêque.

Le diacre est en effet un serviteur (en grec : diakonos), un homme marié, célibataire ou veuf, appelé par l’Église à exercer une mission au service des sacrements, de la Parole de Dieu et de la charité. Il préside fréquemment les baptêmes et les mariages, ainsi que les obsèques et les temps de prière, s’engage à prier chaque jour pour le peuple de Dieu à travers la liturgie des Heures, aide le prêtre pour la célébration de l’Eucharistie, lit et enseigne la Parole de Dieu et vit la charité à l’égard de sa famille et des personnes qui lui sont confiées, en particulier dans son milieu professionnel et dans sa mission, cette dernière étant confiée par l’évêque diocésain. La présence du diacre dans le chœur reste essentiellement le reflet de son engagement dans la vie de ce monde, c’est cet engagement qui donne un sens particulier à cette visibilité.

Michel Gruère, diacre permanent du diocèse, lisant la Parole de Dieu.

Restauré par le Concile Vatican II, après plusieurs siècles d’absence, le diaconat permanent (autre qu’une étape vers la prêtrise) est réapparu dans les années 70. Notre premier diacre diocésain, Pierre Ferraris, fut ordonné à Briançon en 1982, il fallut attendre ensuite 2001 pour qu’une “relève” soit assurée, en particulier à Gap. Depuis, de nouvelles ordinations ont été célébrées dans notre diocèse. Quelques diacres ordonnés à l’extérieur, dont certains originaires du diocèse, sont venus également s’installer chez nous pour des raisons professionnelles ou pour y vivre leur retraite. La plupart d’entre eux sont, en effet, engagés dans la vie du monde. Ils ne sont pas salariés de l’Église, mais la servent de leur mieux, chacun avec la grâce qui lui est propre.

Philippe Castagno, diacre permanent du diocèse de Gap et Embrun


Le témoignage d’un diacre au service du doyenné du Champsaur – Valgaudemar

Plus le temps passe et plus je m’interroge sur ce qu’est un diacre. Un paradoxe me direz-vous, d’autant que je vis ce ministère depuis plusieurs années. Mais avec le Seigneur, on n’a jamais fini de découvrir les réalités de la vie et celles de la conversion, du baptême, des sacrements et de la vie ecclésiale. Ainsi en est-il pour le diacre que je suis, plus à l’aise pour parler de ce qu’il n’est pas (un super chrétien, un super laïc, un futur prêtre ou autre terme qu’on nous prête souvent par ignorance…) que pour parler de ce qu’il est. Les nouveaux ordonnés ou ceux qui, comme Frédéric, se préparent à l’ordination, nous rappellent notre mission et notre engagement. Je le remercie vivement pour sa réponse à cet appel.

Je dois à mes parents la découverte de la foi, mais ma liberté personnelle m’a entraîné à m’écarter de l’Église pendant plusieurs années, nouveau paradoxe pour un engagé. Le Seigneur m’a pourtant permis de vivre une conversion en 1981 et un retour (assez lent) vers cette même Église. Marié à Françoise en 1984, laquelle avait vécu elle-même une expérience de conversion, nous avons 5 enfants et comptons à ce jour 9 petits-enfants. Notre vie de famille s’est pourtant montrée quelque peu agitée, parfois trop liée à ma profession sociale prenante, à des études poursuivies tardivement et à quelques années d’engagement de couple sur la responsabilité d’une antenne régionale d’écoute et d’accueil au service de la vie naissante (l’œuvre Mère de Miséricorde).

   C’est pourtant dans ce contexte qu’en 1989, au cours d’une journée à l’abbaye de Boscodon, le père Louis Barneaud (alors curé de la paroisse des Cordeliers à Gap) m’a interpellé une première fois sur cet engagement diaconal. J’ai conservé la mémoire de ce jour, mais cette interrogation me parut d’abord être  un « coup dans l’eau ». J’ignorais tout, ou presque, de ce ministère et n’avais aperçu, que de loin, un seul diacre permanent. De plus, celui-ci était responsable communautaire et ne représentait pas vraiment l’engagement « classique » du serviteur dans la vie active de ce monde. Pourquoi ce « prêtre » avait-il « l’écharpe » de travers ? C’est dire le niveau de ma réflexion personnelle en ce temps-là ! J’ignorais alors que le Seigneur m’amènerait, plus tard, à partager une mission sous la responsabilité de ce même diacre, à mieux le connaître et à côtoyer également d’autres engagés en France comme à l’étranger. Le temps passa sur cette première interpellation, avec de vagues questions presque oubliées, d’autant que notre famille nombreuse, ma profession, l’achèvement d’un diplôme supérieur et nos engagements ne me laissaient guère de temps pour réfléchir. Le Seigneur sait pourtant ce qu’Il veut, Il fera preuve de patience !

Au cours de l’été 1994, j’étais à Lisieux pour assurer la présence d’un stand de « Mère de Miséricorde », pendant une session de la Communauté des Béatitudes. Prenant ce temps comme un pèlerinage, je commençais par me confesser dans la basilique, au pied des reliques de Sainte-Thérèse. Je suis encore certain aujourd’hui que le « paquet » remis au prêtre à ce moment-là ne contenait aucune trace de l’appel précédent, je l’avais même presque oublié. Pourtant ce ministre de l’Église, totalement inconnu de moi, m’interpella subitement sur ce même appel, me précisant plusieurs points sur mon passé et sur mon avenir personnel dans cette vocation. Par la suite, tous ces points se sont vérifiés avec une exactitude déroutante, dont la mise en place d’un groupe de discernement diocésain sur ce sujet, montrant bien que l’Esprit-Saint était à l’œuvre. Cette fois, je ne pouvais ressortir « indemne » et une immense paix me confirma très vite les paroles de ce confesseur… que je n’ai jamais revu !

Bien sûr, plus tard, les remises en question n’ont pas manqué. Comme le soleil à travers les nuages, cette paix s’est obscurcie pour parfois revenir… Le père Barneaud m’a confirmé, pour sa part, n’avoir jamais oublié le jour de ma première interpellation ! Mon épouse, Françoise, a pris légitimement sa part dans ce discernement et dans les remises en question, ainsi que le groupe diocésain et un groupe plus personnel qui nous accompagnaient, je remercie encore chacun de leurs membres après toutes ces années, en particulier le père Henri Bissonnier. Il m’a fidèlement accompagné jusqu’au bout… et même après ! Dans notre diocèse, Pierre Ferraris est resté longtemps l’unique « exemplaire » de diacre, son témoignage et sa proximité m’ont aussi encouragé à aller de l’avant.

Le Seigneur fit preuve de patience une nouvelle fois. La lenteur du discernement, ma disponibilité aléatoire, la mise en place de l’indispensable formation, nos interrogations et celles de nos enfants, les questions du diocèse et de notre évêque (Mgr Lagrange à cette époque), mes craintes… ont dû trouver leur place, ne laissant aboutir ce projet que 7 ans plus tard (2001), pour mon ordination. Nos évêques ont toujours une devise épiscopale forte, issue de l’Évangile. Heureusement, il n’existe pas de devise diaconale, sinon la mienne frôlerait, non sans humour, une caricature empruntée à Jonas : « Courage, fuyons… ! », mais le Seigneur, comme pour Jonas, m’a jusqu’à ce jour toujours rattrapé en me proposant, à chaque fois, de le suivre librement !

Philippe Castagno