• 22 juin 2011

« Avec Benoîte à la suite de Marie ». Le sanctuaire Notre-Dame du Laus accueillait ce samedi 14 mai
le premier pèlerinage des personnes malades, handicapées ou âgées, initié par la Pastorale de la Santé du diocèse.

 

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 Les pèlerins devant la basilique.
On distingue Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au centre.

  La basilique était trop petite pour
accueillir les nombreux pèlerins.

 

La basilique était trop petite pour accueillir les nombreux pèlerins, venus de loin pour certains, à la
messe présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Des établissements publics de soins ou maison de retraite : La Meije de Briançon, l’Edelweiss de La Saulce,
Augustin Guillaume de Guillestre ou encore Lou Village et les Chanterelles d’Embrun, avaient tout mis en œuvre (matériel, véhicule, personnel) pour accompagner les résidents.

Des associations comme « Chemin d’Espoir » ou « Lourdes Cancer Espérance » étaient venues des Alpes de
Haute-Provence  nous rejoindre.

Après le repas très convivial, la pluie n’a pas empêché le déroulement du pèlerinage. Toutes réunies dans
la salle de restaurant, les personnes ont pu vivre des temps forts de célébration, de prière, de partage et de détente.

Les enfants du groupe de catéchisme du Père Guy Corpataux nous ont offert des moments de la vie de Benoîte
joués sur une scène improvisée. Ils ont été très applaudis.

Le goûter a clôturé cette journée vécue dans la sérénité.

 

Elisabeth Guy  
Déléguée diocésaine de la Pastorale de la Santé  


 

 

 

 

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  De nombreuses personnes à mobilité réduite
ont participé à cette journée.
  Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
saluant plusieurs jeunes

 

 

 

Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Prononcée lors de la messe célébrée à l’occasion du premier pèlerinage
des personnes malades,
handicapées ou âgées
en la basilique du sanctuaire Notre-Dame du Laus,
samedi 14 mai 2011

 


Chers amis,

Aujourd’hui l’Eglise fête saint Matthias.

J’avoue que je me suis demandé dans un premier temps pourquoi on avait gardé les textes de la fête de Saint
Matthias. Pour un pèlerinage tel que le vôtre, il aurait été possible de choisir des lectures plus adaptées à ce que vous pouvez vivre, pour vous qui êtes malades ou âgés, pour vous soignants qui
les accompagnez, pour vous membres de la Pastorale de la Santé.

Saint Matthias… que peut-il avoir à nous dire ?

Et puis, en lisant les lectures, j’ai été touché par leur contenu. Une phrase notamment a pris une
coloration toute particulière en pensant à vous tous. La voici : « On tira au sort, et le sort tomba sur Matthias. »

Le sort tomba sur Matthias.

Il tomba sur Matthias et non pas sur Joseph Barsabbas, surnommé Justus. Pauvre Justus ! Il avait pourtant
suivi le Seigneur. Il avait pourtant été le témoin de sa résurrection. Il remplissait tous les critères de sélection. Et voici qu’il a été écarté par le sort.

Oui, le sort est parfois dur. D’ailleurs la langue hébraïque ne s’y trompe pas. Dans l’Ancien Testament, le
tirage au sort se faisant à l’aide de cailloux, le mot « sort » (gôral) vient d’une racine signifiant « rude », « rugueux ».

Oui, dures, rugueuses, rudes, sont les suites d’un tirage au sort, où l’un est pris, l’autre laissé. Oui,
dure, rugueuse, rude est la loterie de la vie avec ses quelques gagnants et ses nombreux perdants, où l’un naît sans handicap, l’autre avec une maladie génétique, où l’un ne sera jamais malade,
l’autre cumulera les maladies, où l’un sera un jour massacré par un chauffard, l’autre sortira indemne de l’accident, où l’un sort de l’hôpital sur ses pieds, l’autre les pieds devant.

« Et moi, et moi, et moi ?! », crie depuis son tas d’immondices l’enfant des favelas. « Et moi et moi, et
moi ?! », s’époumone en vain le petit Africain dont seule une peau momifiée recouvre les os. « Et moi, et moi, et moi ?! », pleure le jeune Indien qui sait qu’aucune main ne viendra essuyer ses
larmes. « Et moi, et moi, et moi !? », implore l’enfant malgache qui ne demande qu’un peu d’école pour sortir de la misère. « Et moi, et moi, et moi !? », vous êtes vous dit parfois, ou vous
dites-vous encore ! Dans un cri, dans un pleur, dans le silence, par une dépression, par une révolte….

