Dans sa chronique du dimanche 25 mai 2014, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous parle des Cristeros.

Les chroniques de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri sont également diffusées toutes les semaines :

• sur les ondes de RCF Alpes Provence
• sur le site internet du journal Le Point
• sur D!CI TV
• sur le site internet du sanctuaire Notre-Dame du Laus

et tous les quinze jours sur KTO dans l’émission À la source.

Bonjour,

Le film Cristeros fait le buzz en ce moment dans les milieux catholiques. Ce film raconte un épisode tragique de l’histoire du Mexique. Chef de l’État depuis 1924, le président Plutarco Elías Calles active des lois anticatholiques. On nationalise les lieux de culte et les biens de l’Église, on renvoie le clergé étranger, on expulse les congrégations enseignantes, on sécularise les écoles, on interdit les vœoeux monastiques, on interdit le droit de vote pour les membres du clergé, on interdit le port de l’habit ecclésiastique dans l’espace public, on interdit les organisations professionnelles catholiques, on oblige les prêtres à se faire enregistrer dans les commissariats.

Après avoir usé de moyens pacifiques pour contrer ces lois, face à la violence du pouvoir le peuple mexicain prend résolument les armes. Il entend défendre son droit de pratiquer sa religion. La répression sera sanglante.

Alors, les parallèles avec notre histoire nationale ne manquent pas. On pense à la guerre de Vendée, à la révolution, à certains gouvernements de la IIIe République, comme celui d’Émile Combes par exemple.

J’ai vu le film Cristeros. Je ne connaissais cette histoire que par l’une des lectures de ma jeunesse, le fameux roman de Graham Greene, La puissance et la gloire. Je ne peux donc juger ce film en historien. Je me suis cependant posé une question : Qu’est-ce qui a pu pousser le président Calles à être à ce point  anticlérical ? Une telle haine contre l’Église ne peut surgir ex nihilo. Soit, bien sûr, on peut faire le mal sans raison. Mais tout de même, je ne m’imagine pas une telle animosité contre l’Église sans raison. S’agissait-il de s’opposer à une Église trop influente ? Une Église qui aurait abusé de cette influence ? En fait, je ne sais pas.

De même chez nous. Les confiscations des biens d’Église lors de la loi de séparation ont pu être vécues comme des injustices, ont même été des injustices. Mais l’Église avait-elle fait avant le ménage ? Avait-elle fait tout ce qui était en son pouvoir pour se réformer ?

Alors ne soyons pas manichéens. Ne rejetons pas trop facilement la faute sur les autres. Lors d’une dispute au sein d’une famille, lors d’un divorce au sein d’un couple, les torts sont souvent partagés. N’en seraient-ils pas de même dans les conflits fratricides ?

Il n’y a de paix possible que si chacun reconnaît qu’il ne possède qu’une vérité partielle, et reconnaît la part de vérité qui se trouve chez son adversaire.

L’Évangile est pour tous. Il est le bien de tous et pour le bien de tous. Et l’Église doit se faire la servante de cet Évangile. Si elle détourne l’Évangile à son avantage, elle ne peut qu’être perçue comme aliénante et l’ennemie des peuples. Si en revanche elle sert l’Évangile, loin d’apparaître comme destructrice de la culture dans laquelle elle s’inscrit, elle apparaîtra comme amie.

Lors de son premier voyage au Mexique en 1979, le tout nouveau pape Jean-Paul II, en citant le concile Vatican II, dit aux évêques de tout le continent latino-américain réunis en assemblée générale :

« Si l’Évangile que nous proclamons apparaît déchiré par des querelles doctrinales, des polarisations idéologiques, ou des condamnations réciproques entre chrétiens, au gré de leurs vues différentes sur le Christ et sur l’Église et même à cause de leurs conceptions diverses de la société et des institutions humaines, comment ceux à qui s’adresse notre prédication ne s’en trouveraient-ils pas perturbés, désorientés sinon scandalisés ? »

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 8 commentaires

  1. Biarnais

    Merci Monseigneur de votre regard distancié.
    Pour tous les événements de l’histoire de France cités par Mgr di Falco (Révolution française, guerre de Vendée, loi de Séparation du 9 décembre 1905), une partie des fidèles, du clergé, appuyés en cela par des politiques se sont enfermés dans la célébration des martyrs – réels souvent -, sans s’interroger sur les causes profondes de l’événement. Le discours victimaire, en Vendée notamment, le communautarisme mémoriel ont longtemps nuit à la recherche historique.
    Puis-je risquer une hypothèse ? L’Eglise de France d’aujourd’hui ne pâtit-elle pas de cela ? Il vaut mieux célébrer ce qui est positif. Qui connaît le rôle de l’abbé de l’Epée (un prêtre donc) dans la pédagogie destinée aux personnes sourdes et muettes ? Celui de la jeunesse ouvrière chrétienne dans la création des foyers de jeunes travailleurs ? Disons-nous assez ce que fait le Secours Catholique (je souligne le mot catholique) auprès des plus démunis ?
    Pourrions-nous cesser d’être l’Eglise qui a peur ? L’Eglise qui dit non ?
    Luc-André Biarnais, archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun

  2. Valerie

    Monseigneur,
    Nous n’avons tjrs pas vu à l’affiche Cristeros ds les salles de Gap, cela .malgré de nombreuses demandes de cinéphiles à leur salle…Pourriez-vous intervenir pour les catho de votre diocèses qui souhaitent le découvrir?
    De plus, vous avez autour de vous, à GAP, d’excellents historiens qui ne manqueront pas de vous éclairer si vous leur demandez…même pourrions-nous espérer un exposé public. ce serait formidable! Monsieur Hanne me semble tout indiqué!

    1. Webmaster

      Le film “Cristeros” passera au cinéma Le Centre à Gap à partir du mercredi 18 juin et ce pour, au moins, une semaine.

  3. siégel Bernard

    Monseigneur permettez moi de ne pas être d’accord sur l’ensemble de votre réflexion.
    En criminologie ou plutôt en victimologie, il est enseigné qu’il n’y a pas de victime totalement innocente ! Cela m’a toujours choqué et heurté car on peut comprendre que les les victimes ont une part de responsabilité dans les actes commis à leur encontre.
    Les idéologies mortifères du 20 éme siècles condamnèrent les Eglises de leur pays ! Le mal est bien sorti ex nihilo de ces régimes !

    1. Xavier

      Le mystère d’iniquité existe. Mais n’est-on pas en droit tout de même de se demander si l’Eglise a fait ce qu’il fallait pour désamorcer les ressentiments à son égard ? Avant la Révolution par exemple, l’Eglise n’était-elle pas un peu trop riche ?…

  4. NEGRE VITALIS

    Père, le fragment de discours de notre Saint Père peut tout aussi bien s’adresser à nous citoyens au sein de nos partis politiques …

    Comme vous avez raison LUI pour ses paroles, VOUS pour nous les rappeler !

    Merci de cette chronique

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