La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri –  Fénelon et Bossuet : « Querelle du pur amour »

Dans sa chronique du dimanche 5 juin 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri montre l’actualité sur le plan économique et entrepreneurial de la “querelle du pur amour”. Du “Bossuet vs Fénelon” appliqué au XXIe siècle…

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Plusieurs fois déjà, j’ai évoqué la Syrie à partir de confidences de personnes qui ont choisi de rester là-bas malgré le conflit qui dure.

Mais l’actualité en chasse une autre, et la Syrie intéresse de moins en moins les médias. Heureusement, des hommes et des femmes de bonnes volontés agissent sans pour autant faire la Une. Suite aux appels et aux actions du pape François demandant aux chrétiens à se mobiliser, une initiative originale pour agir là-bas est née en France à l’initiative de chefs d’entreprise chrétiens : des entrepreneurs qui aiment entreprendre, et qui donc entreprennent.

Pour reconstruire la Syrie et l’Irak et permettre aux habitants de rester chez eux ou d’y revenir, ces entrepreneurs proposent à des entreprises et holdings de placer une partie de leur trésorerie disponible dans un fonds dédié agréé par l’AMF, l’Autorité des marchés.

Ces dirigeants d’entreprise se réuniront ce mardi 7 juin. Ils cherchent à mobiliser d’autres dirigeants pour étoffer ce fonds. [NdR : Présentation du fonds de partage sur le site internet de l’Œuvre d’Orient]

Dans le système proposé, les investisseurs conservent leur capital et leurs intérêts. Le gestionnaire, lui, reverse 40 à 50% de sa commission à l’Œuvre d’Orient en soutien d’entrepreneurs de Syrie et d’Irak pour reconstruire entreprises, logements, hôpitaux, églises, écoles, et bien d’autres choses encore.

Comme dit l’un de ces dirigeants français, je le cite : « Je me mobilise pour cette initiative car je ne peux supporter de rester les bras croisés face à cette situation dramatique, et cela donne du sens selon moi à la trésorerie disponible de mon entreprise, sans pénaliser ses actionnaires puisque c’est le fonds de gestion qui reverse une partie de sa commission. J’y vois aussi une manière d’être entrepreneur engagé pour l’amélioration de la réalité dans cette région du Moyen-Orient. » Fin de citation.

Vous me direz : « Mais ce n’est pas un don, et donc ça reste intéressé ! »

À cela on peut répondre: « Et alors ? Au moins ils agissent, et en plus tout le monde sort gagnant dans ce système. »

Ça me rappelle une querelle qui avait éclaté au temps du Roi Soleil entre les évêques Fénelon, surnommé le Cygne de Cambrai, et Bossuet, surnommé l’Aigle de Meaux. Les historiens et les théologiens ont appelé ce conflit « la querelle du pur amour ». Fénelon disait que notre amour pour Dieu devait être complètement désintéressé, c’est-à-dire gratuit et dénué de tout mobile égoïste. Bossuet, lui, ne voyait pas en quoi il était mal de chercher son bonheur et son intérêt tout en aimant Dieu.

Je partage l’avis de Bossuet parce que plus humain et plus chrétien.

L’égoïsme n’est pas source de tout mal. Jésus a demandé d’aimer les autres comme on s’aime soi-même. Donc encore faut-il s’aimer soi-même pour aimer l’autre, non ? Et puis aimer l’autre ne veut pas dire se renier soi-même. Le pape François l’a rappelé récemment en ce qui concerne les échanges dans le couple par exemple. Je le cite : « L’idéal du couple ne peut pas se définir seulement comme une donation généreuse et sacrifiée, où chacun renonce à tout besoin personnel et se préoccupe seulement de faire du bien à l’autre sans aucune satisfaction. » Fin de citation. [NdR : Exhortation apostolique sur l’amour dans la famille, n° 157]

Si le renoncement au bonheur, le sacrifice, l’anéantissement de soi, le désintéressement radical, n’est pas l’unique idéal à suivre, dans la vie quotidienne, dans une vie de couple, dans la vie chrétienne. Il faut l’attendre encore moins dans le monde de l’entreprise.

Ces entrepreneurs agissent en cherchant des solutions où chacun est gagnant. Et nous alors, que faisons-nous pour trouver dans nos vies des solutions où tout le monde trouve son compte ?

Un peu d’imagination et de bonne volonté, « que diable » !

À bientôt !

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

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À noter également bientôt, à Gap et à La Roche-des-Arnauds l’exposition et les conférences ci-dessous.

Le conférencier, Christian Lochon, est ancien attaché culturel des ambassades de France au Soudan, en Syrie, en Égypte, etc. Le père Pierre Fournier, prêtre du diocèse, le connaît depuis 1978.

Cet article a 2 commentaires

  1. j’aime ces entrepreneurs …entreprenants !

  2. il faudrait aussi se mobiliser pour les Chrétiens du Moyens Orient qui se font massacrer !

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