La chronique de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri – « La solitude tue »
  • 1 mai 2016

Dans sa chronique du dimanche 1er mai 2016, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle de bonheur et de solitude.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les mois sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Êtes-vous heureux ? À cette question il est bien difficile de répondre par oui ou par non. La réponse ne peut être que pleines de nuances. Il y les différents critères qui reviennent souvent : la santé, l’argent, la famille, le travail, le lieu de vie. Ces critères-là dépendent du coefficient que nous attribuons à chacun d’entre eux mais aussi de notre âge.

L’ensemble des éléments qui nous rendent heureux ou non ne seront probablement pas les mêmes à 15, 35 ou 75 ans. D’ailleurs, le souvenir d’une période heureuse de la vie passera nécessairement par le filtre de ce souvenir, filtre qui ne rend pas toute la réalité de cette période.

L’université de Harvard a mené pendant 75 ans une étude sur 724 hommes. Au début de cette étude, en 1938, la moitié des personnes étudiées était en deuxième année de Harvard, l’autre moitié venait du quartier le plus pauvre de Boston. L’objet de l’étude étant donc de savoir ce qui rend heureux.

Durant toutes ces années, ces hommes ont été soumis à des questionnaires, des visites, des interviews. On leur a prélevé leur sang, fait des scanners du cerveau, recueilli le témoignage de leurs enfants, de leurs proches.

Quelles en sont les conclusions ? Robert Waldinger, quatrième directeur de l’étude, affirme : « Les leçons ne portent pas sur la richesse, ou la célébrité, ou le travail. Le message le plus évident […] est celui-ci : les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleur santé. C’est tout. […] La solitude tue. […] ». Fin de citation

Ainsi, peu importe l’âge, cette étude montre l’importance de se savoir entouré, de pouvoir être écouté, de pouvoir rencontrer ceux que nous aimons, de pouvoir parfois même se disputer. On pensait que la solitude était le mal du XXIe siècle, il était apparemment aussi celui du XXe.

La solitude est très égalitaire. Elle ne fait pas attention au portefeuille, à la couleur de peau, à l’âge ni au sexe. La solitude pour tous.

Tant de personnes souffrent de ce fléau de ne compter pour personne. Je reçois par dizaine les témoignages de cette solitude qui enferme. C’est la solitude des exclus. Exclus parce que seuls. La solitude du détenu, de la personne handicapée, du vieillard, de la veuve, parfois même de l’enfant, de l’immigré. Toutes celles et tous ceux à qui l’on ne fait même pas l’aumône d’un regard.

Quelques minutes de conversation, un petit service, une délicate attention, un aiguillage vers tel ou tel cercle, association, activité. Tant d’outils sont à notre disposition pour combattre ce fléau.

Puis, au plus profond de leur solitude, les chrétiens n’oublieront pas celui qui a aussi été bien seul au désert, au Mont des Oliviers, sur la Croix. Il savait pourtant l’amour de son Père. Cet amour et cette présence restent intactes dans nos déserts, nos Mont des Oliviers et nos croix.

À bientôt,

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. Merci, Monseigneur, pour ce rappel d’une profonde misère de notre temps.
    Il faut craindre qu’elle ne s’aggrave, tant le conditionnement social prend l’individu dans une gangue de sollicitations qui l’écartent d’autrui. De plus, notre culture (psychologues, gourous de l’épanouissement personnel et autres nouveaux prophètes et doctes à l’appui) conditionne à ne considérer autrui que pour le profit à en tirer : argent, aide, relation, joie de vivre, sexualité etc
    Même, parfois, l’Eglise semble atteinte d’une certaine frénésie du “positif” : par exemple beaucoup plus d’ecclésiastiques se tournent vers la jeunesse heureuse et nombreuse que vers les vieux, surtout pauvres, tristes et malades -une pastorale laïque de demi-vieux fera l’affaire dans le meilleur des cas, à moins qu’il ne reste en circulation un vieux prêtre ou une vieille sœur trop heureux de se rendre utile au sein d’un groupe qui ne les laisse pas à l’écart… Tant l’esprit du monde corrompt à chaque époque ceux qui voudraient aspirer à un autre monde !

  2. Bonsoir Monseigneur
    Il est bien que vrai la solitude tue
    ,Veuve depuis près de trois ans, la solitude me pèse beaucoup et j’ai beaucoup de mal a avancer
    la prière me fait du bien, le sourire d’un enfant aussi, la musique m’apaise un peu
    Mais la solitude ,me déprime
    Mes respects Monseigneur

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