En ce mercredi 14 février 2018, l’Église est entrée dans le temps du carême. Dans son homélie en la cathédrale de Gap pour la messe des cendres, Mgr Xavier Malle a longuement cité le message du pape François pour ce Carême 2018.

Ci-dessous des photos et l’homélie (son et texte).

Homélie

Nous entamons aujourd’hui les saints quarante jours du Carême, imitant le peuple hébreux se préparant quarante ans au désert avant d’entrer en terre promise, et le jeûne de Jésus pendant quarante jours au désert, tenté par l’ennemi.

« Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour ». Revenez ! Le Carême, frères et sœurs, c’est un petit goût de reviens-y ! Reviens au Seigneur ton Dieu. Tu t’en es peut-être éloigné ? Le Carême est un cadeau de Dieu. Le pape François au début de sa lettre pour ce Carême 2018 parle d’un « temps de grâce dans la joie et en vérité ». Il nous donne une phrase à méditer pour ces quarante jours, qui a contrario nous en offre l’objectif ; c’est une expression de Jésus dans l’Évangile de Matthieu : « À cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira » (24, 12). Jésus, dans ce chapitre « annonce une grande tribulation et… face à des événements douloureux, certains faux prophètes tromperont beaucoup de personnes, presqu’au point d’éteindre dans les cœurs la charité qui est le centre de tout l’Évangile. » On pourrait dire que le feu devient cendres. Et que le Carême est un moyen de souffler sur les cendres pour les faire rougeoyer. Les cendres sont le signe de cet amour éteint, mais aussi le signe de ce que nous serons, comme le dit l’une des deux formules pour l’imposition des cendres que nous allons recevoir : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Cela paraît inutile de nous le rappeler, tant nos douleurs physiques nous le rappellent. Et pourtant aujourd’hui plus qu’hier, il faut nous rappeler que nous sommes mortels, que nous ne sommes pas Dieu, que nous ne sommes pas immortels. Car tout un nouveau courant de pensée venu des USA veut nous faire croire l’inverse, le courant transhumaniste. J’ajoute à la liste papale des faux prophètes modernes les transhumanistes. Ils nous trompent en voulant repousser toujours plus loin la maladie, le vieillissement et la mort. Ils espèrent vivre jusqu’à 1 000 ans. Des chercheurs mettent leur science au service d’un rêve vieux comme le monde : faire de l’homme un être immortel. Les plus grandes entreprises mondiales dépensent des milliards pour cette folie. Le pire est qu’ils en connaissent la conséquence : la terre finira par être surpeuplée si personne ne meurt. Donc pour que les riches et les puissants deviennent immortels par des changements génétiques et le mixage homme et technologie, il va falloir faire de la place. Et grand hasard, depuis quelques années, et encore cette année en France, c’est une offensive généralisée contre la vie à ses deux bouts : l’enfant à naître et le vieillard malade.

Actuellement en France se tient la révision des lois bioéthiques. Ne nous faisons pas d’illusion, la consultation semble une façade et la loi paraît écrite d’avance. Tout s’accélère même puisqu’on parle de réviser la loi Léonetti sur la fin de vie, votée il y a seulement deux ans. Ce que la majorité précédente n’avait pas réussi à faire passer comme réforme sociétale, grâce à une mobilisation sans précédent, comme le suicide assisté, la GPA (c’est-à-dire les mères porteuses, nouvel esclavage des temps modernes), la PMA (aide médicale à la procréation étendue aux célibataires ou aux couples homosexuels, créant ainsi volontairement des enfants sans pères), la majorité actuelle semble vouloir y arriver.

