Le chanoine Paul Guillaume (1842-1914)
abbé Guillaume
© Seha

Il y a exactement cent ans, le 24 octobre 1914, décédait le chanoine Paul Guillaume qui avait dirigé les archives du département durant de nombreuses années. Il avait été un infatigable travailleur au service de l’histoire et de ses acteurs. Pierre-Yves Playoust, lui-même ancien directeur des archives départementales et actuel président de la Société d’Études des Hautes-Alpes, a bien voulu répondre aux questions de Luc-André Biarnais, archiviste du diocèse.

Luc-André Biarnais : Le chanoine Paul Guillaume, archiviste du département des Hautes-Alpes, fondateur de la Société d’Études, rédacteur durant une vingtaine d’années de la revue Annales des Alpes, est décédé en 1914, il était prêtre bien sûr, et le plus érudit de sa génération, que retenir de lui en premier ?

Pierre-Yves Playoust : Les appréciations portées sur Paul Guillaume eu égard à son état sacerdotal sont rares. « Excellent prêtre », « prêtre modèle » peut-on lire dans certains témoignages. Mais c’est l’érudit qui est retenu en premier, qui a laissé la trace la plus marquante à la postérité. Certes, il n’était pas le seul de sa génération à être prêtre et érudit à la fois mais il fut plus érudit que tout autre d’autant que son érudition s’adossait à ses fonctions d’archiviste départemental.
Il eut droit, de son vivant, à la reconnaissance de savants qui ont marqué cette époque.
De deux confrères ecclésiastiques en particulier, le chanoine Ulysse Chevalier et l’abbé Albanès, tous deux correspondants de l’Institut. De membres de l’Institut ou de professeurs à l’École nationale des chartes tels Léopold Delisle, Léon Gautier, Paul Meyer.

LAB : Vous avez été vous-même à la tête des archives départementales des Hautes-Alpes, vous êtes le président de la Société d’Études, de quelle ampleur est son oeuvre scientifique aux yeux de l’époque ?

Deux prêtres du diocèse de retour à Gap après avoir visités l’exposition universelle de Paris en 1889. Extrait d’un poème narratif de 886 vers, écrit par l’abbé Paul Guillaume et illustré par l’auteur, rédigé probablement à l’occasion des cinquante ans d’ordination de l’abbé Frédéric Massot en 1902. À droite sur le dessin l’abbé Frédéric Massot, de treize ans l’aîné de l’abbé Guillaume. À gauche probablement l’abbé Guillaume lui-même, vu le contexte et le récit : on sait que tous deux ont visité l’exposition universelle ensemble. Manuscrit inédit, de 1902, du chanoine Paul Guillaume, intitulé “Signalé ou le billet perdu : récit d’une visite à l’exposition de 1889.”  © Archives du diocèse de Gap et d’Embrun

PYP : De l’oeuvre scientifique de Paul Guillaume, on peut souligner quelques traits essentiels : L’enrichissement des fonds d’archives des Hautes-Alpes en suscitant le dépôt d’archives des communes, de nombreuses études notariales, d’archives de famille.

Le classement et l’inventaire par la publication de 17 volumes d’inventaire portant essentiellement sur les fonds anciens d’archives civiles et ecclésiastiques.
Paul Guillaume faisait partie de cette génération d’archivistes, tels Mireur dans
le Var, Isnard dans les Alpes de Haute-Provence, Blanchard dans les Bouches-du-Rhône, Prud’homme dans l’Isère, qui ont accompli un travail considérable d’inventaire au point que l’analyse des documents qu’il proposait dispensait souvent le chercheur de recourir à l’original. Cette appréciation étant exprimée encore par certains chercheurs de nos jours.

