La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri – « Les enfants de la poussière »
  • Post published:14 février 2016

Dans sa chronique du dimanche 14 février 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle du Bénin dont il revient après y avoir visité communautés religieuses, orphelinats, écoles, hôpitaux, séminaires…

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

On m’a raconté cette histoire venue d’Afrique :

Au cours d’une messe des fidèles se déplaçaient pour déposer leur obole dans un plateau. Un petit enfant africain voyant arriver son tour et n’ayant pas la moindre piécette sur lui n’a rien trouvé de mieux que de se mettre lui-même dans le plateau. Il n’avait rien d’autre à offrir que lui-même. Quel plus beau don peut-on faire que le don de soi-même !

J’ai souvent pensé au geste de cet enfant pendant un récent voyage au Bénin en Afrique occidentale. Oh, je vous rassure aussitôt, je n’y étais pas pour faire du tourisme. Il y a d’ailleurs peu de tourisme au Bénin et c’est bien dommage. J’étais au Bénin pour visiter une communauté religieuse en lien avec des religieuses de mon diocèse. Les statistiques indiquent qu’il y a au Bénin 27% de chrétiens, 22% de musulmans et 37% d’animistes. La religion animiste, le « vaudou », est vraisemblablement plus importante que ne l’indiquent les statistiques. Et d’ailleurs, nombre de chrétiens ou de musulmans sont aussi animistes.

Au cours de ce séjour, je me suis rendu dans des écoles, des orphelinats, des hôpitaux, des séminaires. J’ai célébré la messe dans une petite paroisse de village. Là, j’ai pu voir la joie rayonnante de ce peuple malgré sa grande pauvreté où souvent les enfants n’ont qu’un repas par jour alors qu’ils parcourent plusieurs kilomètres à pieds pour se rendre à l’école.

Dans l’orphelinat que nous avons visité nous étions entourés de tout-petits enfants dont certains souffrent de malnutrition faute de lait alors qu’en Europe on le détruit pour surtout ne pas casser les prix.

J’ai été touché par l’engagement des personnes, religieuses ou laïques, qui se dévouent sans compter auprès de ces enfants, qu’il s’agisse des nombreux orphelins ou des enfants sourds scolarisés avec des enfants entendant, tous apprenant les deux langages, gestuels, et lecture labiale, et bien sûr oral.

Le premier choc en débarquant au Bénin c’est la poussière. Une poussière si épaisse qu’elle éclipse le soleil. De la poussière, ils en mangent, ils en respirent, et certains en sont couverts. Alors lorsqu’on découvre les conditions de vie de ce peuple on peut comprendre que certains font le choix de devenir migrants.

Dans ce contexte certains de nos problèmes franco-français deviennent bien dérisoires et c’est d’une certaine manière reposant d’être privé des médias français qui nous diffusent à longueur de temps le spectacle politique et celui de la comédie humaine.

C’est ce mercredi des cendres que le Carême s’est ouvert pour les catholiques. Le prêtre prononce alors ces paroles en versant un peu de cendre sur la tête des fidèles: « Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière. » Comment ne pas faire le lien avec la poussière du Bénin ?

Le Carême n’est pas seulement une période de privation, c’est aussi un temps de solidarité avec les plus pauvres, et les migrants sont de ceux-là.

Alors n’oublions pas le petit enfant sur le plateau de la quête.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 3 commentaires

  1. Elisabeth Meyer

    Nous devons relativiser nos difficultés, la vie n’est pas toujours facile mais il y a toujours pire. A travers le monde, au Bénin, Inde, Indonésie, Afrique du Sud, Swaziland, Brésil et la liste est longue beaucoup d’enfants vivent dans une grande pauvreté. Certains ont l’immense chance d’être recueillis dans un orphelinat, d’être entourés par des personnes formidables qui ne comptent pas leur temps et les aiment. Quel bonheur de voir le sourire d’un de ces enfants lorsqu’on lui donne un cahier et un crayon sans marque particulière, c’est pour eux un magnifique cadeau. Ils sont pauvres mais pas malheureux et savent apprécier ce qui pour nos enfants est un bien de consommation.
    Il nous faut partager et c’est quelquefois bien difficile!!!!

  2. Delon

    Merveilleux
    Dans quelle catégorie me situe t on? Et moi.?
    Cela me fait réfléchir et peut étre changer de catégorie
    Merci

  3. Mme Soucry

    Très bel article, mais est ce bien sérieux de vouloir accepter tous les migrants, nous avons en France 6.000.000 de chômeurs, 1.000.000 de personnes dans la plus grande pauvreté .

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