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Dimanche 4 avril 2021
Homélie de la Vigile pascale à 6h30 en la Cathédrale de Gap

« Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil. »

De la Pandémie, nous tirons cette joie de vivre pour la première fois la vigile pascale dès le lever du soleil, avec les sainte Femmes. Nous aurons la messe du jour de Pâques à 10h30 et … sieste cette après-midi ! Le christ est ressuscité, et nous, nous serons fatigué, mais c’est une bonne fatigue. Car nous sommes avec les femmes devant le tombeau vide, c’et la Pâques juive et elles comprennent qu’il s’est passé quelque chose. Elles sont devant le mystère de la Résurrection. 

I. Nous sommes avec les femmes devant le tombeau vide. Mais il semble manquer quelqu’un, la Vierge Marie. Vraiment ? 

Où est-elle ? Saint Ignace au 16ème siècle propose dans ses Exercices Spirituels une méditation sur ce thème : « Jésus ressuscité apparut premièrement à la Vierge Marie. Quoique l’Écriture n’en fasse pas mention, elle nous le donne assez à entendre, en disant qu’il apparut à tant d’autres. » Ignace ajoute :  « L’Ecriture suppose que nous avons l’intelligence, et que nous ne voulons pas mériter le reproche que le Sauveur fit un jour à ses Apôtres: « Êtes-vous encore sans intelligence? » (cf. n. 299 « De la Résurrection de Jésus-Christ, notre Seigneur, et de sa première apparition » ;longue explication dans https://fr.zenit.org/2019/04/21/lapparition-a-notre-dame-au-matin-de-la-resurrection/)

Cette antique tradition chrétienne a trouvé un ardent défenseur dans le pape Jean-Paul II qui l’affirme fortement : Jésus est apparu en premier à sa sainte mère. Pourtant, dans les Évangiles, nous ne trouvons aucun récit de cette apparition. Le 21 mai 1997, Jean-Paul II a expliqué ce silence : 

« – On peut sans doute attribuer ce silence au fait qu’un tel témoignage n’aurait pas été reçu par ceux qui niaient la résurrection du Seigneur. 

– D’autre part, les Évangiles ne rapportent que ce qui est nécessaire pour notre connaissance du salut par le Christ. Mais, il n’est pas pensable que la Vierge, présente dans la première communauté des disciples, ait été exclue du nombre de ceux qui ont rencontré son Fils ressuscité d’entre les morts. Au contraire, il est vraisemblable que la première personne à qui Jésus ressuscité est apparu a été sa mère. Son absence du groupe de femmes qui s’est rendu au tombeau à l’aube peut constituer un indice du fait qu’elle avait déjà rencontré Jésus. Le caractère unique et spécial de sa présence au Calvaire et son union parfaite à son Fils dans ses souffrances suggèrent une participation très particulière au mystère de la résurrection. » Jean-Paul II poursuit : « Image et modèle de l’Église qui attend le Ressuscité et qui le rencontre au cours des apparitions pascales, Marie a dû avoir un contact personnel avec son Fils ressuscité, pour jouir elle aussi de la plénitude de la joie pascale. Présente au pied de la Croix le Vendredi saint et au Cénacle à la Pentecôte, la Vierge a sans doute été un témoin privilégié de la Résurrection du Christ, complétant ainsi sa participation à tous les moments essentiels du mystère pascal. En accueillant le Ressuscité, Marie est signe et anticipation de l’humanité qui espère le rejoindre lors de la résurrection des morts. »

https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/1997/documents/hf_jp-ii_aud_21051997.html

Déjà dans sa lettre du rosaire il précisait : « En contemplant le Ressuscité, le chrétien redécouvre les raisons de sa propre foi, et il revit la joie non seulement de ceux à qui le Christ s’est manifesté – les Apôtres, Marie-Madeleine, les disciples d’Emmaüs –, mais aussi la joie de Marie, qui a dû faire une expérience non moins intense de la vie nouvelle de son Fils glorifié. À cette gloire qui, par l’Ascension, place le Christ à la droite du Père, elle sera elle-même associée par l’Assomption, anticipant, par un privilège très spécial, la destinée réservée à tous les justes par la résurrection de la chair. » (RVM 23)

II. Nous sommes donc avec Marie puis avec les femmes devant le tombeau vide, c’est à dire devant ce mystère de la Résurrection. 

A chaque messe, nous sommes devant ce mystère de la Résurrection

Car la Messe est non seulement le banquet pascal du Christ, son sacrifice, mais aussi le mémorial de sa Résurrection, et il nous laissera sa présence réelle de ressuscité ; nous le détaillerons à la messe du jour.

« La Pâque du Christ comprend aussi, avec sa passion et sa mort, sa résurrection, comme le rappelle l’acclamation du peuple après la consécration: « Nous célébrons ta résurrection ». En effet, le Sacrifice eucharistique rend présent non seulement le mystère de la passion et de la mort du Sauveur, mais aussi le mystère de la résurrection, dans lequel le sacrifice trouve son couronnement.

Les pères de l’Eglise ont vu comme signe liturgique de la Résurrection le geste de l’immixtion, quand le prêtre met une parcelle du corps du Christ dans le sang du Christ.

C’est en tant que vivant et ressuscité que le Christ peut, dans l’Eucharistie, se faire « pain de la vie », « pain vivant ». Saint Ambroise le rappelait aux néophytes, en appliquant à leur vie l’événement de la résurrection: ‘Si le Christ est à toi aujourd’hui, il ressuscite pour toi chaque jour’ ». EDE 14

Et cela change tout pour nous ! « Le Père a envoyé son Fils aux limites de la présence divine, dans le marécage du péché et de la mort, non pas parce qu’il lui plaisait de voir son Fils souffrir, mais parce qu’il voulait que son Fils apporte la lumière dans le plus sombre des lieux. » (Mgr Robert Barron, Eucharistie, Edition Docteur Angélique 2020, page 84)

Alors avec Marie, nous chantons son Magnificat.

Dans l’Eucharistie, l’Église s’unit pleinement au Christ et à son sacrifice, faisant sien l’esprit de Marie. Le pape Jean-Paul II dans son encyclique sur l’eucharistie nous invite à faire de nos vies des magnificat : « Comme le cantique de Marie, l’Eucharistie est avant tout une louange et une action de grâce. Quand Marie s’exclame: « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur », Jésus est présent en son sein. Elle loue le Père « pour » Jésus, mais elle le loue aussi « en » Jésus et « avec » Jésus. Telle est précisément la véritable « attitude eucharistique ». En même temps, Marie fait mémoire des merveilles opérées par Dieu dans l’histoire du salut, selon la promesse faites à nos pères (cf. Lc 1, 55), et elle annonce la merveille qui les dépasse toutes, l’Incarnation rédemptrice. Enfin, dans le Magnificat est présente la tension eschatologique de l’Eucharistie. Chaque fois que le Fils de Dieu se présente à nous dans la « pauvreté » des signes sacramentels, pain et vin, est semé dans le monde le germe de l’histoire nouvelle dans laquelle les puissants sont « renversés de leurs trônes » et les humbles sont « élevés » (cf. Lc 1, 52). Marie chante les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » qui, dans l’Eucharistie, trouvent leur anticipation et en un sens leur « dessein » programmé. Si le Magnificat exprime la spiritualité de Marie, rien ne nous aide à vivre le mystère eucharistique autant que cette spiritualité. L’Eucharistie nous est donnée pour que notre vie, comme celle de Marie, soit tout entière un Magnificat! EDE 58

Amen !