Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé, dimanche 19 mars 2017, la messe marquant l’inauguration de la restauration intérieure de la basilique. “La première fois que je me suis rendu dans la basilique, je l’ai trouvée triste, sombre”, a-t-il confié dans son homélie. Elle est désormais plus lumineuse, plus provençale dans ses tonalités.

Cette célébration a été marquée par la présence du groupe “Les cordes et voix magiques d’Ukraine” qui a par ailleurs donné un concert dans l’après-midi.

Ci-dessous des vidéos et le texte de l’homélie.

Homélie

Chers amis,

Nous voici rassemblés ce matin pour fêter la restauration de cette basilique. En ce temps de carême, puissent nos cœurs, nos vies, être eux aussi restaurés pour accueillir dans la joie la lumière du Christ ressuscité.

Vous le savez, c’est aujourd’hui la Saint-Joseph qui, vous le savez, est apparu à Benoîte, mais la célébration est reportée au 20 mars. C’est aussi en la Saint-Joseph qu’a été célébrée la messe d’inauguration du pontificat du Pape François. Une belle occasion de prier pour le Saint Père, mais aussi pour tous ceux qui le critiquent et le calomnient afin que le Seigneur les rende plus humbles.

Mais maintenant un petit rappel historique à propos de la basilique.

En 1640 commence l’histoire sainte de ce lieu. Des habitants construisent une petite chapelle, qu’ils appellent « Bon Rencontre ». Dans cette chapelle le curé pourra baptiser les enfants au plus près du jour de leur naissance, car, vous le savez, à  l’époque 7 bébés sur 10 n’atteignent pas l’âge de 3 mois.

Le 30 septembre 1664, après 4 mois d’apparitions de la Belle Dame au Vallon des fours et l’apparition de la veille à Pindreau, Benoîte arrive ici même, comme la Vierge le lui a demandé, guidée par de bonnes odeurs. Il n’y a ici qu’un champ et la petite chapelle de Bon Rencontre, où la Mère de Dieu viendra visiter Benoîte pendant 54 ans.

La chapelle est au même endroit qu’au temps de Benoîte. Elle a changé d’aspect, avec cette décoration du milieu du XIXe siècle. On ne retrouve plus l’atmosphère de la petite chapelle de montagne, mais elle occupe toujours le même emplacement.

La Vierge avait dit à Benoîte : « Je veux qu’on construise ici une église où beaucoup de pécheurs viendront se convertir ». Elle précise même la taille qu’elle souhaite pour cette nouvelle église. Dès 1666, des travaux commencent pour entourer la chapelle de Bon Rencontre d’un édifice plus grand. Les pèlerins qui montent au Laus apportent chacun une pierre, et rapidement l’édifice est construit, tandis que Benoîte veille à la bonne conduite des travaux.

C’est ainsi que depuis 350 ans, l’église du Laus, devenue basilique en 1892, a été peinte et repeinte, décorée, agencée selon les besoins et les goûts propres à chaque époque. Mais toujours pour tenter d’en faire l’écrin qui mettrait en valeur le message de la Vierge Marie à Benoîte, afin que les fidèles qui se rendent dans ce lieu puissent y puiser, comme la Samaritaine dans son puits, mais surtout puiser dans les paroles du Christ, de quoi nourrir leur vie spirituelle et même leur vie tout simplement.

Alors la restauration dont nous fêtons aujourd’hui l’inauguration s’inscrit dans cette longue histoire. Je dois avouer que la première fois où je me suis rendu dans la basilique, je l’ai trouvée triste, sombre. Le message lumineux du sanctuaire était bien mal exprimé par un éclairage défaillant. C’est pourquoi je me suis réjoui lorsque l’année dernière le Père Recteur m’a présenté un projet de changement d’éclairage, pour améliorer la visibilité des lieux et respecter davantage l’environnement par un système consommant moins d’énergie.

C’est alors que j’ai pensé que cela ne serait pas suffisant et qu’il fallait saisir cette occasion pour restaurer l’ensemble de l’intérieur de la basilique. J’ai alors décidé de faire repeindre la basilique, de changer les bancs, d’encadrer les tableaux relatant les grands moments de la vie de Benoîte et d’exécuter d’autres petites améliorations visibles ou plus cachées. Pour cela, je n’étais pas seul, bien sûr, mais aidé par de nombreux conseillers.

Ainsi, éclairage et peintures invitent désormais à s’ouvrir à la lumière venue d’En-Haut. La mise en valeur de la chapelle de Bon Rencontre par un éclairage ravivé rappelle que Benoîte voyait toujours la Belle Dame – je cite les Manuscrits du Laus – « de la même façon : de ses habits et de son visage sortent tant de lumière qu’elle n’en a jamais pu bien remarquer les traits. » (CA P. p. 385 [431])

La luminosité de l’ensemble de l’édifice rappelle aussi la mission de Benoîte : éclairer le regard des pèlerins sur eux-mêmes pour qu’ils reconnaissent leurs péchés et se tournent vers un prêtre pour demander le pardon de Dieu afin d’avancer sur le chemin d’une vie plus lumineuse.

Autour de Bon Rencontre, des anges ont trouvé ou retrouvé une place de choix dans le chœur de la basilique. Ils rappellent la place particulière qu’ils ont eue dans la vie de Benoîte en l’aidant à se tourner vers le mystère de l’Eucharistie. De même aujourd’hui, ils orientent nos yeux et nos cœurs vers la Table eucharistique.

