La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri – « Attention vous êtes fiché ! »

La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri – « Attention vous êtes fiché ! »

Dans sa chronique du dimanche 7 février 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle d’un sondage.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

J’ai reçu cette semaine un courrier pour me faire part que, bientôt, nous allons recevoir les agents du recensement. Cela m’a fait me souvenir d’un sondage récent par téléphone.

Au bout du fil, une dame, à la voix de robot, me demande si j’accepte de répondre à quelques questions pour un sondage. Pourquoi pas ?

Première question :

– Année et lieu de naissance ?

Jusque-là pas de problème. Question suivante :

– Quelle est votre profession ?

Je réponds :

– Ministre du culte.

– Ministre ? Mais vous n’êtes pas ministre, Monsieur, ne vous moquez pas de moi je vous prie, c’est un sondage sérieux »

– Mais je ne me moque pas de vous, madame. Je suis évêque.

– Pardon ? Évêque ? C’est-à-dire ?

Je lui explique.

Là c’est la surprise. Je devine son embarras.

– Voyons, voyons, me dit-elle, dans quelle case je vais vous mettre ? Vous n’êtes pas enseignant, pas ouvrier, fonctionnaire peut-être ? À moins que dans les professions libérales ?…

Je ne sais finalement pas quelle case elle a cochée, mais elle en a coché une, ça c’est sûr !

Autre question :

– Êtes-vous marié ou célibataire ?

Je lui rappelle que je suis évêque et qu’elle peut deviner la réponse à cette question.

– Oui, je sais-bien, dit-elle, mais puisque la question est dans le questionnaire il faut que je la pose.

Bon ! Je me garde de la contrarier et nous passons aux questions suivantes. Je vous épargne les détails sur la question des 35 heures et mieux encore sur celle des relations avec mon employeur, surtout après que je lui ai dit que c’était le pape… je n’ai pas osé lui dire que c’était Dieu…

J’ai pris tout cela avec le sourire, mais visiblement pas elle. Ce que j’ai trouvé ridicule dans cet entretien, c’est qu’il fallait absolument que ma réponse colle avec des réponses prévues à l’avance. À chaque fois, la préposée au sondage a mis une croix dans l’une des cases et ainsi elle est parvenue à me faire entrer dans une catégorie.

Plus que sur la valeur des sondages, je m’interroge sur cette volonté d’enfermer les personnes dans des catégories préétablies.

Il nous fait bien reconnaître que nous ne sommes pas des sondeurs, mais c’est bien ainsi que souvent nous agissons avec ceux qui nous entourent.

Coller des étiquettes, ça rassure et ça sécurise.

Celui-là est à droite, celle-là à gauche, au centre, il est catho, musulman, juif, athée, hétéro, homo, que sais-je encore ?  Et j’entendais récemment à la radio que je devais bientôt mettre un « S » sur ma voiture : « S » pour « sénior ».

Regardez ce qui se passe avec le pape François. Pour quoi est-il ? Contre quoi est-il ? Où se situe-t-il ? Il sera conservateur pour les uns, progressiste pour d’autres. Il y en a même pour lesquels il serait marxiste.

La réponse à ces questions est simple. Il n’est pas dans le camp des uns contre les autres. Il est pour ceux qui en bavent, qui dépriment, pour ceux que la société considère comme des déchets, pour les laissés pour compte, pour les sans-voix.  Il est pour que s’instaure une société faite de justice et d’amour : le royaume de Dieu, quoi ! Et cela essayez donc de le mettre en fiche !

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

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Cet article a été rédigé par le service communication du diocèse de Gap.

Cet article a 3 commentaires

  1. Cette chronique m’a bien amusée et montre à quel point notre vie est “conditionnée” en raison de sondages et de statistiques. Il faut à tout prix que nous rentrions dans des cases de gré ou de force. Et, ne parlons pas du résultat qui peut être désastreux.
    Bonne semaine Monseigneur

  2. mon seigneur,je partage votre chronique et votre sens de l’humour ,si vous permettez

  3. Bravo Monseigneur, bravo

Les commentaires sont fermés.

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