Et moi ?….

Mais à bien y réfléchir, est-ce bien la vie qui est si rude ? Ne serait-ce pas plutôt ce qui fait obstacle
à la vie ? La vie est belle. La vie ne demande qu’à s’épanouir. Ce qui est  rude, c’est ce qui s’oppose à la vie, ce qui la freine, ce qui l’étouffe.

A y bien réfléchir aussi, c’est vrai que j’en prends plein la figure. C’est vrai que je souffre. C’est vrai
que je rame. C’est vrai que je suis meurtri. C’est vrai que trop c’est trop ! Mes années de chômage, mon divorce, la mort de mon enfant, mes infirmités grandissantes, ma dépendance, la solitude…
Mais n’y aurait-il pas une brèche dans le mur qui s’élève jusqu’au ciel ? Dieu qui siège là-haut, comme dit le psaume, n’abaisserait-il pas son regard vers le ciel et vers la terre ? Est-ce bien
le sort qui s’acharne contre nous ?

L’évangile de ce jour nous la présente, cette brèche. En la personne de Jésus. Par un Jésus qui sait très
bien ce qui l’attend comme épreuves. Par un Jésus qui se préoccupe du sort de chacun de nous. Par un Jésus qui nous apprend à ne pas nous raidir contre le sort.

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis. » dit Jésus. Un serviteur, au temps de Jésus on en faisait
ce qu’on voulait. Il était corvéable à merci. Il ignorait ce que voulait faire son maître. Tout ce qu’on lui demandait, c’était d’obéir, même sans rien comprendre. On pouvait agir avec lui de
manière arbitraire.

De ces serviteurs, Jésus en a fait des amis. Jésus est venu nous rejoindre dans ce que nous sommes et il
nous accompagne.

Non, nous ne sommes pas tenus à l’impossible ! Non, le Père n’est pas un despote ! Oui, il abaisse 
son regard sur nous ! Oui, nous allons quelque part ! Oui, « il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes ! »  (Ps 112). Oui, Jésus est là à nos côtés pour nous mener
à ce Père de tendresse !

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » confiait Lamartine dans sa Méditation poétique intitulée
L’isolement. Et « nulle part le bonheur ne m’attend », criait-t-il alors, désabusé.

Mais quand j’entends Jésus dire « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis », et quand je l’entends en
plus ajouter « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie », j’aurais plutôt envie de dire : « Un seul être vous accompagne, Jésus, et tout est
transfiguré ! »

Et comment nous accompagne-t-il, Jésus ? Où le trouver ? Dans sa Parole, dans son eucharistie, dans la
communauté qu’il a fondée sur les douze apôtres, dans l’Eglise qui est vraiment pour nous tous et chacun de nous, ici et maintenant, si nous le voulons bien, Jésus continué et
communiqué.

Revenons à la lecture des Actes des apôtres.

Quels sentiments ont bien pu traverser Justus ? S’est-il réjoui pour Matthias ? L’a-t-il envié ? A-t-il été
soulagé ? S’est-il résigné ? A-t-il accepté de bon cœur ? A-t-il claqué la porte au nez des apôtres ? A-t-il quitté la communauté sur la pointe des pieds ? Est-il resté ?

Et la communauté des apôtres, elle qui avait été si proche de ce Joseph Barsabbas jusqu’à ce jour au point
de lui avoir donné ce surnom de Justus, cette communauté l’a-t-elle entouré ?

Pour ma part, j’ose espérer que le compagnonnage de Justus avec le Ressuscité a été plus fort que sa
déception, si déception il y a eu. Et j’ose espérer que les apôtres ont tout fait pour que Justus trouve sa place dans la communauté malgré le résultat du tirage au sort.

Chers frères et sœurs.

Inégaux devant le sort, nous le sommes tous. Inégaux face à la maladie aussi. Mais quel que soit notre
état, rien ne nous empêche de rivaliser d’amour et d’entraide les uns pour les autres.

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis. Tout ce que j’ai appris de mon Père je vous l’ai fait
connaître. »

« Aimez-vous les uns les autres. »

+ Jean-Michel di FALCO LEANDRI  
Evêque de GAP et d’EMBRUN  

 

 

Cet article a 1 commentaire

  1. Merci, Monseigneur, pour cette belle homélie.

    Que Dieu vous protège !

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