You are currently viewing C’est bien un sacrifice dont il s’agit – Homélie Vendredi Saint 2 avril 2021

Office de la Passion à 17h30 en la Cathédrale de Gap 

Jésus sur son chemin de Croix a accompli la prophétie du serviteur souffrant d’Isaïe, un homme qui souffre pour les péchés des autres. « Il était si défiguré… En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. » C’est ainsi qu’il obtient notre salut : « Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. » Le salut est annoncé « S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours… Par suite de ses tourments, il verra la lumière. » Ce vendredi Saint n’aura pas le dernier mot, nous allons vers la lumière de Pâques, qui sera célébrée au petit matin à 6h30 dans cette cathédrale pour cause de covid.

Cette espérance, on la retrouve même dans le long récit de la passion. Ainsi dans le jardin de Gethsémanie, Jésus s’avance vers ceux qui viennent l’arrêter : « Qui cherchez-vous? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Quand Jésus leur dit : « C’est moi, je le suis. », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Ainsi dès le début de la passion, c’est un signe que la mort ne va pas triompher.

I. Mais pourtant c’est bien un sacrifice dont il s’agit.

Jésus offre sa vie résolument en sacrifice. Hier jeudi saint, nous avons approfondi l’Eucharistie comme Banquet pascal, ce soir comme sacrifice et dimanche à l’aurore comme résurrection et à la messe du jour comme présence réelle.

Rappelons d’abord que le sacrifice est un rite universel, qui rend visible un sentiment intérieur.

L’homme religieux veut manifester à Dieu qu’il n’est maître de rien, en offrant à Dieu les prémices, c’est-à-dire la partie la plus sainte et représentant toute la récolte ou tout le troupeau. Tout don a deux aspects, désapropriation de ce qu’on donne et l’appropriation à celui à qui on le donne. Or Dieu est invisible, d’où l’immolation de l’offrande, pour signifier ce double aspect, – je ne peux reprendre mon don -, d’autant que le sang représente la vie et appartient à Dieu.

Jésus inscrit toute sa vie et sa passion dans un acte de sacrifice.

Dès sa naissance, la mangeoire où il a été déposé est souvent représentée dans les icônes par un autel. Puis à son baptême, Jean-Baptiste le mentionne en disant de son cousin : « Voici l’Agneau de Dieu » Jésus prend à sa passion le rôle des agneaux sacrificiels offerts dans le temple, mais avec une dimension encore plus universelle : « En mourant sur un instrument de torture romain, Jésus laissait toute la force de la haine et du dysfonctionnement de ce monde se répandre sur lui, se déverser sur lui. » (Mgr Robert Barron, Eucharistie, Edition Docteur Angélique 2020, page 83) Jésus s’est offert lui-même dans un véritable sacrifice extérieur (immolation sanglante) et intérieur (oblation), qui a été agrée par Dieu et qui peut se résumer dans son effusion de sang. Le pape Léon le Grand dira au 4ème siècle : « Il n’y a pas d’autre raison pour laquelle le fils de Dieu est devenu chair que le fait d’être fixé sur la croix. »

Si c’est un sacrifice sanglant, c’est aussi un sacrifice de louange : « Jésus rendit grâces » (1Co 11). C’est le sens du mot eucharistie. « Sa vie sur terre est une continuelle hymne d’action de grâces du Fils envers le Père qu’il aime. Chaque fois que nous assistons à la messe, nous participons à cette action de grâces que Jésus rend au Père – à sa gratitude et à son émerveillement devant la bonté du Père, pour sa création, pour le don de la vie et pour nous-mêmes. Il se peut que nous ne soyons pas toujours d’humeur à rendre grâce, abattus sous le poids de nos fardeaux et de nos luttes, et pourtant, l’action de grâces peut repousser tout ce négatif de nos vies : nous pouvons « être en repos » dans le cœur de l’Eglise et nous rappeler que Jésus a offert sa vie pour nous. Il continue de remercier le Père pour nous, et il aspire à partager nos vies, notre quotidien. » (Nigel Woollen, Aimer à l’école du Rosaire, Éditions de l’Emmanuel, 2020 – pages 91s)

Marie fait sienne cette dimension de sacrifice de son fils, durant toute sa vie au côté du Christ et non seulement au Calvaire.

Ainsi, « quand elle porta l’enfant Jésus au temple de Jérusalem « pour le présenter au Seigneur » (Lc 2, 22), elle entendit le vieillard Syméon lui annoncer que cet Enfant serait un « signe de division » et qu’une « épée » devait aussi transpercer le cœur de sa mère (cf. Lc 2, 34-35). Le drame de son Fils crucifié était ainsi annoncé à l’avance, et d’une certaine manière était préfiguré le « stabat Mater » de la Vierge au pied de la Croix. » EDE 56

II. Ce « sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice ».CEC 1367

« Quand on célèbre l’Eucharistie près de la tombe de Jésus, à Jérusalem, on revient d’une manière quasi tangible à son «heure», l’heure de la Croix et de la glorification. Tout prêtre qui célèbre la Messe revient en esprit, en même temps que la communauté chrétienne qui y participe, à ce lieu et à cette heure. » EDE 4 « L’Eucharistie (n’est pas seulement) l’évocation, mais (elle est) la re-présentation sacramentelle. C’est le sacrifice de la Croix qui se perpétue au long des siècles. » EDE 11

Pourquoi ?

Ce sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus Christ ne l’a accompli et n’est retourné vers le Père qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y avions été présents. Tout fidèle peut ainsi y prendre part et en goûter les fruits d’une manière inépuisable. EDE 11

Comment ?

En l’instituant, Jésus ne se contenta pas de dire « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang », mais il ajouta « livré pour vous » et « répandu pour la multitude » (Lc 22, 19-20). Il n’affirma pas seulement que ce qu’il leur donnait à manger et à boire était son corps et son sang, mais il en exprima aussi la valeur sacrificielle, rendant présent de manière sacramentelle son sacrifice qui s’accomplirait sur la Croix quelques heures plus tard pour le salut de tous. EDE 12

Par le prêtre, c’est toujours le Christ qui s’offre.

Le signe liturgique signifiant le sacrifice est la division de l’acte consécratoire entre le pain et le vin : nous sommes rendus présents à la séparation du corps livré et du sang versé pour nous.

Conséquences ?

De cette façon, l’Eucharistie étend aux hommes d’aujourd’hui la réconciliation obtenue une fois pour toutes par le Christ pour l’humanité de tous les temps. EDE 11

Si nous sommes au pied de la Croix, alors nous sommes auprès de Marie.

Jean 19, 25-27 « Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. »

« Ce que le Christ a accompli envers sa Mère, il l’accomplit aussi en notre faveur. Il lui a en effet confié le disciple bien-aimé et, en ce disciple, il lui confie également chacun de nous: « Voici ton fils! ». De même, il dit aussi à chacun de nous: « Voici ta mère! » (cf. Jn 19, 26-27). Vivre dans l’Eucharistie le mémorial de la mort du Christ suppose aussi de recevoir continuellement ce don. Cela signifie prendre chez nous – à l’exemple de Jean – celle qui chaque fois nous est donnée comme Mère. Cela signifie en même temps nous engager à nous conformer au Christ, en nous mettant à l’école de sa Mère et en nous laissant accompagner par elle. Marie est présente, avec l’Église et comme Mère de l’Église, en chacune de nos Célébrations eucharistiques. EDE 57

Comme Marie, douloureuse mais debout, la Stabat Mater, restons au pied de la Croix en silence. Amen.