Les saints qui ornaient jusqu’alors le déambulatoire ont été placés dans le sas d’entrée de la chapelle des anges, comme un prolongement de l’année de la miséricorde. Cette année sainte nous avait fait franchir une porte pour entrer davantage dans la miséricorde du Père. Désormais, des saints de la miséricorde nous accueillent à l’entrée de la chapelle des anges, pour une même démarche.

Mais revenons dans la basilique : vous êtes désormais assis sur de nouveaux bancs plus lumineux eux aussi et plus ergonomiques. Encore un signe de miséricorde offrant des conditions plus confortable pour une prière plus fervente !

Sur les murs de la basilique, les tableaux maintenant encadrés et munis désormais d’une légende permettent aux pèlerins et aux visiteurs de saisir plus précisément le déroulement des événements du Laus.

Tous ces aménagements – et d’autres détails – ont été en grande partie financés par les revenus des disques « Les Prêtres ». Les pères Jean-Michel Bardet, Charles Troesch, Monsieur Joseph N’Guyen et moi-même sommes heureux d’avoir pu ainsi exprimer notre reconnaissance à la Sainte Vierge qui a été à nos côtés tout au long de cette aventure. Au cours de nos déplacements en France et dans le monde nous n’avons jamais manqué de parler de Notre-Dame du Laus et du message de Marie à Benoîte. C’est ce que rappelle la plaque gravée ici et que vous pourrez voir tout à l’heure à la fin de la messe si vous le souhaitez.

C’est aussi grâce à la générosité des pèlerins qu’ont pu être financés l’éclairage et d’autres travaux. Merci à ceux qui ont fait ces dons ou qui comptent en faire prochainement !

Merci également aux chapelains, à la communauté des bénédictines de Montmartre, au personnel des services techniques du sanctuaire. Merci aux entreprises qui ont exécuté leur travail dans un climat de respect des lieux. Merci aux bénévoles et aux gestionnaires du projet : comme toujours dans l’histoire du Laus, chacun a apporté sa pierre.

La plaque apposée sur ce pilier fait mémoire de la célébration que nous vivons ensemble ce matin. Mais surtout, que restent gravées dans nos cœurs les merveilles que le Seigneur ne cesse d’accomplir ici, par la Vierge du Laus et notre chère Benoîte, dont nous fêterons l’année prochaine les 300 ans de la naissance au Ciel.

Accueillons comme un signe de Dieu, qu’en ce jour où nous fêtons la restauration de la basilique du « refuge des pécheurs » ce soit l’évangile de la Samaritaine, pécheresse s’il en est, qui est offert par l’Église à notre méditation.  Cette pécheresse que l’amour et les paroles du Christ vont bouleverser. Pourtant tout les sépare, c’est une femme, de religion différente, voire hostile, et sa vie dissolue.

Tout le monde la connaît cette femme, ou croit la connaître, car que savons-nous de ce qui se passe dans le cœur de ceux que nous jugeons parfois bien hâtivement. On lui fait en tout cas la réputation de « mangeuse d’hommes ». À Marseille ça s’appelle une cagole. Il y a d’autres noms que je n’emploierai pas. Et c’est pourtant la situation de cette femme. Elle en a déjà usé au moins cinq. Elle doit en être au sixième…

Allant puiser de l’eau, voilà qu’elle tombe sur un étranger, qui lui dit « tout ce qu’elle a fait ». Un peu d’ailleurs comme il arrivait à Benoîte de la faire pour certains de ses interlocuteurs !

Après ces révélations, pour la Samaritaine, aucun doute, cet étranger ne peut être que le Messie et elle s’en va le raconter à tout le monde.

Ce que j’aime retenir de cette rencontre entre la Samaritaine et le Christ c’est que l’annonce de la présence du Messie est confiée à une pécheresse, à une femme que tout le monde regarde avec mépris, comme une prostituée, une moins que rien, seul le Christ l’a regardée avec amour et lui a tendu la main. Cet amour qui sauve et remet debout le plus désespéré des pêcheurs. Benoîte aussi avait ce don.

Alors regardons autour de nous. Parfois une samaritaine, une voisine ou un voisin qui a peut-être mauvaise réputation vient au-devant de nous pour nous partager quelque chose de Dieu. Ne nous en détournons pas trop vite, ouvrons lui notre cœur et écoutons, en nous laissant pétrir par cette phrase de saint Augustin : « Tout est grâce, même le péché. »

 

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 1 commentaire

  1. croassant

    Comme j’aurais aimé être des vôtres pour la bénédiction de la rénovation de la basilique Notre Dame du Laus!. Par la pensée et en communion de prières, j’étais présente avec vous tous.
    Merci, Monseigneur, votre homélie, comme Saint Joseph, mon Saint patron, plus juste que les justes!. La Samaritaine trouvait sa place en ce jour, ce lieu, ” Refuge des pécheurs”
    Vivement que j’aille admirer cette basilique lumineuse, des bancs ergonomiques, je resterai scotchée toute la journée pour prier et recevoir la lumière de la Sainte Vierge Marie et de Dieu.
    ” Je suis la Lumière du monde! “.

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