“Le Christ n’est pas notre propriété”, rappelle Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Samedi 17 septembre 2016, les paroissiens du secteur de Chorges et de La Bâtie-Neuve se sont rendus à Gap avec leur curé, le père Charles Troesch, pour passer la porte sainte de la cathédrale.

Ils ont d’abord rencontré Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au Centre diocésain pape François, qui leur a parlé des travaux de réhabilitation du bâtiment, et a répondu à leurs questions sur son prochain départ, les migrants, le groupe “Les Prêtres”, le diocèse, etc.

Puis, après le passage de la porte sainte, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé l’eucharistie en la cathédrale. “Le Christ est pour tous. Il n’est pas notre propriété”, a-t-il dit dans son homélie.

Ci-dessous des photos de cette matinée, ses réponses aux questions posées et l’homélie (en vidéo + le texte) :

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La rencontre

  • À partir de 00:00 : La maison du Saint-Cœur. L’immobilier du diocèse.
  • À partir de 07:50 : L’ancien tour du Saint-Cœur.
  • À partir de 10:00 : Le départ de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et après.
  • À partir de 12:00 : Où l’enterrement futur ?
  • À partir de 13:00 : Le groupe « Les Prêtres », et après ?
  • À partir de 14:00 : Le projet d’une nouvelle église au Laus, que va-t-il devenir ?
  • À partir de 14:30 : À nouveau la question de la succession.
  • À partir de 16:54 : La béatification de Benoîte Rencurel, où en est-elle ?
  • À partir de 17:10 : L’islam en France, le dialogue interreligieux.
  • À partir de 19:30 : L’accueil des migrants en France, dans le département, dans le diocèse.
  • À partir de 26:45 : Autre question au sujet des migrants. Accueil au niveau paroissial.
  • À partir de 29:30 : Situation régulière et irrégulière des migrants.
  • À partir de 32:15 : L’accueil des enfants dans les établissements catholiques.
  • À partir de 32:15 : Vigipirate.
  • À partir de 35:00 : Quoi faire pour les migrants au niveau paroissial ?
  • À partir de 38:00 : Être chrétien.
  • À partir de 38:20 : La venue du pape en France.

Homélie

Vous venez de l’entendre dans l’évangile : « Le Fils de l’homme est venu pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Et demain, vous entendrez quelque chose de semblable, à la messe du dimanche. Dans la deuxième lecture, saint Paul dit que « le Christ Jésus, s’est donné lui-même en rançon pour tous. »

Jésus s’est mis à notre service. Il a été la rançon versée pour notre libération et pour notre rédemption. Il nous a libérés en nous rachetant. Vous remarquerez que ni l’évangile ni saint Paul ne précisent à qui le Christ s’est donné en rançon. Nulle part dans le Nouveau Testament vous ne le verrez indiqué. Car ce n’est pas le plus important. C’est même dangereux de chercher à aller dans cette direction. Imaginez : Jésus se livrant au Père comme si le Père avait besoin d’une rançon pour nous libérer de la mort et de la souffrance. Beaucoup d’écrits ont été réalisés en ce sens, présentant Dieu comme un Dieu sanguinaire qui voulait absolument la mort de son Fils…

Ce que les évangélistes et saint Paul veulent montrer est tout autre. Ils veulent montrer que nous appartenons à Dieu. Avant, à qui appartenions-nous ? Au néant, au vide, à n’importe quoi, au mal, à l’Ennemi du genre humain… à tout sauf à Dieu. Mais maintenant nous appartenons à Dieu parce qu’il nous a libérés de la servitude. Il est venu nous chercher dans notre misère car nous avons du prix à ses yeux. Maintenant, en Dieu nous avons la vraie liberté.

Alors par ces termes de rançon, de rachat, les évangélistes et les premiers chrétiens comme saint Paul veulent nous dire de la manière la plus parlante possible que nous comptons pour Dieu, et que d’aller nous chercher dans notre misère, ça lui a vraiment coûté. Ça lui a coûté très cher… Il suffit de regarder le crucifix qui est là… Voilà ce que ça lui a coûté…

Vous le savez bien. Ce à quoi on tient le plus, c’est souvent ce qui nous a le plus coûté. Un même vélo n’a pas du tout la même valeur pour un enfant qui économise sou après sou pendant des mois pour l’acheter, que pour un enfant à qui il est offert à l’instant même où il en exprime le souhait.

Ou bien encore – ceci pour les quelques plus jeunes d’entre nous –, jusqu’où on est capable d’aller pour sauver quelqu’un ou quelque chose montre à quel point on y tient. Dans Harry Potter – je ne sais pas s’il y a parmi les adultes des lecteurs, mais au moins parmi les plus jeunes – dans Harry Potter par exemple, la mère trouve la mort en lui sauvant la vie. Elle l’aimait tellement qu’elle n’a pas craint de se sacrifier, de mourir pour lui afin qu’il vive.

Eh bien il en est ainsi pour Dieu. Nous lui avons coûté cher. Nous lui avons coûté de la sueur et des larmes. Nous lui avons coûté la vie ! Mais c’est pour la gloire !

Dieu est pour tous. Le pardon est pour tous. La miséricorde est pour tous. Le Christ est pour tous. Le pauvre, le faible, le fort, l’intellectuel, le scientifique, le patron, le migrant, l’ouvrier. Il est pour tous. Il n’est pas notre propriété. Il n’est pas à nous. Il est pour nous. Le Christ nous rejoint tous. Et il parle à chacun de nous aujourd’hui. Et qu’est-ce qu’il nous dit ? Qu’il est venu pour servir. Qu’il est venu pour nous. Qu’il nous aime. Que la miséricorde du Père est incomparablement plus forte que notre propre misère. Et que si nous nous ouvrons à cette miséricorde qui nous tend les bras le plus lourd de nos péchés ne pèse plus rien.

Alors il faut nous jeter dans les bras de la miséricorde du Père comme le fils prodigue dans l’image si connue de Rembrandt. Quand on passe une porte, c’est pour entrer dans une maison. Eh bien que ce passage de la porte sainte soit un retour à la maison du Père, s’il s’avère que nous nous en étions éloignés. Nous y trouverons alors la joie des retrouvailles.

Dans quelques semaines nous allons fermer la porte. Un geste symbolique. Mais désormais la porte de notre cœur doit définitivement rester ouverte au pardon.  Si ce n’était le cas, quel serait le sens de cette parole du Notre Père ? « Pardonne-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

 

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