“La Bible pas à pas” n° 57

Le Cantique des cantiques : un discours franc et heureux de l’amour partagé. Cinquante-septième numéro de la série « La Bible pas à pas », par le père Jean-Marie Dezon, prêtre du diocèse de Gap et d’Embrun. Une production du studio “Agapé” du diocèse.

Le Cantique des cantiques est avant tout un poème d’amour, et parmi les plus beaux de la littérature universelle. À la vérité, c’est un cycle de petits poèmes, la plupart des commentateurs s’accordant pour en dénombrer cinq. Huit chapitres, cinq petits poèmes, de même inspiration mais distincts, sur un même thème. Il faudra d’emblée reconnaître que la singularité du Cantique, outre sa valeur esthétique, est bien d’être un chant d’amour profane au sein de la Bible, affirmant la légitimité et l’importance théologique de l’amour en tant que désir de l’autre et puissance de vie. Le Cantique des cantiques est le vêtement donné par l’Écriture à un message profond et divin.

Notons également tous les renvois du Cantique à la tradition sapientielle. Tout d’abord la mention du nom de Salomon suggère que le texte a été rattaché de bonne heure à la sphère sapientielle, à laquelle appartiennent par ailleurs les livres des Proverbes et celui de l’Ecclésiaste ; on remarque aussi que, tandis que les textes prophétiques sont remplis de l’expérience de l’infidélité du peuple, le Cantique des cantiques lui, baigne dans un climat d’amour sans défaillance.

La Bible, elle qui observe ses proches voisins sexualisant le divin et sacralisant l’éros, s’en tient au discours franc et heureux de l’amour partagé. Non sans une certaine intention pédagogique, remarquent quelques exégètes, qui lisent dans la manière dont le Cantique s’exprime une « purification énergique de l’amour » : le Cantique évoque un amour unique et exclusif, dans une société où se pratiquait la polygamie ; il déclare un amour fort comme la mort, là où la répudiation était une solution commune ; il montre une égalité pleine, là où les rôles masculins et féminins étaient conçus dissymétriques ; il délie l’amour d’un naturalisme sans pudeur, sans grâce, et finalement sans humanité.

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Sur mon lit, au long de la nuit, je cherche celui que j’aime. Je le cherche mais ne le rencontre pas. Il faut que je me lève et que je fasse le tour de la ville […]. Je le saisis et ne le lâcherai pas que je ne l’aie fait entrer chez ma mère, dans la chambre de celle qui m’a conçue. (Ctq 3,1-4)