Ce matin aussi à la Collégiale de Briançon, Jésus vous fait une promesse et vous envoie en mission – homélie Ascension 13 mai 2021 – Confirmations

10h30 Collégiale de Briançon avec les CONFIRMATIONS, dans le cadre de la visite pastorale

Comment la parole de Dieu de ce jour décrit l’Ascension ? « Il fut enlevé au ciel » selon l’auteur des Actes des apôtres qui est st Luc, et selon st Marc dans l’évangile. « Tandis que les Apôtres le regardaient, poursuivent les Actes, il s’éleva,

et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. » Les apôtres ont un peu assisté au décollage de Jésus, comme j’ai regardé sur internet le décollage de Space X, la fusée américaine qui a enlevé au Ciel récemment un spationaute français !

Par cette sorte de mise en scène, qu’est-ce que Jésus, a voulu signifier à ses apôtres ? D’abord remarquons la date de son Ascension : 40 jours après Pâques. Depuis 40 jours, Jésus ressuscité apparaît à ses apôtres. 40 jours, cela rappelle les 40 jours de Jésus au désert dans le récit des tentations de Jésus qui marquèrent le passage de sa vie « cachée » à Nazareth à sa vie publique sur les routes de Palestine avec ses 12 apôtres. Ici, ce chiffre 40 symbolise le passage inverse : du temps des rencontres de Jésus ressuscité avec ses disciples, à un temps de présence plus cachée. 

Jésus a voulu faire comprendre à ses disciples qu’il ne marchera plus physiquement à leur côté, mais qu’ils devront découvrir sa présence plus discrète de Ressuscité.

Auparavant, il avait terminé leur formation de disciples avec une promesse et un envoi :

1/ Une promesse, la venue de l’Esprit Saint : « vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ce baptême dans l’Esprit, ce sera la Pentecôte, 10 jours après. Comme dit Saint Jean-Paul II à propos de la Confirmation : c’est comme votre Pentecôte personnelle.  « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous » disent les Actes des Apôtres. L’ES c’est une force ! Et les apôtres en avaient bien besoin, pour répondre à l’envoi de Jésus.

2/ Car cet envoi, c’est d’allez dans le monde entier ! « Proclamez l’Evangile à toutes les nations. » dit Marc ; « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » note Luc dans les Actes des Apôtres.  Il faut s’imaginer le bouleversement que cela apporte aux apôtres : le Messie attendu par le peuple hébreu n’est pas seulement pour Israël, mais pour la terre entière. Et ce sera l’immense surprise de voir que des païens se convertiront et reconnaîtront Jésus comme leur Sauveur. Notons aussi la fécondité incroyable de la persécution des premiers chrétiens, qui en les dispersant pour éviter la mort, leur permettra de fonder des nouvelles églises partout autour de la mer Méditerranée. Pour aboutir à ce que même que des enfants de Briançon, bien loin de Jérusalem, connaissent Jésus un jour ! On est estomaqué de connaître Jésus ! C’est incroyable. Peut-être qu’on s’habitue à être chrétien, mais c’est inouïe comment la foi en Jésus vivant, Jésus ressuscité, est parvenue jusque chacun de nous. Comment ne pas en rendre grâce ?

Chers jeunes confirmands, ce matin aussi à la Collégiale de Briançon, Jésus vous fait une promesse et vous envoie en mission.

1/ La promesse de la venue de l’Esprit, c’est finalement de ne pas vous laisser seul. Il vous envoie son Esprit. Un chrétien n’est jamais seul, il peut toujours invoquer l’ES, qui vient tout de suite. Quand j’ai écrit cette homélie, j’ai auparavant invoqué l’Esprit : Viens Esprit Saint, qu’est-ce que tu veux que je dise à ces jeunes de Briançon que je vais confirmer. Et bien  j’ai compris que je devais vous transmettre ces deux cadeaux de la part de Jésus. D’abord cette certitude que vous ne serez plus jamais seuls. Que Jésus sera toujours à vos côtés, par son ES. Et second cadeau, que Jésus compte sur vous pour continuer sa mission de sauveur. 