Pourtant nous devons ramer à contre-courant et y participer. Un proverbe africain dit : « Quand tu nages dans le sens du courant, cela fait rigoler les crocodiles, ils n’ont qu’à ouvrir leur bouche ». Eh bien, frères et sœurs, nageons à contre-courant, faisons entendre notre voix. Sur le diocèse, nous constituons un groupe de travail en bioéthique, pour pouvoir porter la voix des chrétiens dans ce monde de faux prophètes. Nous participerons ainsi dès ce mois de février à Marseille à la consultation régionale. De son côté la Conférence des évêques de France a mis en place des groupes de travail avec des évêques et des spécialistes de ces questions. Je vous invite à offrir vos efforts de carême, non seulement pour vous-mêmes afin que le feu de votre charité rougeoie et que la Cendre deviennent vive flamme d’amour, mais aussi pour la révision des lois bioéthiques, pour que l’homme tel qu’il a été créé par Dieu ne soit pas abîmé par tous ces faux prophètes.

Demandons-nous, invite le pape, « comment la charité se refroidit-elle en nous ? Ce qui éteint la charité, c’est avant tout l’avidité de l’argent, « la racine de tous les maux » (1Tm 6, 10) ; elle est suivie du refus de Dieu, et donc du refus de trouver en lui notre consolation, préférant notre désolation au réconfort de sa Parole et de ses Sacrements. Tout cela se transforme en violence à l’encontre de ceux qui sont considérés comme une menace à nos propres « certitudes » : l’enfant à naître, la personne âgée malade, l’hôte de passage, l’étranger, mais aussi le prochain qui ne correspond pas à nos attentes. » Il élargit ensuite son propos : « La création, elle aussi, devient un témoin silencieux de ce refroidissement de la charité : la terre est empoisonnée par les déchets jetés par négligence et par intérêt ; les mers, elles aussi polluées, doivent malheureusement engloutir les restes de nombreux naufragés des migrations forcées ; les cieux – qui dans le dessein de Dieu chantent sa gloire – sont sillonnés par des machines qui font pleuvoir des instruments de mort. L’amour se refroidit également dans nos communautés », ajoute le pape. Il en cite des signes : « le pessimisme stérile, la tentation de l’isolement et de l’engagement dans des guerres fratricides sans fin, la mentalité mondaine qui conduit à ne rechercher que les apparences, réduisant ainsi l’ardeur missionnaire. »
Il ajoute : « l’Église, notre mère et notre éducatrice, nous offre pendant ce temps du Carême, avec le remède parfois amer de la vérité, le doux remède de la prière, de l’aumône et du jeûne », dont parle l’évangile. Il actualise ces trois moyens.
– « En consacrant plus de temps à la prière, nous permettons à notre cœur de découvrir les mensonges secrets par lesquels nous nous trompons nous-mêmes, afin de rechercher enfin la consolation en Dieu. Il est notre Père et il veut nous donner la vie. »
– « La pratique de l’aumône libère de l’avidité et aide à découvrir que l’autre est mon frère : ce que je possède n’est jamais seulement mien. Comme je voudrais que l’aumône puisse devenir pour tous un style de vie authentique ! … Comme j’aimerais que dans nos relations quotidiennes aussi, devant tout frère qui nous demande une aide, nous découvrions qu’il y a là un appel de la Providence divine: chaque aumône est une occasion pour collaborer avec la Providence de Dieu envers ses enfants ; s’il se sert de moi aujourd’hui pour venir en aide à un frère, comment demain ne pourvoirait-il pas également à mes nécessités, lui qui ne se laisse pas vaincre en générosité ? »
– « Le jeûne enfin réduit la force de notre violence, il nous désarme et devient une grande occasion de croissance. D’une part, il nous permet d’expérimenter ce qu’éprouvent tous ceux qui manquent même du strict nécessaire et connaissent les affres quotidiennes de la faim ; d’autre part, il représente la condition de notre âme, affamée de bonté et assoiffée de la vie de Dieu. Le jeûne nous réveille, nous rend plus attentifs à Dieu et au prochain, il réveille la volonté d’obéir à Dieu, qui seul rassasie notre faim. » Fin de citation.

Frères et sœurs, le feu de la nuit de Pâques dans quarante-six jours (quarante-six et non quarante, car les dimanches sont hors Carême), sera le symbole du feu de la charité qui aura été renouvelé, chargé de bonnes bûches.

Amen !

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