La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri – « Vous n’aurez pas ma haine »
  • 8 mai 2016

Dans sa chronique du dimanche 8 mai 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle de haine et de non-haine.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Que peut-on offrir en cadeau à des terroristes ? Quel cadeau les réjouirait ? Ou, au contraire, quel geste, quelle attitude pourrait leur faire comprendre que leur action est vaine, que nos valeurs diffèrent des leurs et qu’ils pourront attendre longtemps avant que nous réagissions comme ils l’espèrent ?

Antoine Leiris nous livre quelques éléments de réponse dans son ouvrage Vous n’aurez pas ma haine, dans lequel il retrace les 13 jours de sa vie qui ont suivi les attentats du 13 novembre. Attentats qui ont coûté la vie de son épouse et de la maman de leur fils Melvil.

Hélène a été assassinée au Bataclan. Dans les heures et les jours qui suivent son décès son époux Antoine doit faire face à sa vie qui continue et à celle de son fils. Comment annoncer à son bébé la mort de sa maman ? Comment gérer l’élan de solidarité des personnes qu’il ne connaissait pas jusqu’à ce jour ? Comment réagir aux commentaires des gens qu’il croise et qui ne savent pas que sa femme est une des victimes de cette barbarie ? Comment continuer à vivre sous le regard des autres ? Quelle attitude avoir pour les auteurs de ces actes ?

À cette dernière question l’auteur répond dès le titre de son ouvrage : Vous n’aurez pas ma haine. Lorsqu’il le développe, il écrit ceci : « Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore. » Fin de citation.

Ne pas donner sa haine n’est pas synonyme d’indifférence pour Antoine. Quelques chapitres avant, il écrit : « Peu de gens comprennent les conditions dans lesquelles Hélène a été tuée. On me demande si j’ai oublié ou pardonné. Je ne pardonne rien, je n’oublie rien, je ne passe sur rien et surtout pas si vite. » Fin de citation.

Le temps panse peut-être les plaies. Peut-être arrivera-t-il un jour à faire ce qui peut sonner comme la pire injure pour les terroristes, l’irréparable, à savoir leur pardonner. Ce qu’il sait néanmoins c’est qu’il sera encore longtemps vu comme l’époux d’une des victimes du 13 novembre. Il le sait depuis qu’il a reçu une lettre d’un inconnu qui lui écrit : « C’est vous qui êtes frappé et c’est vous qui nous donnez l’exemple du courage ! ». Antoine réagit immédiatement : « On a toujours l’impression, lorsqu’on regarde quelque chose de loin, que celui qui survit au pire est un héros. Je sais que je n’en suis pas un. […] Aurais-je encore le droit de ne pas être courageux ? […] Le droit d’être en colère. […] Le droit de faire des erreurs. […] Le droit de n’être pas capable. »

Antoine Leiris dit aux terroristes « vous n’aurez pas ma haine ». Il aura à apprendre à son enfant à ne pas haïr non plus, lui qui grandira sans sa maman à ses côtés. Antoine aura à le protéger du monde tout en le préparant au monde, un monde qui peut être traversé par la haine. Il lui en faudra aussi du courage pour ça.

Bon courage, Antoine.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 4 commentaires

  1. Bonjour,

    “Vous n’aurez pas ma haine” dit cet homme dont la femme a été tuée par ces barbares. Je l’admire d’autant plus que je n’aurais certainement pas ce courage. Au Moyen Age ils étaient appelés les barbares … mais aujourd’hui ceux qui pratiquent ce genre d’attentats odieux sont des barbares. Ils ne respectent rien. Pour eux la vie n’a aucune valeur. Il faut tout faire pour les poursuivre et les arrêter. J’espère que celui qui a été transféré en France depuis la Belgique sera jugé le plus sévèrement possible.

    Amitiés.

  2. article magnifique Monseigneur, comme d’habitude

  3. Antoine, je l’admire pour son comportement, “pas de haine”, pour les terroristes qui ont tué celle qu’il aimait, Hélène, la maman de son fils, l’Amour de leur vie!
    La haine est destructrice, mais pas de mots assez puissants pour qualifier les violences sans limite et la mort.
    Pour Antoine, pour son enfant, je leur souhaite beaucoup d’Amour, d’être bien entourés et de vivre chaque jour avec le souvenir de cette Maman unique qui sera éternelle pour eux comme la Sainte Vierge Marie au ciel.
    Merci, Monseigneur,”Seul,l’Amour sauve”.

  4. Je ne peux que souhaiter à Antoine de continuer à vivre et à protéger son fils comme il le fait depuis cette soirée du 13 novembre 2015. Un petit garçon a besoin de sa maman et de son papa pour se construire, mais ce petit garçon construira sa vie avec un papa présent et une maman absente par la faute de personnes qui ignorent ce que veut dire vivre. Il se construira avec un papa qui lui parlera avec beaucoup d’amour de la maman exceptionnelle qu’il avait, qu’il a connu si peu de temps mais suffisamment pour ne pas l’oublier et avancer chaque jour sous sa protection et dans ses pas. Ce petit garçon deviendra très fort à la suite de ce drame.
    Ces personnes qui tuent, qui n’ont ni foi ni loi, ne méritent certainement pas d’être mis en avant continuellement par les médias. Ils auront un jour ou l’autre à répondre de leurs actes inqualifiables et inhumains.
    J’ai lu le livre d’Antoine et n’ai pas honte de dire que j’ai pleuré. Comment peut-on séparer des Êtres qui s’aiment d’une telle manière ? Comment pardonner ? Comment oublier ? Le chemin sera très long mais le Seigneur j’en suis certaine veille sur Antoine et son petit garçon.

    Bonne semaine Monseigneur

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