2/ Car ce matin c’est aussi un envoi en mission que Jésus fait pour vous. Comme dit le Pape François, avec l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus en vous, vous êtes des disciples missionnaires. Pas seulement des disciples, mais des disciples missionnaires, qui partagent leur joie de croire en Dieu autour d’eux. Vous savez il y a quelque dizaines d’années, presque toutes les familles dans la région étaient chrétiennes. Alors si d’un côté on s’est peut-être un peu endormi, c’est surtout qu’on a pensé qu’on pouvait se passer de Dieu. La technique allait tout résoudre, la richesse qui avait été apportée par le tourisme permettait de s’appuyer sur ses propres forces. On n’avait plus besoin de Dieu. Alors travaillant le dimanche, les gens se sont arrêtés d’aller à la messe, d’autant que Dieu ne les en a pas punis, il n’est pas comme cela. Mais la question de fond n’est pas est-ce que j’ai besoin ou pas de Dieu ! La question est : est-ce que j’aime Dieu ou pas ? Est-ce que je veux aller au Ciel, connaître le bonheur du paradis ou est-ce que je me contente d’une vie médiocre sur cette terre ? Est-ce que je transmet cet amour de Dieu autour de moi, par mon attitude et par mes paroles ? Il semble que la Foi en Jésus se soit évanouie dans nos vallées, comme la rosée matinale s’évapore. Mais patatras, en mars 2020, toutes nos certitudes scientistes et techniques sont tombées par terre. Notre individualisme, « moi je n’ai besoin ni de Dieu ni des autres, ma richesse me suffit », ont été battues en brèche. Bien sûr la crise sanitaire actuelle, si elle ne doit pas nous faire oublier les nombreuses et variées crises sociales, économiques, environnementales, et les guerres qui affectent le monde et qui expliquent en partie le drame des réfugiés qui viennent par nos montagnes, cette crise sanitaire est terrible chez nous au niveau économique, social, de santé physique ou psychique, malgré les aides considérables de l’Etat. Le sanctuaire du Laus reçoit des compensations de l’Etat pendant sa fermeture, ce qui lui a permis sa survie économique, mais n’a pas supprimé la souffrance du personnel cloîtré à la maison pendant des mois. Je sais que dans le Briançonnais, beaucoup d’habitant ont vécu ces souffrances.

Pour autant, le pape François, dans un livre de relecture de la Crise sanitaire actuelle, intitulé « Un temps pour changer », nous dit avec réalisme : « de cette crise, nous pouvons sortir meilleur ou pire. Nous pouvons régresser, ou bien nous pouvons créer quelque chose de nouveau… » Il analyse la grande erreur contemporaine : « Aujourd’hui, ce qui est révélé, c’est l’erreur de faire de l’individualisme le principe d’organisation de la Société… (Alors que) nous sommes responsables les uns des autres, et envers le monde. » Prenons l’exemple du vaccin, même si je râle parce que je n’ai pas pu prendre de rendez-vous personnellement avant fin mai pour une première injection, je sais aussi que si les pays riches prennent toutes les doses produites dans le monde, y compris en Inde, et bien l’épidémie reviendra, par l’Inde et par d’autres pays, et ce sera la 4ème vague.

Voilà chers jeunes ce que nous apprenons de cette pandémie : nous avons besoin les uns des autres, et nous avons besoin de l’amour de Dieu pour le répandre autour de nous, sinon risquons d’être égoïstes. Nous ne sommes pas autosuffisant. Mon bonheur n’est pas total tant qu’il existe un pauvre sur la terre.

Alors chers jeunes, le monde dans lequel Jésus vous envoie en mission, ne sera plus tout à fait le même que celui que vous avez connu il y a deux ans. Il faut en prendre conscience, faire le deuil de vouloir reprendre exactement la vie d’avant, et décider ensemble que nous voulons une vie plus humaine, c’est à dire plus solidaire, plus respectueuse de la création, plus lente, plus adorante, plus contemplative de Dieu. Le pape poursuit dans son livre : « je vois un débordement de miséricorde se déverser parmi nous… L’idée que nous pourrions sortir meilleur de cette crise me remplit d’espérance. »

Oui chers amis, Dieu est à l’oeuvre actuellement dans cette crise. Dieu ne nous abandonne pas. Il nous demande d’être ses mains, sa bouche auprès de ceux que nous croisons. Et alors comme pour les apôtres après l’Ascension, qui « s’en allèrent proclamer partout l’Évangile, le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »

Nous ne sommes pas seuls, Jésus ressuscité est bien  présent, l’Esprit Saint nous inspire des paroles et des actes, et nous nous confions à la prière des saints, comme St Pancrace, et particulièrement de la Vierge Marie. J’ai voulu une année mariale diocésaine pour vivre cette pandémie avec Marie, comme les apôtres. Depuis le début de la vie publique de son Fils et même après l’Ascension, Marie n’a plus quitté les apôtres. Alors Marie est encore avec les apôtres de son fils Jésus. Elle veille sur chacun d’entre vous. Invoquons là avec confiance. Marie est la première à avoir reçu le Saint-Esprit, comme lui avait annoncé l’ange Gabriel : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très haut te prendre sous son ombre » (Lc 1, 35). Comme le dit notre phrase de l’année mariale, ‘Prenez Marie chez vous’, accueillons Marie chez nous, qu’elle intercède pour que nous recevions l’ES.

Je termine avec une belle prière à l’Esprit Saint, écrite par le Cardinal Verdier, archevêque de Paris, mort en 1940, un homme très courageux.

O Esprit Saint, amour du Père et du Fils

Inspirez-moi toujours ce que je dois penser,

Ce que je dois dire, comment je dois le dire,

Ce que dois écrire, comment je dois agir,

Ce que je dois faire pour procurer votre gloire,

Le bien des âmes et  ma propre sanctification.

O Jésus toute ma confiance est en vous. Amen !

Cardinal Verdier