La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri – « À vendre : très beaux clous ayant été plantés dans les mains de Dieu »

Dans sa chronique du dimanche 20 mars 2016, dimanche des Rameaux, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous livre une méditation sur la Passion. « À vendre : très beaux clous ayant été plantés dans les mains de Dieu. »

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

« Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Et Jésus disait : “Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font.” » (Luc 23, 33-34)

Ils sont tous là, il n’en manque aucun. Toute la population est là !

Personne n’a abandonné malgré la longue marche, ils sont même de plus en plus nombreux. Ils se bousculent dans une foule qui grossit. Pour elle, c’est le spectacle de l’année ! Et aucun ne veut le manquer ! « Viens, il est sorti de la ville avec sa croix ! Laisse ce que tu fais. C’est unique. Il faut voir ça ! »

Ils ne croient pas si bien dire ! Cet événement unique va bouleverser toute l’histoire de l’humanité. Il va surtout donner un sens à son histoire.

Depuis la première heure ils ont suivi pas-à-pas Jésus qu’ils avaient acclamé : « Hosanna au fils de David ! » avaient-ils crié en brandissant des palmes. Puis ils l’avaient trahi : « Qu’il soit crucifié ! » avaient-ils crié en brandissant le poing.  Ils sont là et ne veulent rien perdre du spectacle. Trois fois. Il est tombé trois fois. Peut-être aurait-il fait d’autres chutes si ce Simon de Cyrène n’était pas intervenu. Mais de quoi se mêlait-il donc, celui-là ?

Oui, ils sont tous là, soudain devenus silencieux, autour de la croix posée à terre.

C’est alors que les soldats romains l’ont dénudé et allongé avec brutalité sur deux bouts de bois couverts d’échardes, les deux bras étendus. Docile, sans résister, sans se défendre, il les a laissés faire.

L’un des bourreaux qui s’agitent autour de lui plonge sa main dans un sac en peau de bête d’où il tire un clou, deux clous, trois clous, trois gros clous. Trois beaux clous en fer forgé. De nos jours on en tirerait un très bon prix chez un antiquaire. Aujourd’hui, plus rien n’a de prix que le prix des choses. On parvient même à vendre des clous pour faire de l’argent. Le profit d’abord. On ira même jusqu’à mettre une petite étiquette pour en tirer un meilleur prix. « Clous ayant été plantés dans les mains de Dieu. » Tout s’achète et tout se vend.

L’homme d’une main tient le clou, le gros clou ; de l’autre il soulève très haut dans le ciel un lourd marteau. La foule frémit et c’est le premier coup, puis le second, le troisième, et un autre, et un autre… À chaque coup, l’écho répond : « Christ ! Christ ! Christ ! » Les coups résonnent dans leur tête comme si c’était sur elle que le bourreau frappait.

Cet homme qui martyrise le Christ, qui est-ce ? Ce bourreau n’est pas différent de nous lorsque nous négligeons ce pauvre qui traîne à l’entrée du Temple, le lépreux repoussant, le paralytique, l’étranger, le migrant, celui qui est en prison. Lorsque nous passons à côté de cette femme qui agonise à l’hôpital sans la regarder, à côté de ce drogué sans lui tendre la main, du clochard qui mendie à la porte de l’église. Lorsque nous créons des murs et non des ponts. Murs de brique, murs de fils de fer barbelés, murs de haine, et murs d’indifférence.

Nous aussi, dans ces moments-là, nous frappons sur les clous des mains du Christ !

Insolite, cette croix qui se détache à l’horizon ! L’amour crucifié, écartelé, déchiré, humilié est planté au sommet de la colline. C’était donc ça, le siège de David qu’on lui avait promis ? Est-ce là le trône du Messie triomphant ? C’est le Christ cloué comme une bête immonde.

Pendant un court instant, j’ai vu sur la croix le pauvre qui traîne à l’entrée du Temple, le lépreux, le paralytique, l’étranger, le migrant, le prisonnier. J’ai vu cette femme agonisante, ce drogué, ce mendiant. C’est le Christ qui souffre du haut de ces bouts de bois mal taillés. C’est lui qui souffre en tout être humain rejeté et méprisé.

Insolite, cette croix qui se détache à l’horizon ! Comme celle accrochée sur le mur de nos maisons et que nous ne voyons plus parce que nous sommes trop habitués à la voir !

Alors, en ce dimanche des Rameaux, pensons à tous ceux qui, comme le Christ, sont victimes de la torture, victimes de meurtre, de chantages ; pour ces hommes et ces femmes que l’on traite comme du bétail, pour les enfants arrachés à l’amour de leur mère. Pensons aussi à tous ceux qui sont capables de tels actes, pour tous ceux qui frappent encore sur les clous dans les mains du Christ, pour tous ceux qui construisent des murs de haine et non des ponts d’amour.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 4 commentaires

  1. Merci Monseigneur. C’est l’une des plus belle chronique que vous ayez faite. Mon commentaire sera court. ” Arrêtons de taper sur ces 3 clous”

  2. quelle belle chronique de MONSEIGNEUR c’est tout ce qui compte ,qu’il continu ses chroniques qui ne fait revivre merci à vous monseigneur

  3. Bonsoir Monseigneur,
    très belle chronique qui fait réfléchir en ce début de semaine Sainte
    il faut ouvrir son cœur, tendre la main, être Miséricordieux
    construire des ponts ou le dialogue pourra se faire
    beaucoup de questions à se poser et à réfléchir
    Merci Monseigneur pour vos chroniques
    Tout mon respect

  4. Très belle chronique mais tellement criante de vérité que en la lisant j ai pleurer comme j ai pleurer a la messe du père Charles pourquoi ces parole ne se gravent pas dans le coeur des personnes a la place de leur oreilles qui écoutent et ensuite ont oublient et ont reprend sa petite vie d égoïsme et d indifférence ce complaisant dans son petit confort sans se soucier des autres je trouve cela vraiment lamentable quand ont connait la détresse dans ce monde ou vas t ont je me le demande je n est plus d espoir et je ne me sens pas a ma place dans ce monde ou chacun ne pense qu a soit il faudrait pour changer ce monde changer le coeur des hommes mais cela est impossible trop de haine et d indifférence envers l autre pourvue que tout aille bien pour eux lamentable cette vie sans amour et aide pour l autre si chacun prenait le temps d écouter vos paroles avec son coeur amitiés sincères

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