Dans sa chronique du dimanche 24 janvier 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle de certains ados qui souhaitent « partir » par la fugue, la drogue, le suicide…

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Vendredi matin, 7 heures.
Comme d’habitude, Jean-Baptiste, 14 ans, se lève pour aller en classe.
Comme d’habitude, on a dû revenir plusieurs fois pour le réveiller.
Comme d’habitude, il avale sans respirer son bol de chocolat.
Comme d’habitude, il descend en trombe l’escalier car il est en retard.
Comme d’habitude, mais stop !…

Pour ce matin, ça suffit ! Jean-Baptiste a décidé de casser les habitudes. Il ne prend pas le chemin de l’école mais un autre… Celui du pays où il n’y a pas d’habitudes, celui qu’il imagine dans ses rêves, celui où, pense-t-il, on l’aimera comme il mérite d’être aimé.

Il a tout prévu. Hier déjà, il s’est renseigné auprès d’un chauffeur de taxi pour connaître le prix d’une course. Il a fait son calcul ; il sait maintenant combien d’argent il lui faut pour aller à Biarritz, puisque c’est là qu’il veut se rendre, et cette somme, il l’a trouvée à la maison. Le voici, ce matin, un peu ému, à la station de taxi : « Monsieur, s’il vous plaît, est-ce que vous voulez bien m’emmener à Biarritz ? »

Il pose plusieurs fois cette question et, après s’être fait maintes fois rabrouer, il trouve enfin quelqu’un qui accepte de le conduire. Je ne vous dirai pas ce que je pense d’un chauffeur de taxi qui accepte d’emmener un ado de 14 ans de Paris à Biarritz après s’être seulement assuré qu’il avait bien l’argent pour payer une course pour laquelle il a demandé 900 euros. Cette histoire est une histoire vraie. Et Jean-Baptiste a été retrouvé le soir-même à Biarritz.

Ils sont des centaines, paraît-il, qui — comme Jean-Baptiste — décident un beau jour de prendre un autre chemin que celui qu’on a prévu pour eux.

Quand j’ai vu Jean-Baptiste, il m’a dit : « Je suis parti parce qu’à la maison on faisait comme si je n’étais pas là. » Parce qu’il croit qu’on ne l’aime pas, Jean-Baptiste ne s’aime pas lui-même. C’est lorsque les autres nous aiment, que nous apprenons à nous aimer nous-mêmes. L’amour de soi est indispensable pour vivre. Se savoir aimé c’est être justifié de vivre à ses propres yeux.

Ne vous trompez pas !

Il ne s’agit pas d’un plaidoyer en faveur de l’égoïsme moins encore du narcissisme, apprendre à s’aimer c’est apprendre à aimer les autres. Le Christ, lui-même, le dit dans l’Évangile : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, plus que tout et ton prochain comme toi-même. » Dans cette phrase, le Christ donne la mesure de l’amour.

Pour Dieu, plus que tout.
Pour les autres, comme nous-mêmes. Comme nous-mêmes !

Comment dans ce cas aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même ?

Dans son voyage, Jean-Baptiste — sans le savoir — se fuyait lui-même parce qu’il ne s’aime pas. C’est aussi ce sentiment qui faisait dire à Oscar Wilde : « Je suis bien partout, sauf où je me trouve. »

Mal dans sa peau. À côté de ses pompes. Autant de façons de dire le malaise de ceux qui ne s’aiment pas. C’est à cette souffrance que l’on doit l’extraordinaire désir de « voyage » qui conduit tant d’enfants, de jeunes et d’adultes à partir. Que ce soit le voyage réel (c’est la fugue), en rêve (c’est la drogue), ou définitif (c’est le suicide), c’est ce mal qui les pousse à fuir cet être qu’ils n’aiment pas mais avec lequel ils sont condamnés à vivre : eux-mêmes.

Eh oui, il faut être aimé pour parvenir à s’aimer soi-même. Et c’est bien de ce manque d’amour dont souffrait Jean-Baptiste lorsqu’il disait : « À la maison on fait comme si je n’étais pas là ! »

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 3 commentaires

  1. Elisabeth MEYER

    Pour le chauffeur de taxi sans scrupule, un dicton dit “bien mal acquis ne profite jamais”.
    Nous avons tous été adolescents avec plus ou moins de mal être, Mais, nos parents malgré leurs occupations étaient présents et nous aimaient. Jen-Baptiste a eu beaucoup de chance de vous rencontrer Monseigneur pour vous confier ce mal être, cette impression de ne pas être aimé. Combien de jeunes n’ont pas cette chance. Combien d’enfants partent à la dérive par le manque d’intérêts, d’amour de leurs parents. Certains parents estiment qu’une fois la petite enfance passée, ils sont “tranquilles”. Trop souvent, ils font “vieillir ” leurs enfants prématurément. Or, un enfant à besoin pour se construire de franchir les étapes de sa jeunesse tranquillement avec l’amour et l’aide de ses parents.

  2. croassant

    L’Amour de soi,l’indispensable condition pour être à l’aise dans la vie et aimer les autres.Ceux qui manquent d’estime en soi ne s’aiment pas.L’Amour d’un parent doit être inconditionnel,car les enfants n’ont pas demandé à naître.Derrière leurs échecs,les répétitions à échouer qui vient du plus loin de leur enfance et accepter de donner tort aux parents,en pensant qu’ils ne sont pas aimés.Or,la vie moderne fabrique des parents préssés et submergés.Les enfants aiment sentir qu’on s’occupe d’eux.Une jeunesse qui à faim de partage,de dialogue,de tendresse,de revalorisation,c’est important.Et surtout l’Amour des parents,la base du jeune pour s’aimer lui-même,exister,un besoin de sécurité. Alors,se savoir aimé,c’est d’être justifié de vivre à ses propres yeux.”Dieu nous aime comme nous sommes”. Monseigneur,bonne fin de semaine et bon voyage.

  3. manoroland

    Bonsoir Monseigneur,
    Eh , oui c’est bien vrai il faut être aimé pour s’aimer soi même
    sans recevoir l’Amour on est rien
    un sourire , un geste, une parole gentille, vous font avancer , si non vous tombez dans la déprime
    enfin il faut toujours espérer ,……
    et croire aux jours meilleurs

    mes respects Monseigneur

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