Dans sa chronique du dimanche 19 juin 2016, à l’occasion de la fête des pères, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous raconte son père, son grand-père et “Notre Père”.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Nous fêtons ce dimanche la fête des pères, je n’ai jamais pu souhaiter sa fête au mien.

J’avais quatre ans lorsqu’il est sorti de ma vie. Il ne m’avait pas laissé le temps de compter dans la sienne. Il avait disparu et nul autour de moi ne savait où il était. Je crois avoir souffert autant de son éloignement que de sa contrepartie : ma condition d’enfant sans père.

Papa ! Lorsque j’étais enfant, et aujourd’hui encore, je n’ai pu sans trouble prononcer ces deux syllabes qui sont plus qu’un mot. Absent, celui qui méritait que je l’appelle ainsi ne pouvait l’entendre. Je me surprenais parfois, dans le silence de ma solitude, à dire et redire pour qu’il résonne dans ma tête et dans mon cœur ce mot : papa. Un peu comme un naufragé qui, de son île déserte, jette une bouteille à la mer, pour se rassurer, mais sans le moindre espoir d’avoir une réponse.

Mon père est passé en un éclair des cris au silence. Je crois que finalement les liens du sang sont infiniment plus lâches que ceux du cœur.  Il y a l’amour que l’on fait et ce que l’amour fait.

N’ayant pas eu la chance de me savoir aimé par mon père à l’âge le plus tendre, longtemps j’ai vécu avec dans le cœur une place à prendre. J’étais un mendiant de tendresse qui se consumait à se faire aimer.

La place à prendre, c’est mon grand-père maternel qui, sans le savoir, l’a occupée. Tous les quarante jours, durée de ses traversées entre la France et l’Amérique latine, j’accueillais avec joie à bon port le chef barman première classe de la « Société Générale des Transports Maritimes à Vapeur ».

Mon grand-Père pouvait aussi bien couper les cheveux que confectionner ou réparer des chaussures, précieux talents puisque nous étions en temps de guerre. C’est lui qui fabriqua la première voiture dont je pris le volant ; elle était à pédales bien sûr. Doué pour la marqueterie et le travail du bois, il saisissait le prétexte de la prochaine rentrée pour nous fabriquer, à ma sœur et à moi des plumiers à nos noms. Horloger à ses heures, il m’offrit ma première montre.

C’est ainsi que mon grand-père prit la place du père que je n’avais pas. À terre, comme pour se faire pardonner une absence qui me semblait interminable, il trahissait sa générosité, sa disponibilité. La boîte de peinture qu’il m’avait rapportée de l’un de ses voyages avait déclenché en moi une véritable passion. Je me mis à copier tous les tableaux qui me tombaient sous la main. Ce violon d’Ingres m’occupa jusqu’à mon entrée au séminaire.

Au fait, je ne vous ai pas dit, mon grand-père s’appelait Célestin.

Alors en ce jour de la fête des pères je souhaite de tout cœur aux enfants qui n’ont pas de papa pour se jeter dans ses bras d’avoir un « Célestin » qui viendra combler la place vide de leur cœur.

Et puis, pour les chrétiens, ils savent qu’il y a un père qui lui ne les abandonnera jamais, il ne s’appelle pas Célestin, mais Dieu. C’est le Christ qui nous l’a appris. Il est “Notre Père”. Le père de tous, un père présent, un père fort, un père bon, un père aimant.

À bientôt !

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 7 commentaires

  1. manoroland

    Monseigneur,

    Très belle homélie

    Etant décédé alors que j’étais jeune ,il m’a beaucoup manqué mon Papa , il y a eu des manques importants dans mon adolescence
    la musique que je partageais avec ,ses conseils etc…….un grand vide en mon cœur

    Bonsoir Monseigneur

  2. CASTAGNO Françoise

    Merci du fond du coeur, cher père Evêque, pour ce témoignage émouvant que vous nous partagez de votre grand’père… Oui, comme elle est irremplaçable la place des papas, comme celle des mamans !

    C’est bien pourquoi, nous avons voulu le signifier avec détermination à nos gouvernants lorsque nous avons participé aux “manifs pour tous”. En pensant à tous ces enfants que l’on voudrait priver d’une vie normale entre un papa et une maman…
    Bien cordialement,
    Françoise Castagno.

  3. Elisa

    Monseigneur, votre témoignage est très émouvant. Un enfant pour se construire à besoin d’un papa et d’une maman. Ma tristesse aujourd’hui est de ne plus pouvoir dire Bonne Fête à mon papa qui nous a quitté. Il a su nous donner beaucoup d’amour. Comme vous il n’a pas eu la chance d’avoir auprès de lui un père mort trois mois avant sa naissance. Je crois qu’il en a beaucoup souffert sans nous le montrer.
    Ces épreuves vous ont rendu plus forts et très bons.
    Je pense à tous les enfants qui n’ont pas la chance d’avoir un papa auprès d’eux, Jésus les accompagne chaque jour pour construire une vie remplie de bonté et d’amour.

  4. GASCARD Christian

    Merci pour ce témoignage. Si LE Père n’avait pas pris grand soin de nous, où serions-nous ?e pense très fort aux enfants d’aujourd’hui dans la maison d’accueil dans notre “village commun” du Vercors. Trouveront-ils un Célestin et un Dieu sur leur chemin ?

  5. Pépiot yves

    Monseigneur bonjour,

    Votre grand père avait un coeur d’or et de l’or dans dans les mains. Je pense que vous priez pour lui chaque jour afin de garder des souvenirs d’enfance qui vous sont chers.
    Des milliers d’enfants dans le monde voudraient que leur grand père les accompagne dans la vie. Sans toutefois occulter le rôle du père lorsqu’il est présent.
    Bonne journée Monseigneur, priez pour nous.

    Yves Pépiot

  6. croassant arlette

    Monseigneur, votre témoignage sur la fête des papas, émouvant!. Je me replonge dans ma lecture , “Le Gàrri”, votre livre, vos écrits, des paroles qui me vont droit au cœur et m’attristent!.
    Dieu, notre Père à tous, vous a aimé et comblé.
    En lui, vous avez trouvé la tendresse et l’Amour paternel qui est inépuisable et un Père éternel!
    Monseigneur, que Dieu vous protège!.

  7. portelimageoulavictoire

    Monseigneur,
    Votre confidence est très belle et très émouvante, notamment comme hommage au céleste Célestin. Très judicieuse et fraternelle aussi : non seulement beaucoup d’enfants n’ont pas de père, surtout biologique, en face d’eux (parfois car il a seulement servi de géniteur pour amazone ou esseulée qui n’aimait pas assez les animaux), mais cette fête des pères s’avère pénible pour ceux qui ont enterré le leur. Effectivement, il faut alors se dire que cette célébration sera celle du Père éternel et alors chercher quel cadeau pourrait Lui faire plaisir ce jour-là encore plus qu’un autre…

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