La publication de textes effectuée pour une grande part dans le Bulletin de la Société d’Études, dont il fut le cofondateur en 1881, et dans la revue Annales des Alpes. Paul Guillaume fut un infatigable « découvreur » qui fit connaître ainsi les chartes des monastères de Bertaud et de Durbon, les réponses des communautés du Haut-Dauphiné au questionnaire de la commission intermédiaire des États du Dauphiné (l’équivalent des cahiers de doléances) du printemps 1789. Sans oublier le sauvetage et sa transcription des Mystères briançonnais joués sur le parvis des églises au XVe siècle, considérés comme de véritables trésors du patrimoine écrit.

La sauvegarde du patrimoine traduite dans son activité, dans l’organisation et l’installation du musée départemental, dans la conservation du patrimoine artistique des communes des Hautes-Alpes.

LAB : Quels sont ses principaux champs de recherche, que nous disent-ils de lui et de son époque ?

PYP : Il n’est guère facile de déterminer les principaux champs de recherche de Paul Guillaume tant ses travaux ont touché de multiples thématiques, toutes périodes confondues, du Moyen Âge à la fin de l’Ancien Régime. Au fur et à mesure de ses travaux d’inventaire, il tenait à faire connaître le contenu de certains documents qu’il venait d’inventorier. D’où la quantité impressionnante des transcriptions accompagnées de commentaires qu’il publie dans le Bulletin de la Société d’Études et dans les Annales des Alpes ou dans les publications de la Société des Beaux-Arts à la Sorbonne.

Outre les travaux déjà cités sur les chartes de Durbon et de Bertaud, sur les mystères en langue provençale ou sur la période révolutionnaire, on peut souligner tout l’intérêt qu’il porta entre autres aux origines chrétiennes de Gap et d’Embrun, aux textes en langue vulgaire du Champsaur ou de l’Embrunais.

L’abbé Paul Guillaume représentant l’abbé Frédéric Massot de retour dans la paroisse dont il est le curé, à Ribiers : « Devant mes yeux que vois-je ? Oh ! le pont de Ribiers, / Torrent impétueux, Buech, que volontiers / Je vois ton eau limpide et les petits sentiers / Qui tracés sur tes bords, me sont si familiers ! » Manuscrit inédit, de 1902, du chanoine Paul Guillaume, intitulé “Signalé ou le billet perdu : récit d’une visite à l’exposition de 1889.”  © Archives du diocèse de Gap et d’Embrun

LAB : Tout en étant prêtre, il a été l’archiviste départemental durant la période d’application de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Comment le voyez-vous vivre ce moment ?

PYP : Je n’ai pas connaissance de notations ou d’observations qu’aurait pu formuler l’abbé Guillaume sur la loi de séparation de l’Église et de l’État. Peut-être y en a-t-il dans les nombreux papiers qu’il a légués aux archives départementales des Hautes-Alpes. Mais rien n’est moins sûr. Il est toutefois intéressant à cet égard de citer le préfet des Hautes-Alpes en poste entre 1877 et 1883 qui intervient en faveur de la nomination de Paul Guillaume au poste d’archiviste : « M. Guillaume qui est un enfant du pays s’y fixera définitivement. J’ajouterai que pendant une excursion au cimetière préhistorique de Panacelle, j’ai pu reconnaître qu’il partageait les idées libérales que l’on rencontre fréquemment parmi les membres du clergé italien au milieu duquel il a passé plusieurs années. »

LAB : Que devraient retenir les Haut-Alpins d’aujourd’hui du chanoine Paul Guillaume ?

PYP : Une vie consacrée au sauvetage, à la conservation et à la transmission du patrimoine écrit des Hautes-Alpes, source incontournable de son histoire. Le dévouement à la tâche par un travail acharné. Le désintéressement, la recherche passionnée et exigeante de la vérité, la modestie et l’honnêteté intellectuelle.

Propos recueillis
par Luc-André Biarnais,
archiviste du diocèse

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  1. le chanoine Paul Guillaume a été photographié dans son jardin, au 30 de la rue du Mazel (visible entre les bains de la piscine et le Beausoleil, place de la République)

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